Des ajustements s'imposeront, mais sans garantie de résultat. Dans deux ou trois ans, cette cohorte arrivera à l'université où le choc des générations risque d'être encore plus difficile. En effet, le renouveau pédagogique s'est arrêté aux portes des cégeps et ce n'est pas parce que les enfants de la réforme sont plus compétents qu'ils posséderont les connaissances nécessaires pour réussir au postsecondaire. Compétences versus connaissances ? Est-ce vraiment la question ? Comment les élèves ayant acquis des compétences pourront alors s'ajuster à un autre régime éducatif essentiellement axé sur l'acquisition de connaissances ? Là est la question ?
Et, comme pour jeter encore plus d'incertitude sur le produit final de cette réforme, la nouvelle ministre de l'Éducation, Lyne Beauchamp, faisait marche arrière, vendredi dernier, et annonçait que le retour du bulletin chiffré dans les écoles primaires et secondaires serait retardé d'un an afin d'en préciser le cadre d'évaluation... qui sera dévoilé le 29 octobre prochain. La ministre Beauchamp répondait ainsi aux demandes des syndicats, des directions d'école et des parents d'un outil plus clair et plus utile pour mesurer la progression scolaire des élèves de façon plus objective... si la chose est possible. Elle donnait suite au désir formulé récemment par le Conseil supérieur de l'éducation « ne pas procéder aux modifications prévues [...] parce que de tels changements lui apparaissent prématurés et qu'ils vont bien au-delà de l'instauration d'un bulletin unique, de l'amélioration de l'information transmise aux parents et de la simplification des pratiques d'évaluation. »
Bien sûr, à la longueur des débats et à la vitesse de réformes au Québec, il est impensable de reculer sur le renouveau pédagogique issu des États généraux sur l'éducation... en 1996. Il est là pour rester. On ne peut que lui apporter des ajustements et le moduler pour l'adapter à une société qui se transforme plus vite que la réforme. Les enfants de la réforme frapperont-ils un mur quand ils arriveront au cégep et à l'université ? Nous le saurons malheureusement que dans quelques années.
Les cégeps se sont donc préparés à recevoir des élèves qui veulent savoir le pourquoi des choses, dont les capacités de communication sont meilleures, qui n'ont pas de difficulté à exprimer leurs idées, qui travaillent mieux en équipe, qui veulent de la diversité dans les expériences d'apprentissage. Cependant, la qualité de leur français laisse à désirer ; ils ont de la difficulté à créer des liens entre les cours ; ils sont moins autonomes lorsqu'ils doivent travailler seuls.
Comme le bulletin chiffré vise essentiellement à introduire une notion plus objective de l'acquisition des connaissances, il faut en déduire qu'il sera très difficile d'évaluer les « enfants de la réforme » qui entrent aujourd'hui au Cégep de l'Outaouais et qui se retrouveront un jour à l'université ou sur le marché du travail. Si bien des parents (et des enseignants) n'arrivent pas à comprendre le bulletin tel qu'il existe aujourd'hui, c'est qu'il renferme beaucoup de subjectivité et de disparité dans l'évaluation. Cela représente un défi additionnel pour les enseignants du postsecondaire qui sont en droit de se demander ce que savent vraiment ces jeunes qui entrent au cégep.
Il ne faut toutefois pas trop taper sur ces enfants de la réforme. Plusieurs d'entre eux ont été sacrifiés sur l'autel du renouveau pédagogique pour satisfaire les théories d'apprentis sorciers, bureaucrates de la pédagogie. Certains en paieront lourdement le prix. Les autres auront développé une compétence pour atteindre le niveau de l'expertise, celle de l'adaptation.










