Nocive indifférence

Pierre Bergeron
Le Droit

Depuis qu'ils ont pris le pouvoir, le 23 janvier 2006, un seul mot peut définir l'attitude des conservateurs face à la dualité linguistique : l'indifférence. Pour Stephen Harper, tout ce qui touche la francophonie relève davantage de l'embarras ou de la distraction inutile que d'une valeur fondamentale de ce pays. On ne perçoit pas tant d'hostilité ouverte que d'agacement à promouvoir le développement et la défense des intérêts des communautés francophones minoritaires.

Cette indifférence est beaucoup plus corrosive qu'une opposition claire qui ne souffre d'aucune ambiguïté. Politiquement défendable, elle n'en demeure pas moins un signe évident que les dossiers francophones ne sont pas très haut placés dans les priorités du gouvernement.

En fait, l'un des seuls remparts des communautés francophones demeure la position minoritaire du gouvernement Harper aux Communes. On n'ose à peine penser ce qu'il adviendrait de la dualité linguistique si Stephen Harper détenait la majorité. Dieu nous en garde !

L'indifférence de Stephen Harper commence par le choix de ses ministres du Patrimoine. Josée Verner fut une ministre faible, peu intéressée et peu inspirante, qui fut chargée de la Feuille de route pour la dualité linguistique donnant suite au Plan Dion. James Moore n'occupe pas le haut du pavé lorsque l'on pense aux droits linguistiques. On ne sent pas qu'il prend l'initiative dans les questions qui touchent le développement des communautés francophones.

L'abolition du programme de contestation judiciaire en 2006, et son remplacement par un nouveau Programme d'appui aux droits linguistiques (annoncé en 2008 et géré à l'Université d'Ottawa en 2009), était beaucoup plus qu'une simple coupure budgétaire. Elle émanait d'une position idéologique à l'effet que l'État ne financerait pas les organismes ou les individus qui le poursuivent. Ce programme privilégie l'information et les modes alternatifs de résolution des conflits, avec la possibilité de financement de recours judiciaires pour une cause type. On est loin de la portée du programme de contestation judiciaire créé en 1994.

Reculs

Quant à la Feuille de route 2008-2013, elle ne suscite pas plus d'enthousiasme dans les milieux de la francophonie qu'au gouvernement. D'ailleurs, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, tout en saluant la priorité donnée aux jeunes, aux arts et à la culture, notait l'absence d'objectifs ou de cibles précises et l'absence d'un volet de développement communautaire.

On voit dans quelle mesure l'engagement ministériel à défendre les dossiers de la francophonie et leur visibilité politique manque à ce gouvernement pour qui la dualité linguistique reste en marge des « vraies affaires ». L'accès gratuit au Portail linguistique du gouvernement et à la banque terminologique Termium sont des initiatives louables qui ne font guère pour le développement des communautés.

L'abolition du caractère obligatoire du formulaire long du recensement, la mise de côté en 2008 du sondage mené auprès des fonctionnaires sur leur langue de travail, la question de l'exigence du bilinguisme pour les juges de la Cour suprême sont autant de reculs, ou de surplace, qui démontrent le malaise presque coupable du gouvernement Harper avec les questions qui touchent la dualité linguistique. L'hostilité n'est pas ouverte. Elle est latente et se manifeste par l'indifférence ou l'agacement.

À l'occasion du 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, la sénatrice Maria Chaput a présenté le projet de loi S-220 pour mettre à jour la partie IV de la Loi touchant les communications et les services au public, en particulier dans des communautés « menacées par des pressions assimilatrices écrasantes et inquiétantes. »

L'initiative de la sénatrice vise à tenir compte de la vitalité d'une communauté - et non seulement du nombre de résidents francophones - pour décider du maintien ou de l'ajout de services fédéraux en français.

Le gouvernement, par l'entremise du leader adjoint au Sénat, Gérald Comeau, a donné un appui moral au principe mais ne l'appuiera pas en pratique avant de le référer à un comité du Sénat.

Voilà un bel exemple de l'indifférence qui caractérise l'attitude des conservateurs en ce qui concerne la dualité linguistique et le développement des communautés francophones en milieu minoritaire.

Cette attitude d'indifférence n'est pas nouvelle : Elle dure depuis cinq ans. Elle démontre pourquoi les francophones des milieux minoritaires n'ont absolument rien à gagner à ce que les conservateurs deviennent majoritaires aux Communes.

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