En ce sens, la consultation nationale que vient d'annoncer le ministre de l'Industrie, Tony Clement, aurait dû précéder la décision de décembre qui concernait l'actionnariat de Wind Mobile, une des sociétés qui lance en 2010 de nouveaux services de téléphonie cellulaire au Canada.
Peut-être Stephen Harper a-t-il été pris de vitesse ? Il n'aurait pas dû et il n'a que lui à blâmer. Le questionnement aurait dû s'amorcer dès son élection en 2006.
En disant oui à l'exception Wind Mobile, une société à toutes fins pratiques contrôlées par la société égyptienne Orascom, le gouvernement conservateur a mis la charrue devant les boeufs. Et télescopé son intention, qu'il a finalement annoncée dans le discours du Trône.
Au Canada, toutes les entreprises qui utilisent des ondes publiques (radios, télévisions, téléphones cellulaires, satellites, etc.) tombent sous la juridiction du CRTC, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Toutes ces entreprises doivent être à propriété canadienne à au moins 80 %. Les conservateurs proposent d'abaisser ce pourcentage à environ 51-55 %. L'idée est d'ouvrir le marché canadien à des investisseurs étrangers et cela n'est en rien une menace pour les Canadiens.
Une telle décision ne doit pas se prendre aveuglément et le gouvernement le sait. Il serait irraisonnable d'y aller à tâtons en balançant les règles actuelles par-dessus bord. Cela chamboulerait plusieurs secteurs culturels névralgiques, comme par exemple la production d'émissions de télévision qui doivent profiter d'une certaine protection pour assurer aux Canadiens qu'ils ont des médias qui leur ressemblent et qui ne sont pas que des usines à importer des émissions réalisées ailleurs dans le monde.
Tony Clement, le ministre de l'Industrie qui chapeaute le CRTC, a d'ailleurs déjà affirmé qu'il n'était pas son intention de revoir les règles concernant les diffuseurs. Cette volonté doit être répétée haut et fort, et souvent. La révision du système ne doit affecter que les services de télécommunications, notamment ceux de téléphone cellulaire et filaire.
Les Canadiens paient plus cher qu'ailleurs pour leurs services de téléphonie. L'amortissement dû à la taille de notre géographie ne doit pas être une béquille éternelle sur laquelle s'appuient les compagnies déjà actives dans le milieu comme Bell, Rogers et Telus. La porte a été entrouverte à de nouveaux joueurs - notamment Quebecor au Québec - et des mesures doivent être adoptées pour qu'elles puissent rivaliser avec les joueurs établis. Ce n'est pas un précédent pour le CRTC : en télévision, les canaux spécialisés bénéficient depuis plusieurs années de privilèges consentis pour qu'ils puissent se tailler une place dans le marché.
Ainsi, le gouvernement peut très bien permettre qu'aux plus petits des règles plus élastiques, pour des périodes renouvelables de deux ou trois ans.
Plus de compétition, voilà de quoi les Canadiens doivent profiter.
Depuis le rachat de Fido par Rogers en 2004, le trio Bell-Rogers-Telus contrôle une trop grande part du marché de la téléphonie, ce qui a freiné une baisse des prix pour les consommateurs. Ce sont eux qui doivent être les grands gagnants de toute réforme de la finance des télécommunications ; cela ne doit pas servir qu'à mettre plus d'argent dans les poches de quelques milliers d'actionnaires des compagnies bien établies. Si c'est le cas, les Canadiens applaudiront la réforme, même si elle aurait dû être entamée depuis quatre ans déjà.










