Cela se constate dans l'essor de mouvements nutritionnels encore assez marginaux mais néanmoins bien perceptibles comme l'agriculture supportée par la communauté, le slow-food, les Marchés de solidarité,etc. Ces mouvements de consommateurs sont encouragés par des campagnes d'achat chez nous tels qu'Aliments Québec et Savourez Ottawa! , ainsi que des appuis financiers et organisationnels à de nombreux marchés fermiers qui ont poussé dans à peu près toutes les régions. Seulement dans la région urbaine de la capitale, on en compte une bonne douzaine.
La popularité de cette philosophie nutritionnelle n'est handicapée que par la part plus importante que les foyers doivent consacrer à leurs achats alimentaires. Au Canada, cela est généralement expliqué par les coûts plus importants de la production agricole au nord du 49e parallèle: main-d'oeuvre, carburants, achat ou location des terres, équipements et bâtiments, rendements plus modestes, population plus clairsemée sur le territoire,etc.
L'argument du coût limite la distribution à une plus vaste tranche de la population qui ne peut, ou ne veut, dépenser davantage pour se nourrir. Mais cela n'a pas ralenti la propagation de l'idée que l'achat local, en alimentation, vaut la peine.
Deux économistes affiliés à l'Institut économique de Montréal sont récemment arrivés à la conclusion assez étonnante parce qu'elle s'attaque à un certain nombre d'idées reçues que l'achat local ne comportait pas notamment pas les avantages généralement acceptés, notamment en environnement.
«Chercher des aliments plus frais et entretenir des relations de voisinage peuvent s'avérer de bonnes raisons d'acheter des produits locaux, mais sauver la planète ou soutenir l'économie locale n'en sont pas», concluent Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu.
Les coûts financiers et environnementaux du transport sont, selon eux, bien moins importants que l'on ne pourrait croire. «Transporter de très grandes quantités de nourriture dans des navires ultra-efficaces propulsés au diesel requiert beaucoup moins d'énergie par pomme ou côtelette d'agneau, même si la distance parcourue est beaucoup plus grande», signent-ils dans une Note économique publiée en février 2010. Selon eux, les coûts énergétiques les plus importants sont ceux entre les centres de distribution et les magasins, et entre les magasins et les foyers.
Ils concluent que «dans une économie moderne, les gens se spécialisent dans ce qu'ils font le mieux et échangent le fruit de leur labeur». Pour eux, la production alimentaire doit se faire «dans les endroits les plus appropriés» où les rendements seront optimaux. Ils citent l'exemple des fraises, où la Californie obtient des rendements cinq à sept fois supérieurs à ceux de l'Ontario, toute l'année durant.
En vrais économistes, ils ignorent cependant de leurs calculs le facteur inestimable du goût. Que les fraises de Californie soient sans saveur ne les trouble pas. Ni le respect des terres arables et des saisons de culture qui donnent justement saveur et attrait aux produits alimentaires. Les fraises de janvier sont sans intérêt et devraient ainsi être boudées. De la même manière que nos homards des eaux froides de la côte Atlantique ont meilleur goût que ceux des mers du sud.
Et puis, que feraient nos agriculteurs s'ils étaient tous convaincus d'abandonner leurs productions traditionnelles... même si c'est justement ce qu'ils «font de mieux»? Ils devraient tous se lancer dans la culture d'arbres de Noël? Ou pire, s'inscrire au chômage parce que notre climat est moins idéal à certaines récoltes? Bref, l'économie sert à bien à certaines théories, mais n'a pas toutes les réponses. Pour le moment donc, l'honneur de l'achat local de nourriture est sauf.










