Espérons que Hillier ne deviendra pas chef du Parti conservateur. Il faudrait aussi lui rappeler que même Mike Harris n'a pas fait que des misères à la population francophone de sa province. Il a octroyé, pour des raisons constitutionnelles il va s'en dire, la pleine gestion scolaire à sa minorité de langue française.
Certes, Harris a donné d'une main pour reprendre de l'autre. En effet, c'est aussi sous le gouvernement Harris que les francophones d'Ottawa et de la province ont presque perdu l'hôpital Montfort. En revanche, les tribunaux ontariens ont fait prendre conscience à la population francophone et au gouvernement lui-même toute l'importance de la Loi sur les services en français. Le gouvernement ne peut pas offrir des services en français qui seraient en dessous de la désignation établie au moment de l'accréditation de l'institution ou de l'agence en question. Pour modifier un tel état de fait, il faudrait revoir la Loi sur les services en français. Or, en jetant son pavé à la mare, le candidat conservateur Hillier ne fait ici que prendre sa revanche. Le candidat conservateur utilise aussi la bonne vieille technique visant à diviser pour régner et place, par surcroît, les francophones sur la défensive. Or, le gouvernement de l'Ontario a des obligations envers la minorité francophone de la province, tout comme il a des responsabilités envers d'autres groupes de citoyennes et citoyens. La citoyenneté n'est pas monochrome.
Francophobie
Finalement, les propos de Hillier - l'ancien leader du mouvement des Landowners - choquent car ils contribuent à conforter le mouvement francophobe qui se trame depuis plusieurs années en Ontario, notamment dans la région d'Ottawa et de l'Est ontarien, contre toute mesure cherchant à favoriser une meilleure intégration de la francophonie ontarienne au sein de la gouvernance des politiques publiques, tant au plan provincial qu'au sein du monde municipal et de la politique locale. Plus l'action des francophones cherche à prendre une dimension citoyenne et non uniquement festive, plus elle se heurte à des résistances bureaucratiques; pensons à la Ville d'Ottawa et aux mouvements carrément francophobes qui ont agité les épouvantails contre le bilinguisme dans l'affichage à Rockland.
Si les propos de Hillier sont inquiétants, c'est aussi parce que depuis plus de 30 ans, les francophones de la province reçoivent des services en français en vertu d'un principe énoncé par le premier ministre John Robarts dans les années 1960 selon lequel des services en français seront offerts en Ontario «là où c'est pratique et là où c'est raisonnable». Le gouvernement ontarien n'a jamais fait autre chose. Que le conservateur Hillier suggère qu'il n'est pas raisonnable d'offrir des services en français à Toronto, c'est aller à l'encontre d'une trajectoire institutionnelle qui a pourtant bien servi les gouvernements qui se sont succédés à Queen's Park. Les services en français en Ontario n'ont jamais été onéreux sur sa gestion des services publics. Enfin, le candidat Randy Hillier devrait aussi comprendre que la Loi sur les services en français a reconnu que l'Ontario souhaite que le patrimoine francophone puisse être non seulement maintenu, mais reproduit pour les générations à venir. Cela est non seulement souhaitable mais tout à fait raisonnable. On ne peut pas gouverner uniquement en laissant les forces du marché à elles-mêmes. Cela s'avère irresponsable.
Linda Cardinal,
Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques,
Université d'Ottawa










