Avec ses deux langues officielles, le Canada se trouve dans une situation particulière où l'anglais et le français entretiennent une relation tiraillée entre la polarisation et la complémentarité. Le degré ainsi que la spécificité du lien entre ces deux langues varient énormément entre individus et régions canadiennes. Au-delà de la notion de bilinguisme ou de dualité linguistique pure et simple, siège plutôt un continuum d'interactions délicates et de particularités locales. Il est ainsi ardu de définir avec aisance l'état de la situation linguistique au Canada et encore moins d'élaborer une quelconque norme généralisable. [...]
À un niveau très rudimentaire, la langue est une composante primordiale de la vie de la majorité des individus. Au-delà de son utilité indéniable en tant que moyen de communication, la langue façonne l'identité ainsi que le sentiment d'appartenance de chacun envers un groupe. Le bilinguisme constitue certes une situation particulière, mais dont les nombreuses vertus ne doivent êtres sous-estimées. Avoir la capacité de comprendre et de s'exprimer en français ainsi qu'en anglais au Canada est extrêmement favorable pour plusieurs raisons. [...]
Langue de préférence
Par contre, le statut «bilingue» d'un individu ou d'une population ne devrait jamais entraver l'offre de services dans les deux langues officielles.
De nombreuses études et recherches illustrent l'importance de la prestation de services dans la langue officielle de préférence.
Les communautés linguistiques minoritaires constituent des groupes particulièrement vulnérables en ce qui concerne l'accès adéquat aux services dans les deux langues.
La Loi sur les langues officielles demeure l'une des lignes principales de défense des droits de ces minorités linguistiques et encourage leur développement. Elle possède par exemple un pouvoir réglementaire en matière de santé, un domaine dans lequel les bienfaits de la dualité linguistique sont clairement établis.
La sphère collective, ou sociétale, bénéficie également d'une harmonisation entre le bilinguisme et la dualité linguistique. Un taux de bilinguisme élevé au Canada accroît l'esprit national et le sens de collectivité d'un bout à l'autre du pays. Il s'agit d'une force unificatrice qui rassemble les gens au lieu de les diviser. [...]
La dualité linguistique, quant à elle, favorise la conservation de moeurs et d'expressions culturelles propres aux deux groupes linguistiques différents. Il est donc crucial de privilégier la fierté historique et collective respective des anglophones et des francophones, et ceci de concert à un esprit de complémentarité épaulé par le bilinguisme. Par l'entremise d'actions concrètes telles que l'offre de services dans les deux langues officielles, le gouvernement canadien transmet et valorise l'égalité des deux peuples fondateurs. [...]
L'ère de globalisation dans laquelle nous vivons justifie l'importance d'élaborer la question de la langue sous l'angle du Canada sur la scène internationale.
Tout d'abord, l'anglais ainsi que le français constituent des langues importantes d'échanges entre les pays et à l'intérieur de différents marchés. Le bilinguisme facilite en fait la création de liens et d'interactions avec diverses parties à l'étranger. [...] Le bilinguisme accroît la mobilité individuelle et stimule des relations intergroupes plus positives.
Défis considérables
Néanmoins, l'apprentissage et surtout la préservation d'une langue seconde est empreint de défis considérables. Le degré d'utilisation des deux langues officielles varie énormément en fonction de la région géographique et des circonstances individuelles reliées à chaque Canadien.
Le phénomène de l'immigration, quant à lui, est associé à des obstacles linguistiques particuliers. Le Canada compte de nombreux nouveaux arrivants dont la langue maternelle est ni le français ni l'anglais, mais qui connaissent au moins l'une de ces deux langues. Bien que le bilinguisme soit idéal, il peut s'avérer particulièrement difficile pour ces individus d'apprendre ce qui constitue parfois leur troisième ou même quatrième langue. La dualité linguistique devient alors une situation logistiquement avantageuse et qui doit être appuyée par les institutions fédérales. Il serait injuste et naïf de présumer que tous les citoyens de notre pays ont la capacité ou le besoin fervent de connaître les deux langues officielles.
Bref, la complexité des questions linguistiques qui animent le Canada ne doit décourager l'approfondissement de thèmes contemporains tels que le bilinguisme et la dualité linguistique. Chose certaine, la relation entre l'anglais et le français s'inscrit dans un continuum de nuances de gris et ne peut être enclavée ou défini de façon rigide. Les Canadiens devraient, dans la mesure du possible, apprendre les deux langues officielles. De plus, ceci devrait se produire en tandem avec l'offre de services en français et en anglais par les institutions fédérales. Les notions de bilinguisme et de dualité linguistique sont ainsi non exclusives l'une de l'autre et demeurent fondamentalement liées. Malgré les obstacles qui y sont associés, dirigeons-nous en tant que société vers un esprit de respect, d'ouverture et de collaboration sincère et innovatrice entre groupes linguistiques différents.
Isabelle Gagnon-Arpin, Étudiante à l'Université d'Ottawa










