La «québécité» de Michael Sabia

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La «québécité» de Michael Sabia

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Michael Sabia

Archives La Presse

Sur le fond, on ne peut qu'être d'accord avec l'éditorial de Pierre Jury, «Mesurer la 'québécité'?» (LeDroit, 6mai). Que viendrait donc faire, effectivement, un questionnement du caractère «québécois» de Michael Sabia, nouveau pdg de la Caisse de dépôt et placement, dans son processus de nomination?

Mais il faudrait une bonne dose de paranoïa et de rectitude politique pour lier la question tout à fait légitime de l'Opposition quant à la vente avortée de BCE à Teachers, qui aurait effectivement été à l'encontre des intérêts du Québec, et la supposée obsession pure laine de ladite Opposition. M.Sabia a choisi sciemment de monter sur ses grands chevaux, et de tourner la question en question identitaire.

 

Contrairement à ce que dit l'éditorialiste, il n'est pas hautement spéculatif de constater qu'un propriétaire ontarien n'aurait rien eu à faire d'un siège social au Québec. Lorsque l'on laisse nos principaux leviers économiques à des Ontariens ou à des Albertains, les sièges sociaux déménagent et il ne nous reste que peau de chagrin. La triste coquille qu'est devenue la Bourse de Montréal est fort éloquente à ce sujet. Il est plus que temps que l'on cesse de s'autoflageller sur le sens de l'ouverture du Québec, comme l'éditorialiste le fait: où est-elle, cette belle ouverture, en Ontario et dans le reste du Canada? De quand date le dernier gouverneur francophone de la Banque du Canada? Y en a-t-il jamais eu un? Peut-on imaginer, en Ontario, des ministres francophones à la Justice et à l'Immigration, comme nous avons des anglophones à ces postes névralgiques au Québec?

Non, dans le cas de M.Sabia, qui n'a pas d'expérience de gestion de fonds de placement gigantesques, il y a tout lieu de tester sa compréhension de la notion des intérêts du Québec, aussi nébuleux soient-ils actuellement.

Ce n'est pas sa faute si ses maîtres politiques ont péché par imprécision de ce côté depuis 2003. Le fait qu'il ait choisi une réponse aussi chargée, qui semble avoir précipité cette défense tout aussi exagérée de M.Jury, démontre soit une partialité politique évidente à l'encontre de l'Opposition, soit une incompréhension de la question ou même de son fondement réel. Quelle que soit la raison, il y a tout lieu de s'en inquiéter, au lieu de lui donner le bénéfice du doute du martyr identitaire.

André Dorion, Gatineau

 

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