Le Centre Guertin, vieux de plus de 50 ans, a connu ses heures de gloire et mérite d'être remplacé, reconstruit, rénové, agrandi ou autrement amélioré. En général, la population est en faveur.
Mais le partenariat public-privé derrière lequel Gatineau se cachait pour faire accepter son protocole d'entente avec le promoteur et son groupe n'en était pas un au sens de la loi. Le contrat non seulement n'a pas suivi le processus des appels d'offres publics, mais qu'il semble avoir été «bulldozé» au conseil municipal à qui on a demandé de prendre une décision précipitée sur la foi de renseignements partiels, sans le bénéfice de comparables et sans l'analyse préalable et l'avis de certains services municipaux (finances et loisirs, entre autres) et sur la foi d'un simple sommaire exécutif de deux pages présenté lors d'une assemblée spéciale, le 27mars dernier. Où est donc la transparence dont le maire Bureau avait fait son cheval de bataille lors de la dernière campagne électorale?
L'entente est exclusivement à l'avantage du promoteur, la compagnie à numéro7125348 Canada inc.
Facile à comprendre: la Ville cède un bien public évalué à 5,6 millions$ (mais qui vaut beaucoup plus sur le marché immobilier) pour 1$; la Ville s'endette et grève ainsi son pouvoir d'emprunt; la Ville garantit les prêts à hauteur de 28 millions$; la Ville, locataire, assume toutes les dépenses; la Ville cède aussi le nom de l'aréna, renonce aux revenus des loges, des commandites, de la billetterie, du stationnement, des concessions et autres pendant 25 ans. De plus, la Ville s'engage à payer toutes les dépenses annuelles évaluées à 1,3 million$ en surplus du loyer mensuel et s'engage à payer des frais de gestion de 120000$ à l'administrateur.
En contrepartie, Gatineau reçoit l'utilisation d'une loge et 12 billets pour tous les matches et événements à l'aréna Guertin...
Faisons plutôt l'effort de ce raisonnement. Gatineau, en fonction de son statut jouit d'un taux privilégié de 3,55% sur le marché des obligations. Pourquoi n'emprunterait-elle pas elle-même à son taux privilégié pour financer la construction en versant comptant la moitié du coût de construction? Parce que Gatineau a déjà un fonds de réserve de 14 millions$.
Selon de simples calculs, c'est un minimum de 30 millions$ de plus que coûterait cette entente aux contribuables. Et ce n'est qu'un début, car il y a des coûts cachés. Selon l'entente, la Ville devait - après le premier terme de cinq (5) ans - verser une somme de 40000$ par mois dans un fonds de réserve, soit 480000$ par année pour éponger les réparations majeures au bâtiment. De plus, la Ville s'engageait à payer les taxes - foncières, générales, spéciales, et scolaires - pour la nouvelle infrastructure. Au total, il n'est pas exagéré de croire que le déboursé total par Gatineau pourrait atteindre les 100 millions$.
Si la Ville conservait son statut de propriétaire, la Ville s'éviterait une foule d'autres frais: ni TPS ou TVQ sur les salaires de ses employés, pas de taxes sur le loyer, les frais de gestion, la main-d'oeuvre, les frais communs. En plus des taxes scolaires. De plus, comme tout le monde, la Ville serait assujettie à la TVQ.
Incapables
Bien informés, les contribuables de Gatineau sont en mesure de tirer leurs propres conclusions, comme l'ont fait les conseillers municipaux qui ont voté contre. S'il y a une conclusion à tirer, c'est que le maire Marc Bureau, son entourage immédiat, le directeur général [Robert Weemaes] et la présente administration municipale, à quelques exceptions près, sont incapables de faire la différence entre une bonne affaire et un attrape-nigaud.
Lorsque j'entends le maire Bureau répéter que l'entente est avantageuse pour Gatineau, j'ai peine à le croire. Soit qu'il n'ait pas fait ses devoirs, qu'il n'ait pas consulté les gens compétents ou qu'il n'ait fait que répéter ce que quelqu'un de son entourage lui a soufflé dans l'oreille, soit qu'il ne comprenne vraiment rien aux affaires et que toutes ces questions le dépassent.
Une chance que quelques-uns de nos élus ont sonné l'alarme. Une chance aussi que la ministre des Affaires municipales veille au grain...
Robert Labine
L'auteur a été conseiller municipal puis maire de l'ex-Ville de Gatineau. Voici des extraits de sa lecture du dossier de l'aréna Robert-Guertin.










