Statut spécial à cinq universités ?

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Statut spécial à cinq universités ?

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Allan Rock

Archives, LeDroit

Cinq recteurs ont récemment déclenché un débat en suggérant que leurs établissements profitent d'un accès privilégié au financement de recherche public en tant que membres d'un groupe d'universités (le G5) qui se concentrerait sur la recherche et l'enseignement supérieur. Dans ce scénario, les autres universités, dont l'Université d'Ottawa, formeraient un second groupe spécialisé dans l'enseignement au premier cycle. Les universités du G5 (McGill, Montréal, Toronto, Alberta et Colombie-Britannique) se partagent déjà une grande partie des fonds publics.

Le Canada a besoin d'une stratégie nationale pour permettre à ses universités de recherche de remplir leur rôle d'innovation. Elles stimulent la croissance économique, favorisent la prospérité et protègent notre qualité de vie [] Serait-il judicieux de donner un statut spécial à une poignée d'universités, en fermant la porte à d'autres ? Je crois que non.

D'abord, il est difficile de déterminer qui devrait faire partie du G5 quand les classements universitaires peuvent changer chaque année. Par exemple, entre 2006 et 2007, l'Université d'Ottawa est passée de la cinquième à la septième place au classement des 50 plus grandes universités au pays. Ce recul est dû au fait que nous avons embauché plusieurs professeurs pour répondre à l'augmentation de notre population étudiante [] Voulons-nous baser l'appartenance à un groupe privilégié sur un classement éphémère ? Nous pouvons sûrement trouver des bases plus solides pour appuyer une politique nationale en matière d'innovation. En second lieu, les universités du G5 séparent la recherche de l'enseignement dans leurs arguments [] Mais ils sont complémentaires et font partie intégrante du travail professoral.

 

La proposition des universités du G5 sous-estime les contributions de nombreux campus exclus de leur cercle. La recherche présente une diversité souvent orientée par la géographie. Par exemple, alors que des scientifiques des régions côtières se spécialisent en biologie marine, d'autres se concentrent sur l'agriculture ou les céréales dans les Prairies [] Des grappes de recherche ont accéléré l'exploration de domaines précis. Pensons au cinéma et au multimédia à Montréal, aux politiques publiques à Ottawa. Une stratégie d'innovation nationale devrait encourager cette diversité, non l'éliminer.

Je n'essaie pas de défendre une approche politique qui répartirait le financement également dans tout le pays sans tenir compte de la valeur des projets [] Justement, le système actuel est fondé sur la compétition [] En limitant le financement de recherche à une poignée d'universités, on diminuerait l'intensité de cette compétition, et le Canada en souf-frirait sûrement [] Le Canada devrait avoir comme priorité d'encourager et d'élargir notre participation à la course à l'innovation, et non de la restreindre.

Allan Rock,

Recteur et vice-chancelier,

Université d'Ottawa

 

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