Pour que le tourisme réussisse dans une région, il faut certains atouts: des attraits et événements, une diversité dans les domaines du logement et de la restauration, un réseau de transport efficient, une grande visibilité...
Bien entendu, il faut aussi un personnel entreprenant et compétent. Mais il faut aussi des facteurs organisationnels comme une image unique et un centre décisionnel pour émerger de l'ordinaire et devenir une destination réputée. Mais, présentement, l'Outaouais est privé de plusieurs de ces atouts.
Le tourisme est l'une des industries les plus importantes dans le monde, dans notre pays et dans notre région.
Au Canada, avec presque deux millions d'employés, le tourisme est un secteur qui génère 75 milliards de dollars d'activité économique par an - plus que l'industrie forestière, la pêche et l'agriculture combinées.
C'est aussi une industrie très rentable. Enfin, le tourisme est une excellente source d'emplois locaux, nationaux et internationaux, à tous les niveaux, à plein-temps comme à temps partiel.
Dans notre région, l'industrie touristique fournit de l'emploi à 7000 personnes. Les marchés hors-Québec représentent 36% du volume des visiteurs qui dépensent 100 millions de dollars dans l'Outaouais par an. L'industrie touristique est un des trois grands axes économiques de la région, avec la forêt et la haute technologie.
Effectivement, le gouvernement fédéral et le tourisme appuient l'économie régionale.
L'Outaouais a accueilli 3,1 millions de visiteurs en 2007, se plaçant au 5e rang en nombres de touristes et en dépenses touristiques sur les 21 régions du Québec. Pourquoi s'en préoccuper? Il y a des raisons conjoncturelles et structurelles. Depuis le 11septembre 2001, les gens - surtout les Américains - ont peur de voyager. Traditionnellement, au Canada, les dépenses touristiques proviennent à 60% des Américains, mais leur nombre a chuté d'environ 50% depuis cinq ans.
Un défi supplémentaire
L'Outaouais a aussi un problème additionnel. Denis Gratton l'a ainsi posé dans le Droit du 9juin: «Pourquoi la région de l'Outaouais semble-t-elle toujours être ignorée par le reste du Québec?»
Souvent, on oublie de mentionner l'Outaouais comme destination touristique. Un sondage sur les intentions des Québécois de séjourner au Québec cet été place l'Outaouais la bonne dernière avec un maigre 4%.
La question cruciale était soulevée dans l'éditorial de Jacques Pronovost («Une image à construire», LeDroit, 17juillet): «Pourquoi est-il que l'Outaouais souffre toujours, vu d'ailleurs au Québec (ou au Canada ou dans le monde), d'une image incomplète, floue et fausse en partie...»
Gratton et Pronovost blâment le fait qu'on doive passer par l'Ontario, que nous sommes dans l'ombre d'Ottawa, qu'on n'a pas de visibilité, et qu'il y a une image d'éloignement. Ces affirmations ont une certaine validité, mais ne proposent pas de solutions.
D'autres réalités bien tangibles expliquent le phénomène.
Il n'y a que Tourisme Outaouais, organisme représentant l'industrie, qui fait la promotion du tourisme dans notre région - pas les gouvernements ni les municipalités ni les autres instances économiques ou commerciales. Au mieux, les gouvernements donnent des subventions à Tourisme Outaouais, mais ils n'entrent pas dans l'action.
Encore une fois, M.Pronovost nous met sur le bon chemin en suggérant que «les intervenants touristiques doivent faire en sorte que l'image projetée et la perception qu'ont les gens de l'extérieur soient au diapason de ce que la région a réellement à offrir».
Alors qu'avons-nous à offrir? Quelle est l'image que nous voulons projeter? Comment le faire?
Les quatre grands attraits - le Musée canadien des civilisations, le train de Wakefield, le Casino du Lac-Leamy, et le parc Oméga - datent tous des années 1990. L'industrie ne peut pas dépendre de quelques attraits. Il faut donc repenser notre tourisme de fond en comble. Claude Hamelin, le président-fondateur des Grands Feux, a déjà proposé de mieux utiliser le parc Jacques-Cartier à Hull et d'amener le Musée des sciences et de la technologie à Gatineau, pour développer l'aspect touristique du centre-ville.
Des bonnes idées qui ne peuvent pas se réaliser du jour au lendemain. Il nous faut toute une panoplie d'initiatives réalisables à court et long termes.
Des idées pour avancer
Comment aller de l'avant?
Voici quelques idées: un Festival de la drave à Maniwaki ou Wakefield; faire de Gatineau la capitale nord-américaine du train historique; installer un Musée de trains miniatures dans une gare à Wakefield; inviter le Casino à produire des spectacles d'artistes locaux; promouvoir l'écotourisme et l'utilisation de nos parcs et réserves fauniques; promouvoir les visites à la ferme; créer un Festival de musique canadienne,etc.
Le manque n'est point dans des idées, mais dans le leadership, la coordination, la planification et le financement.
Et de toutes ces idées, l'écotourisme revêt une importance capitale: ce concept pourrait bien faire figure de symbole de notre région. Je suis d'avis qu'il existe à travers le monde une multitude de touristes las des cathédrales, des châteaux et des plages. Ils cherchent la nature, en confort et en sécurité. Notre défi est d'inventer une nouvelle forme de visite en aire sauvage, accessible à tous et confortable.
On ne se rend pas compte à quel point ce double potentiel urbain-nature est rare dans le monde.
Cette image pourrait bien devenir l'identité touristique de Gatineau. Reste la question de la coordination et du leadership. Le problème est l'immense nombre d'intervenants dans le domaine. Personne ne peut décider pour tout le monde.
Pensez-y: on mêle ici trois niveaux de gouvernement, en plus des ministères et des agences. Sans compter toute l'industrie. Et les citoyens.
La coopération doit devenir permanente, avec une Commission de tourisme de la Gatineau. Notre seul espoir est la solidarité.
Et pour nous assurer d'un personnel compétent, il faut inciter l'Université du Québec en Outaouais - ainsi que nos collèges - à créer des formations spécialisées en tourisme.
John E. Trent










