Cette fois, la situation était cependant différente. Non seulement des centaines de ménages de Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau étaient-ils touchés en même temps, mais, pour la plupart, il s'agissait pour la majorité de familles avec enfants.
À la suite de pressions multiples des organismes de défense des mal-logés, le gouvernement québécois a donc dû mettre en place des mesures d'aide d'urgence dans ces villes où les taux moyens de vacance étaient inférieurs à 1,5%. Ces mesures comprenaient une aide financière d'urgence permettant aux ménages de louer des logements auxquels ils ne pourraient avoir accès autrement (supplément au loyer), de l'hébergement d'urgence, de l'entreposage de meubles, de l'assistance dans la recherche d'un logement,etc. Entre 2001 et 2005, ces mesures ont permis de venir en aide à plus de 4000 ménages, dont 305 à Gatineau.
En 2005 à Gatineau et en 2006 dans les autres centres urbains affectés, ces mesures ne sont plus renouvelées. Avec l'amélioration des taux moyens de vacance, les autorités gouvernementales considèrent que la crise du logement est terminée même si, dans ces villes, l'offre de logements à bas loyer est plus basse que jamais. On omet également de prendre en considération que c'est à Gatineau que l'on retrouve les loyers les plus élevés du Québec. Cette ville connaît un transfert massif de nouveaux locataires en provenance d'Ottawa, là où les loyers sont 40% plus élevés qu'à Gatineau.
Ainsi, depuis 2005, à Gatineau, à l'exception de 43 ménages ayant obtenu une aide financière sous forme de supplément au loyer pour des motifs humanitaires, aucune autre aide financière semblable n'a pu être disponible aux centaines de ménages avec enfants sans logis ayant demandé de l'aide à l'organisme Les OEuvres Isidore Ostiguy, un organisme communautaire dédié spécifiquement au soutien des familles sans logis.
Heureusement, bien que certaines finissent par s'y retrouver, ces familles sans logis ne sont pas à la rue. Au gré des situations, de la bonne volonté de la parenté ou des amis, elles errent; elles sont sans domicile fixe. Avec de la chance et un certain soutien, un très petit nombre arrivera à trouver un logement à prix modique (HLM). D'autres, moins chanceuses, trouveront un logement en acceptant d'y engloutir 50, 60, 80 et parfois 100% de leurs maigres revenus sachant très bien que cette situation ne pourra tenir. D'autres se retrouveront carrément à la rue. Certains parents risquent de devoir laisser temporairement la garde des enfants à la Direction de la protection de la jeunesse.
Depuis le 1er juillet dernier, près de 150 ménages sans logis ont fait une demande de soutien aux OEuvres Isidore Ostiguy. Il ne s'agit pas là d'une situation exceptionnelle: cela se répète de mois en mois depuis 2001. Cette situation montre que le financement de nouveaux logements sociaux est toujours la solution à privilégier à long terme.
Actions concertées
En septembre 2008, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a dit que «pour mieux prévenir et contrer efficacement un problème aussi complexe que celui de l'itinérance, il faut agir de façon concertée et coordonnée avec l'ensemble des acteurs concernés par les différents aspects de l'itinérance tels que le logement, la santé, le revenu, l'emploi, l'éducation et le partage de l'espace public». Il dit également que ce cadre «met l'accent sur la nécessité d'agir en amont de l'itinérance». De toute évidence, les actions gouvernementales ne suivent pas les beaux énoncés prévus dans ce cadre.
François Roy,
Coordonnateur de Logemen'occupe










