A-t-on besoin d'un «vrai» centre-ville à Gatineau?

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Depuis le début de la campagne électorale municipale, élus, candidats et citoyens se sont prononcés sur le besoin criant d'un centre-ville à Gatineau. Cela, selon certains, donnerait à la ville, voire à la région une identité plus forte. D'autres, dont les allégeances politiques sont à peine voilées, veulent ce centre-ville afin que Gatineau devienne indépendant (sans jeu de mots) d'Ottawa.

Allons droit au but: un centre-ville ne se construit pas! Il s'agit d'une zone urbaine qui naît organiquement. Personne ne décide de son emplacement ni du moment initial de sa construction. La plupart des décideurs publics qui ont tenté de concentrer leurs activités économiques, culturelles et récréo-touristiques dans un endroit précis, tel le centre de leur région urbaine, ont frappé un mur. La Ville de Québec en sait quelque chose. Ces jours-ci, on ne dit que du bien du maire Régis Labeaume et de sa Vieille Capitale. Mais, dans les années 1970 et 1980, les maires Jean Pelletier et d'autres ont tenté de créer un centre-ville de toutes pièces près des édifices du gouvernement en construisant, entre autres, le Complexe G et deux hôtels (tous de près 30 étages), l'autoroute Dufferin,etc. Ce fut un flop.

 

Québec en a deux

Québec n'a toujours pas de véritable centre-ville. En fait, elle a deux similis centres-villes: l'un aux alentours du Vieux-Québec, de l'Assemblée nationale et de Saint-Roch (totalement revampé, non pas grâce à Labeaume...) et un autre situé dans ce qu'on appelait Sainte-Foy avant la fusion des villes. Et cette inexistence de centre-ville traditionnel, comme ceux de Montréal, de Toronto, de Calgary ne fait aucunement mal à Québec.

En fait, le complexe G est de loin un des édifices les plus détestés des résidants de Québec. On ne veut pas de tours à bureaux ou d'édifices en hauteur. On veut des histoires à succès comme le nouveau Saint-Roch et le Vieux Port. Alors, à ceux qui ne jurent que par la construction de tours à bureaux près de la promenade du Portage, sachez que de telles constructions ne garantissent en rien la revitalisation urbaine d'un centre-ville ou l'émergence d'un centre-ville de ce Gatineau ni le désir des travailleurs d'y vivre à proximité et de stimuler la construction résidentielle. Québec est un exemple. Winnipeg, à certains égards, pourrait nous inspirer. De plus, la proximité de Gatineau et d'Ottawa est un fait indéniable qui brisera toujours le rêve de ceux qui souhaitent inventer un centre-ville en Outaouais qui soit autonome. Pour que cela devienne réalité, ce qui est impossible et pas véritablement nécessaire pour qu'une ville mérite d'être une «vraie ville» (voir le cas de Québec), il faudrait démolir les ponts, cesser d'accueillir les fonctionnaires (et leurs édifices) et s'assurer que tous les services, produits de consommations, activités socioculturelles offertes à Ottawa le soient également à Gatineau. L'attraction économique et socioculturelle d'Ottawa sur Gatineau demeurera.

Endroit attrayant

Plutôt que de la décrier, tentons d'en tirer profit en faisant en sorte que ce que l'on désire développer soit un endroit attrayant pour les gens qui résident des deux côtés de la rivière des Outaouais et ait des retombées positives pour ceux qui y habitent. Pas besoin d'un centre-ville construit en hauteur, de tours à bureaux ou de condominiums de 30 étages. Cela serait peine perdue.

Ce qu'il faut, c'est poursuivre l'aménagement du territoire dans ce que l'on appelle le centre-ville (autour de la promenade).

Il faut continuer à réaménager les trottoirs, y planter des arbres, ajouter des lampadaires, des fleurs,etc. Cela devrait donner une plus grande fierté aux gens qui habitent ce secteur tout en favorisant la venue de nouveaux résidants. De plus, certains espaces vacants pourraient faire place à la construction de nouvelles résidences telles que des condos de deux ou trois étages, des semi-détachés,etc. Sans nécessairement vouloir recréer un quartier Westboro à la sauce gatinoise, ce secteur pourrait bénéficier de l'arrivée de jeunes couples professionnels. On observe que, dans les quartiers où résident ces derniers, des commerces répondant à leur style de vie naissent graduellement et, du même coup, qu'ils attirent une clientèle provenant d'autres secteurs urbains.

Bref, ce dont a besoin cet espace historiquement dense, et habité par des gens qui ne demandent qu'à en être fiers, c'est un plan de développement qui soit bien dosé, qui se fasse graduellement et, surtout, qui mise sur la revitalisation résidentielle et des artères présentes. Des tours à bureaux seraient inutiles. Il faut miser sur un apport de nouveaux résidants, de nouveaux commerces et sur le développement d'un espace urbain attirant des gens de l'extérieur du centre à toute heure du jour. Pas besoin d'inventer ce qui ne s'invente pas. Ce qu'il faut, c'est redonner aux résidants de ce quartier un milieu de vie de qualité et de le rendre accessible à tous ceux qui veulent le visiter, qu'ils soient d'Ottawa ou de Gatineau.

Rémy Tremblay,

professeur titulaire

chaire de recherche du Canada sur les villes du savoir

Université du Québec à Montréal

Gatineau

 


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