Jean-Yves Vigneau a les îles dans la peau. Né aux Îles de la Madeleine mais établi en Outaouais depuis 36 ans, le sculpteur gatinois est toujours influencé par la mer, la pêche et les îles, lorsqu'il crée une oeuvre.
La sculpture qui orne le parterre de la Maison de la culture de Gatineau, intitulée Le territoire mythique évoque la rencontre de deux rivières, la Gatineau et la rivière des Outaouais. C'est devant cette oeuvre que le journaliste du Droit a rencontré l'artiste.
«Ce sont des thèmes qui reviennent souvent dans mes sculptures, même dans les oeuvres temporaires comme celle que j'ai réalisé au ruisseau de la Brasserie, en 2000. J'avais aussi choisi ce thème parce que des vieux m'avaient raconté qu'il y avait autrefois une île au milieu du ruisseau. Je réalise souvent des projets sur l'eau», explique M.Vigneau qui a aussi réalisé la sculpture installée à la nouvelle caserne de pompiers de Gatineau, sur le boulevard Gréber.
Après sa fille, la comédienne Noémie Vigneau-Godin, en novembre 2004, Jean-Yves Vigneau devient le deuxième membre de sa famille à mériter le titre de Personnalité de la semaine.
Cet été, il a participé au Congrès mondial acadien à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, où il a créé une sculpture temporaire, en plaçant de grandes caisses de poisson sur la rive. Intitulée Arrivage, la sculpture représentait le naufrage de l'industrie de la pêche au Québec et dans les Maritimes. «Aujourd'hui, on achète nos poissons partout dans le monde, mais de moins en moins chez nous. Alors les caisses portaient les inscriptions des noms de poissons provenant de pays étrangers comme la Chine, le Brésil ou la Thaïlande», explique-t-il.
Il utilise divers matériaux pour bâtir ses oeuvres. Lorsqu'il s'agit d'une sculpture intérieure ou d'une installation temporaire, il peut utiliser le bois, le plastique ou plusieurs autres matières, mais les sculptures extérieures sont faites de bronze ou d'alliage de différents métaux. Chaque oeuvre étant différente, il n'utilise pas toujours le même procédé. Parfois, il doit faire fabriquer ses sculptures dans des fonderies à l'extérieur de la région. À d'autres occasions, des soudeurs spécialisés peuvent faire le travail sur place, sous sa supervision. Sa dernière création a été faite au Brésil, à la surface d'un petit lac, devant une falaise. L'ouvrage, intitulé L'équation de l'eau (A equaçao da agua en portugais) est visible d'une salle d'opéra construite sur le site.
Madelinot pour toujours
Jean-Yves Vigneau a passé toute sa jeunesse aux Îles de la Madeleine. Il est arrivé dans l'Outaouais en 1973, après avoir complété ses études en arts à l'Université de Moncton et à l'Université du Québec à Montréal. «Lorsque j'étais enfant, à l'école, je m'ennuyais beaucoup, alors je dessinais. J'ai toujours été attiré par les mots. Ma mère m'a raconté qu'à trois ou quatre ans, je découpais de grandes lettres dans le journal alors que je ne savais pas lire.»
Dans l'Outaouais, il a enseigné les arts. «J'ai débuté comme professeur à l'ancienne école Immaculée-Conception. Mon passage dans la région devait être temporaire mais finalement, je ne suis jamais parti. Au début, j'ai fait toutes sortes de choses pour survivre mais je vis de mon art depuis plusieurs années. Je me suis aussi investi dans le développement de l'art dans la région en étant très actif dans la création de la galerie d'art Axe-Néo-7 et du centre d'art Daïmon. Il nous a fallu 10 ans pour concrétiser le projet de La Filature mais ça en valait la peine», dit-il.
Droits des artistes
«La mise en place de structures artistiques m'intéressait, tout comme la défense des droits des artistes. Lorsque j'ai réalisé la première exposition en solo à l'ouverture de la Maison de la culture de Gatineau, j'avais demandé un cachet: la personne responsable m'avait alors répondu que la Ville de Gatineau n'offrait pas d'argent pour ce genre d'exposition.»
«J'ai monté quand même mon exposition, mais la veille de l'ouverture officielle, j'ai demandé un cachet de nouveau et menacé de tout démonter, quelques heures avant l'arrivée des invités et de la ministre de la Culture. J'ai aussi dit que je serais présent le lendemain pour dire à tout le monde pourquoi l'exposition annoncée n'y était plus. En dix minutes, j'ai obtenu mon cachet et l'exposition a bel et bien eu lieu. À partir de ce moment-là, tous les artistes qui ont exposé à la Maison de la culture ont été payés. J'ai joué aux échecs et j'ai gagné. Parfois, il faut forcer le passage pour obtenir quelque chose. J'ai la tête dure», raconte-t-il avec un malin plaisir.
Son art lui a permis de voyager à travers le monde, ainsi que dans plusieurs régions du Canada et de l'Amérique du Nord. Cette année, outre le Brésil, il est allé au Royaume-Uni, où il a installé le long d'un sentier menant à la camera obscura d'Aberystwyth, un grand miroir convexe au haut d'un lampadaire.
À 57 ans, Jean-Yves Vigneau éprouve toujours le même plaisir et la même satisfaction de créer. Bien que possédant un pied-à-terre aux Îles-de-la-Madeleine, il n'est pas prêt à s'y établir, même s'il aimerait y aller plus souvent. «Si l'avion ne coûtait pas aussi cher...», soupire-t-il. À défaut de se rendre plus souvent aux îles, Jean-Yves Vigneau se voyage beaucoup et il en est très heureux.
«Une vie d'artiste, ça apporte rarement la sécurité financière, mais c'est agréable. J'ai toujours fait ce que je voulais et j'ai encore des projets pour plusieurs années», conclut-il.











