Un homme avec du coeur au ventre

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Le cardiologue Michel Le May n'a pas peur... (Michel Lafleur, Le Droit)

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Le cardiologue Michel Le May n'a pas peur d'innover. Grâce au programme STEMI mis sur pied par lui et son équipe, une personne victime d'un infarctus est transportée directement à l'Institut de cardiologie, au lieu d'être d'abord emmenée à l'urgence d'un hôpital.

Michel Lafleur, Le Droit

Charles Thériault
Le Droit

Honoré récemment par l'Institut de recherche en santé du Canada et par le Journal de l'Association médicale pour la mise sur pied d'un programme d'intervention visant à accélérer le traitement des personnes victimes de troubles cardiaques, le docteur Michel Le May reçoit aujourd'hui le titre de Personnalité de la semaine LeDroit/Radio-Canada.

Le docteur Michel Le May n'a pas peur d'innover pour améliorer les soins offerts aux victimes de problèmes cardiaques.

 

Cette année, M.Le May et son équipe de l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa ont mis sur pied un programme novateur de traitement des malades, le programme STEMI.

Ce programme fait en sorte qu'une personne victime d'un infarctus est transportée directement à l'institut de cardiologie, au lieu d'être d'abord emmenée à l'urgence d'un hôpital.

Ce protocole d'entente entre l'Institut de cardiologie et les hôpitaux de la région est rendu possible par les ambulanciers paramédicaux, qui sont formés pour déceler les infarctus et communiquent directement avec l'institut pour y faire admettre un patient de toute urgence.

«Lorsqu'une personne est victime d'un infarctus, chaque minute compte. Notre but est de traiter la personne en moins de 90 minutes (1h30). Les ambulanciers étant formés pour déceler les infarctus, ils peuvent nous amener les patients directement. Ça accélère grandement le traitement et ça aide aussi les urgences des hôpitaux. [...] Il a fallu s'entendre avec la direction de chaque hôpital et avec les services paramédicaux pour mettre ce protocole en vigueur», explique M.Le May.

Le programme STEMI a été honoré lors du concours «Les plus grandes réalisations du Canada dans la recherche en santé», organisé par l'Institut de recherche en santé du Canada et le Journal de l'Association médicale canadienne.

Un gars de Vanier

Michel Le May a grandi dans l'est de la ville d'Ottawa, surtout dans les environs de Vanier. Pendant sa jeunesse, il était actif au sein des organisations récréatives comme l'Association des jeunes de Saint-Charles.

Dès son passage à l'école secondaire, il est attiré par les sciences. Il étudie d'abord la biochimie à l'Université d'Ottawa, puis se lance en médecine. Ce sont des collègues de classe qui lui ont suggéré de faire le saut. «Je m'intéressais beaucoup à la recherche. Un médecin m'a dit que je devrais compléter mes études en médecine, parce que la recherche dans ce domaine est très intéressante. C'est ce que j'ai fait et je les ai terminées en 1978», ajoute-t-il.

Pendant un stage à l'Hôpital pour enfants d'Ottawa, le docteur Michel Le May a travaillé trois mois en cardiologie pour enfants. Cette première expérience lui a donné le goût d'exercer cette discipline. «À cette époque, la recherche n'avançait pas beaucoup en cardiologie. Mes collègues me déconseillaient d'aller là-dedans en me disant que c'était un domaine mort. Mais ça m'intéressait quand même et j'ai décidé d'y aller. L'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa a été créé à cette époque», se souvient-il.

M.Le May s'est ensuite dirigé vers l'université de la Floride. Puis il a été médecin résident à Los Angeles, de 1979 à 1981. «J'y ai reçu une excellente formation, car c'est un très grand hôpital où on voyait toutes sortes de maladies. J'ai même vu des cas de tétanos et de scorbut, des maladies rares de nos jours. Par la suite, j'ai travaillé en cardiologie à l'Université Emory, en Georgie, où on trouvait les plus grands spécialistes en cardiologie aux États-Unis. C'est là qu'a été inventée l'angioplastie, en 1977», ajoute le docteur Le May. L'angioplastie est une technique qui permet de débloquer les artères du coeur en installant une prothèse métallique appelée «ballonnet», qui permet au sang d'y circuler normalement.

Michel Le May passe alors trois ans en Georgie avant de revenir dans sa ville natale, en tant que cardiologue à l'Hôpital Général. Il y a perfectionné les techniques d'angioplastie, en partageant son temps entre l'Hôpital Général et l'Institut de cardiologie.

Moment marquant

En 1987, le goût de la pratique privée lui prend. Il retourne aux États-Unis, à Fairfax, en Virginie. Mais il ne passe qu'un an en sol américain. Il est de retour à Ottawa en 1988, afin de poursuivre ses recherches.

«On étudiait particulièrement le cholestérol et en 1993, il est survenu un cas qui a changé ma carrière. Un patient de 61 ans a subi un infarctus et malgré un traitement rapide, il ne répondait pas. Il a fallu lui donner 20 chocs pour le réanimer car le coeur s'est arrêté à plusieurs moments. Nous avons pratiqué une angioplastie. À ce moment-là, on installait un «ballonnet» (une petite prothèse que l'on souffle et qui débloque les artères) mais dans son cas, ça ne fonctionnait pas. L'artère se bloquait de nouveau et rien ne fonctionnait alors le patient risquait de mourir. On a décidé de mettre un «stent» (minuscule ressort métallique) même si son utilisation dans ces circonstances allait contre les indications du fabricant. Ça a fonctionné et le sang a recommencé à circuler normalement. Ce fut un point tournant dans ma carrière, car ça a changé nos façons de faire. Nous avons démontré que les «stents» pouvaient être utilisés dans presque toutes les situations et, maintenant, seulement 4% des cas nécessitent une chirurgie. On fait beaucoup moins de pontages coronariens qu'autrefois», explique le docteur Le May.

Nommé directeur de l'Unité des soins coronariens de l'Institut de cardiologie, Michel Le May s'est ensuite attaqué au programme de formation des ambulanciers paramédicaux, qui a été mis en vigueur cette année.

Outre son travail, Michel Le May est aussi passionné par la course à pied et la bicyclette. En 2007, il a grimpé le mont Kilimandjaro, en Afrique. Et cette année, il a complété le demi-marathon du Marathon d'Ottawa.

Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.

 

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