Le «super-héros» anticonformiste

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Nicolas Lacelle a l'enseignement dans le sang. Dès... (Jean-François Dugas, Le Droit)

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Nicolas Lacelle a l'enseignement dans le sang. Dès 16 ans, il inspirait déjà des jeunes que d'autres qualifiaient de cas problématiques. «Il ne faut pas avoir peur d'être anticonformiste pour aller les rejoindre, dit-il. Pour changer l'humain, il faut le provoquer.»

Jean-François Dugas, Le Droit

Jean-François Dugas
Le Droit

Nicolas Lacelle est un anticonformiste avoué. Les méthodes originales de ce professeur de théâtre lui ont d'ailleurs valu le Prix du premier ministre pour l'excellence dans l'enseignement, le mois dernier. Aujourd'hui, Le Droit et Radio-Canada honorent son travail en lui remettant le titre de Personnalité de la semaine.

C'est plutôt rare que l'establishment décore un anticonformiste. Normalement, on opte pour un soldat qui suit la ligne de conduite générale sans remous.

 

C'est loupé avec Nicolas Lacelle, qui a reçu le mois dernier parmi 50 récipiendaires nationaux , le Prix du premier ministre pour l'excellence dans l'enseignement. Le professeur diverge allègrement de la norme. Et, bizarrement, son approche inspire les jeunes...

Direct, sarcastique, bon vivant, humain. Voilà l'arsenal avec lequel l'enseignant de théâtre à l'École secondaire catholique de Plantagenet, dans l'Est ontarien, inculque non seulement sa matière, mais des leçons de vie.

«J'ai une approche différente selon la situation qui se présente. C'est ce qui fait ma force, dit-il humblement. C'est à partir du jeune qu'on commence: où il est, où il s'en va et non en lui imposant un modèle préétabli. C'est du développement humain. On ne fait pas qu'enseigner la matière, on forme des jeunes.»

Cette dernière notion semble, trop souvent, échapper aux grands décideurs en matière d'éducation, estime-t-il.

«Je suis anti-évaluation. Le gouvernement veut développer des programmes individualisés pour répondre au besoin de chaque élève. Mais l'évaluation est d'ordre globale... Ce n'est pas important ce que le gouvernement veut. Ce qui est important, c'est que le jeune progresse. Ça ne donne rien de changer la collectivité si on ne change pas l'individu.»

Cette philosophie, Nicolas Lacelle l'applique tant avec ses élèves, qu'au sein de la troupe de théâtre parascolaire et de l'équipe d'improvisation, Les Infutiles, qu'il dirige. Il adhère particulièrement à la méthode par découverte qui permet à un ado de façonner sa personne par le billet de succès et d'erreurs.

«Je n'ai pas peur de leur laisser faire des erreurs. La fierté vient avec l'effort et non les résultats, indique-t-il. L'enseignant doit mettre en pratique les valeurs qu'il prône.»

L'apprentissage se veut donc une belle leçon de vie, applicable tout autant en salle de classe qu'en société.

Enseignant dans l'âme

L'instituteur de 33 ans est clairement à sa place. Il met en oeuvre sa vocation au quotidien.

Originaire de Hawkesbury, Nicolas Lacelle transige avec les jeunes depuis les débuts de son adolescence.

D'abord à titre de coordonnateur dans des camps d'été, puis plus tard à titre de modèle au sein de l'organisme des Grands Frères et Grandes Soeurs pour les «cas problématiques». Un défi qu'il remplit avec brio et qui le mène à inspirer les jeunes et moins jeunes défavorisés du parc Old Mill de Hawkesbury, un quartier à problème de l'endroit, dès l'âge de 16 ans!

«Pour la première fois de ma vie, je doutais de mes habiletés. Mais tout s'est bien déroulé et j'ai réalisé que je pouvais faire une différence. C'est de là que vient la piqûre de l'enseignement.»

»Superman»

Dix ans après ses débuts dans le métier, au sein de classes composées de jeunes «violents et abusifs», la réalité est tout autre aujourd'hui. Les élèves dérangeants se font plus rares.

Ce n'est pas une raison de faire preuve de laxisme toutefois.

«C'est notre job de se plier en quatre, en six, en huit, en douze s'il faut. On sait qu'on ne réussit peut-être pas dans tous les cas, mais c'est notre job d'essayer. Ça vaut la peine, de faire l'effort supplémentaire.»

Cette devise lui vaut l'étiquette amicale de super-héros au sein de ses collègues de travail.

«Tu veux tous les sauver», se fait-il répéter perpétuellement.

C'est plus fort que lui. Il a ça dans le sang.

Nicolas Lacelle est conscient que son style d'enseignement est accrocheur. Il parvient à allumer les jeunes qui, à première vue, trouvent «qu'il parle fort, crie, sacre et est gros», sans plus.

«Au bout du secondaire, c'est là que ça prend tout son sens, évoque le professeur. De façon générale, il ne faut pas avoir peur d'être anticonformiste pour aller les rejoindre. Pour changer l'humain, il faut le provoquer.»

 

 

Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.

 

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