Jean Labonté dispute sa 15e saison au sein de l'équipe canadienne de hockey sur luge. Ce père de famille va bientôt fêter ses 41 ans. Dans sept semaines pour être plus précis. Il se trouvera alors à Vancouver avec ses coéquipiers, entourés de milliers d'athlètes venant des quatre coins de la planète et souffrant d'un handicap.
Ce sera sa quatrième participation aux Jeux paralympiques. Il s'agira aussi peut-être de sa dernière aventure sur le traîneau à lames.
«J'y pense, avoue l'athlète d'Aylmer au sujet de la fin de sa carrière. Mais je vais attendre avant de prendre une décision. Je vais laisser les Jeux passer et la poussière retomber.»
Au fil des ans, il a aussi vu son sport évolué. L'action s'avère plus rapide sur la glace. Les alignements ont rajeuni. La visibilité a aussi augmenté. Ses joueurs vedettes sont mieux connus du public canadien.
«Le sport n'était pas aussi développé il y a 15 ans, a souligné Labonté, qui a dû se faire amputer la jambe gauche au-dessus du genou en 1990 à la suite d'une bataille contre un cancer des os.
«Les jeunes poussent, les entraînements sont plus rigoureux. Tu as maintenant aussi des spécialistes de la santé, de l'entraînement physique qui t'accompagnent.»
Labonté croit qu'il pourrait continuer à tenir son bout en portant une attention encore plus étroite à sa préparation hors glace. Il affirme qu'il lui resterait encore des choses à apprendre.
«C'est un sport difficile à maîtriser, notamment pour le maniement de la rondelle. Tu peux faire tellement de choses, telles qu'effectuer des passes en dessous de la luge. Aussi, il faut être ambidextre. J'aimerais être plus fonctionnel avec ma main gauche, moi qui suis droitier.»
Mais du même souffle, il pense à sa conjointe qui l'a toujours encouragé. Il y a également son fils âgé de six ans dans l'équation.
On le sent dans la voix de Labonté: il hésite à imposer d'autres années de sacrifices à sa famille, qui a déjà payé un prix.
S'il s'agit de ses derniers moments sur une patinoire, il aura probablement vécu sa saison la plus émotive, peu importe le résultat final, peu importe qu'il obtienne une médaille d'or ou pas autour du cou.
On l'avait averti. À titre de capitaine de l'équipe canadienne, il serait sollicité à gauche et à droite dans les mois qui précéderaient les Jeux olympiques et paralympiques.
«Je le savais. Je m'attendais à ce que ce soit gros, mais je ne pouvais pas m'imaginer que ce serait comme ça», a reconnu Jean Labonté, un concept de logiciels dans sa vie professionnelle.
Le comité organisateur de Vancouver 2010 l'avait retenu durant l'été pour le dévoilement des affiches officielles des Jeux. C'était à Ottawa. Il faisait beau et chaud à l'extérieur.
Le chef de mission de l'équipe canadienne, Nathalie Lambert, était présent. La grosse gomme du mouvement olympique canadien se trouvait aussi sur place.
Puis le mois dernier, Labonté a porté le flambeau olympique lors du passage du relais de la flamme à Gatineau. Mieux, il a allumé la vasque.
Son entrée dans le stade temporaire aménagé à la Place de la Cité restera tatouée à sa mémoire. Malgré la froideur et une certaine noirceur, la foule scandait son nom.
Des frissons
«Je n'en reviens pas encore de l'accueil. Juste en parler comme ça, j'en ai encore des frissons, a confié Labonté, le plus jeune d'une famille de cinq enfants à avoir grandi dans le secteur Mont-Bleu dans les années 1980. Sa mère et une de ses soeurs descendue de Toronto assistaient justement à son arrivée avec la flamme.
«Je veux encore remercier les gens de la Ville de Gatineau. Il y a tellement de gens de qualité qui méritaient cet honneur, qui s'impliquent dans la communauté. J'apprécie qu'on m'ait choisi. Ça me touche encore et je ne vais jamais l'oublier.»
Dans la dernière semaine, il a pu renouer avec son sport, de la glace à ses coéquipiers en passant par la compétition.
Labonté se trouvait dans un aéroport de Vancouver au moment de l'entrevue. La veille, ses coéquipiers et lui venaient de compléter une série de trois joutes hors-concours contre la formation nationale coréenne.
Trois matches, trois victoires faciles du Canada par des pointages de 4-0, 8-2 et 9-0. Tout ça, sept semaines avant les Jeux paralympiques qui auront lieu du 12 au 21mars.
La pression sera forte sur le pays hôte.
«C'est certain que la Corée n'est pas une puissance, a reconnu Jean Labonté. Mais c'est une équipe qui a beaucoup de potentiel, qui a de la vitesse, qui n'a pas peur du jeu physique. C'est une équipe qui va surprendre.»
Jamais il n'a insulté ou critiqué l'ennemi au fil de sa carrière. Il a toujours été le type qui préfère regarder le verre à moitié plein. L'individu qui a toujours un commentaire positif à offrir.
«Jean est l'un des joueurs les plus respectés dans le monde du hockey sur luge [...], raconte son coéquipier Greg Westlake sur le site Web de Hockey Canada.
«Ses adversaires le respectent pour sa compétitivité et ses coéquipiers pour son leadership. Avec un surnom comme Le Roc, il apporte un grand calme à l'équipe et garde tout le monde concentré sur la victoire.»
Mcomtois@ledroit.com











