Jacques Flamand ne laisse pas le manque d'argent venir à bout de son amour de la culture et de sa diffusion.
Responsable des Éditions du Vermillon avec sa conjointe Monique Bertoli, M.Flamand a été choisi pour recevoir l'Ordre de l'Ontario des mains du lieutenant-gouverneur David C. Onley. Mais son état de santé ne lui a malheureusement pas permis de se rendre à Toronto pour recevoir son prix, jeudi dernier. Ce n'est que partie remise.
Ce n'est pas la première fois que M.Flamand est honoré ainsi. En 2002, il avait reçu le Prix du Consulat général de France à Toronto, pour son recueil de nouvelles Mezzo Tinto.
À 74 ans, Jacques Flamand a un peu moins d'énergie qu'auparavant, mais il se rend tout de même régulièrement au petit bureau des Éditions du Vermillon, au coeur du marché By, à Ottawa. Il n'y passe pas inaperçu, avec ses longs cheveux et sa barbe de patriarche. Pendant plusieurs années, il s'y rendait tous les jours à pied.
Créées en 1982, les Éditions du Vermillon ont pour but de diffuser les oeuvres des auteurs franco-ontariens, ainsi que des écrivains de Gatineau et de l'Outaouais. La très modeste maison d'édition a un statut d'oeuvre de charité, car elle ne fait aucun profit en publiant des livres souvent à raison de 500 ou 800 copies à la fois. Mais pour Jacques Flamand, ce qui compte n'est pas l'argent, mais la diffusion la culture.
Originaire du Puy-en-Velay - une ville d'Auvergne, en France -, Jacques Flamand est arrivé au Canada en 1966 pour occuper un poste de professeur en théologie à l'Université d'Ottawa.
Sa ville natale, maintenant très connue, est un important point de départ pour les pèlerins qui prennent le chemin de Compostelle.
Un enfant de la guerre
Né en 1935, M.Flamand a connu la Deuxième Guerre Mondiale. Sa ville a d'ailleurs été bombardée par les forces alliées. Et même s'il n'était qu'un enfant à l'époque, les souvenirs des bombardements sont gravés à jamais dans sa mémoire. «La ville de Saint-Étienne a été tellement bombardée par les Américains qu'on y a compté 20000 morts. Ils n'avaient aucun respect et bombardaient de très haut: en visant une voie ferrée, ils pouvaient tout aussi bien frapper une école, comme c'est arrivé chez nous. Les Anglais étaient plus respectueux. Je me souviens aussi des restrictions de nourriture. On n'oublie pas ce genre de choses», raconte M.Flamand.
Dès son jeune âge, Jacques Flamand a commencé à s'intéresser à l'esprit humain. Il s'est vite dirigé vers des études en théologie, puis en philosophie, en psychologie et en lettres françaises. Il a aussi étudié l'anglais. «J'étais à Strasbourg lorsque j'ai appris que l'Université d'Ottawa cherchait des professeurs en théologie. J'avais le goût de l'aventure et du changement, alors j'ai posé ma candidature et j'ai été embauché. C'est ainsi que je suis arrivé dans la région de l'Outaouais, où j'ai toujours habité depuis 1966. Je suis arrivé ici un peu avant tous les changements sociaux qui se sont produits à la fin des années 1960 et au début des années 1970. La religion avait encore une place très importante à cette époque, mais son influence s'est effondrée rapidement.»
Sa carrière de professeur universitaire ne durera que quatre ans. Il entre ensuite au Bureau de la traduction, puis au Conseil des arts du Canada où il fût responsable de l'application de la Loi sur les langues officielles. Il passera 12 ans au sein du Conseil des arts du Canada. Il enseignera aussi l'histoire des religions au Cégep de l'Outaouais, au courant des années 1970.
La passion des lettres
Parallèlement à sa carrière de professeur et de traducteur, Jacques Flamand s'est toujours intéressé à la littérature.
Mais il s'est vite rendu compte que peu de débouchés existaient pour les auteurs franco-ontariens. C'est ainsi qu'il a fondé avec sa conjointe les Éditions du Vermillon. Une tâche colossale: les ventes de livres sont en baisse constantes et les auteurs peu connus ne vendent souvent que quelques centaines de copies.
«Il y a tellement de livres sur le marché que les lecteurs ne peuvent pas tous les acheter. De plus, les grands éditeurs français ont les moyens d'occuper une grande place dans nos librairies. Et, dans une certaine mesure, les éditeurs québécois - surtout montréalais - font la même chose. Mais il faut faire une place aux auteurs francophones qui vivent en milieu minoritaire», insiste-t-il. Les Éditions du Vermillon participent d'ailleurs au Salon du livre de l'Outaouais à chaque année. Les auteurs peuvent ainsi y rencontrer leur public. «C'est notre salon. Il est très important pour nous», lance M.Flamand.
Sa maison d'édition a publié des centaines de titres depuis 28 ans. M.Flamand a lui-même écrit près de 50 ouvrages, dont des oeuvres de fiction et de poésie.
«C'est ma passion, j'écris toujours. Et même si ma santé décline, je demeure associé aux Éditions du Vermillon. D'ailleurs, on ne peut pas vendre notre maison d'édition puisqu'elle a un statut d'organisme de charité et qu'il s'agit d'une organisation à but non lucratif. Il faudrait quelqu'un d'autre poursuive notre travail. Mais, pour le moment, nous n'avons personne à qui laisser la direction, alors Monique continue, sans relâche. C'est notre mission», conclut-il.
Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.











