Le duo olympique aérodynamique

Les travaux de Guy Larose et Annick D'Auteuil...

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Les travaux de Guy Larose et Annick D'Auteuil ont contribué à perfectionner la combinaison des patineurs de vitesse, qui fait tant parler d'elle à Vancouver. Les athlètes l'ont enfilée lors d'entraînements en soufflerie, profitant de l'occasion pour tester différentes postures de manière à réduire la friction de l'air.

Patrice Gaudreault
Le Droit

Le Droit et Radio-Canada honorent aujourd'hui les chercheurs Guy Larose et Annick D'Auteuil, en leur décernant conjointement le titre de Personnalités de la semaine. Ces deux scientifiques ont utilisé la soufflerie du Centre national de recherches du Canada (CNRC) pour améliorer l'aérodynamisme des athlètes olympiques en vue des Jeux de Vancouver.

On dit que ceux qui sèment le vent récoltent la tempête. En multipliant les heures en soufflerie avec nos athlètes olympiques, les scientifiques Guy Larose et Annick D'Auteuil ont réussi à faire mentir le vieil adage, contribuant à leur façon à une riche récolte de podiums.

 

«Le plus important demeurera toujours l'athlète; c'est lui la source d'énergie. Mais aujourd'hui, la science et la technologie font aussi partie de la recette», explique le DrLarose, qui travaille depuis dix ans à l'Institut de recherche aérospatiale du CNRC, à Ottawa.

Originaire de Québec tout comme sa collègue , le chercheur de 48 ans se spécialise dans l'aérodynamique des corps non profilés ou, si vous préférez, «tout ce qui ne vole pas». Après des études en génie mécanique à l'Université Laval et une maîtrise en génie éolien à l'Université de Western Ontario, il s'envole pour Copenhague, au Danemark, où il complète son doctorat portant sur l'aérodynamique des ponts.

De retour au pays, le résidant d'Ottawa est recruté par le Centre national de recherches du Canada. Ses travaux portent notamment sur la réduction de la traînée aérodynamique des voitures et des camions, de façon à réduire la consommation de carburant.

Véritable mordu de sports d'hiver «Je suis toujours dans le parc de la Gatineau!» , Guy Larose a l'occasion de se joindre à l'aventure olympique en 2005. À quelques mois des Jeux de Turin, des athlètes du patinage de vitesse, du ski de fond, du skeleton et de la luge convergent vers les laboratoires du chemin Montréal, à Ottawa.

Là-bas, une soufflerie de deux mètres par trois mètres, construite en 1942 afin de tester l'aérodynamisme des avions, peut reproduire des vents soufflant jusqu'à 400 km/h.

Le bilan est positif: la Canada fait le plein de médailles en Italie.

»À nous le podium»

En prévision des Jeux de Vancouver, le pays développe un programme ultra-secret «À nous le podium» mettant la technologie au service des athlètes. Des chercheurs s'attaquent à quatre variables: la friction de la neige, la friction de la glace, l'aérodynamique et la performance humaine.

De concert avec Annick D'Auteuil, 30 ans, étudiante au doctorat à l'Université Carleton, Guy Larose soumet un projet de recherche portant sur le patinage de vitesse. En bout de piste, onze sports olympiques bénéficieront du support de l'Institut de recherche aérospatiale du CNRC. «Avec les athlètes, on vise la même chose qu'avec les véhicules, soit de réduire la traînée», explique M.Larose.

Lorsqu'un patineur atteint sa vitesse maximale, le frottement entre ses lames et la glace disparaît presque complètement. Les seuls facteurs qui peuvent ralentir sa course sont sa propre endurance et la résistance de l'air qu'il traverse.

Les travaux du duo Larose-D'Auteuil ont contribué à perfectionner la combinaison des patineurs de vitesse, qui fait tant parler d'elle à Vancouver. Les athlètes l'ont enfilée lors d'entraînements en soufflerie, profitant de l'occasion pour tester différentes postures de manière à réduire la friction de l'air. En skeleton, en luge, en bobsleigh et en planche à neige, les scientifiques ont travaillé autant sur la position des athlètes que sur leur équipement.

«Il y a des sports bien établis, comme le patinage de vitesse et le ski alpin, où les gains sont plus difficiles à aller chercher, souligne MmeD'Auteuil. Pour des sports plus récents, par contre, chaque petit ajustement peut faire une grande différence.»

La majorité des athlètes de haut niveau ont fait un détour par Ottawa. C'est le cas de Mellisa Hollingsworth et Jeff Pain, deux gros noms du skeleton, ou encore du pilote de bobsleigh Pierre Lueders. Avant de décrocher l'or à Cypress Mountain, Maëlle Ricker avait aussi étrenné sa planche à neige dans les laboratoires du CNRC.

«La plupart des pays mettent la science au service des athlètes. Et depuis longtemps», souligne M.Larose, citant en exemple les Allemands, les Français, les Italiens et les Américains.

»Mission accomplie»

Les deux olympiens du vent se sont offert des vacances à Vancouver, au cours des derniers jours, afin de profiter de la fièvre olympique.

«On peut dire mission accomplie, affirme M.Larose. Les athlètes n'avaient jamais été aussi préparés qu'ils l'ont été pour ces jeux.»

De retour dans la région, Annick D'Auteuil procédera à la rédaction finale de sa thèse portant sur l'aérodynamique du corps humain appliqué aux sports de vitesse qu'elle doit défendre au printemps, sous la supervision de son collègue.

Professeur adjoint à l'Université d'Ottawa en génie civil et à l'université Carleton en génie mécanique, Guy Larose mise pour sa part sur une bourse de recherche sur l'aérodynamique des athlètes olympiques et des véhicules. Il espère aussi mettre son expertise à contribution pour la construction d'un pont suspendu sur le détroit de Messine, entre la pointe de la «botte» italienne et la Sicile.

Comme tout bon olympien, les deux chercheurs ont les yeux rivés sur les Jeux de 2012 et 2014. Un programme est déjà en place pour assurer un transfert de connaissances des sports d'hiver aux sports d'été. Reste à savoir ce qui adviendra du programme «À nous le podium».

Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.

 

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