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Heatley, le seul grand gagnant de l'échange

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Marc Brassard
Le Droit

Habituellement dans un échange, la croyance conventionnelle dans la LNH veut que l'équipe qui obtient le meilleur joueur sort toujours gagnante du troc.

Dans le cas de la transaction qui a envoyé le récalcitrant Dany Heatley aux Sharks de San Jose avec un choix de cinquième ronde samedi, contre Milan Michalek, Jonathan Cheechoo et un deuxième choix, l'adage ne s'applique pas vraiment.

 

Dans les faits, il n'y a à l'heure actuelle qu'un seul grand gagnant dans cet échange, et c'est celui qui a exigé qu'il se concrétise, «Monsieur tir sur réception» lui-même.

Heatley avait refusé de passer aux Oilers d'Edmonton en juillet dernier parce qu'il croyait dur comme fer qu'il y avait «d'autres options», avait-il dit le mois dernier avant de se rapporter au camp d'Équipe Canada. Force est d'admettre qu'il a gagné son pari et qu'il a ainsi remporté aisément son bras de fer avec l'organisation des Sénateurs: au lieu de passer ses hivers dans la capitale albertaine, il va jouer sous le soleil de la Californie, avec des joueurs de haute qualité comme Joe Thornton, Patrick Marleau et Dan Boyle sur un jeu de puissance qui va faire peur, et avec un club aspirant à la coupe Stanley par surcroît.

Tout le monde pense évidemment que les Sharks ont déjà gagné cet échange, mais dans leur cas, ce n'est qu'en juin prochain qu'on saura si ce pari du d.g. Doug Wilson a rapporté. Les Requins sont reconnus dans l'Ouest comme l'équivalent des Sénateurs du début des années 2000, le meilleur club de saison régulière à n'avoir jamais gagné en séries.

Sceptique

Est-ce que l'ajout d'un Dany Heatley au caractère est très douteux après l'épisode de cet été est l'ingrédient manquant à ce club talentueux? Comptez-moi parmi les sceptiques, surtout après avoir vu le «Heater» être blanchi en finale de la coupe Stanley contre Anaheim en 2007.

Et les Sénateurs, là-dedans? Contrairement à leur dernier échange d'un joueur mécontent (Alexeï Yashine, refilé aux Islanders de New York contre Zdeno Chara, Jason Spezza et Bill Muckalt en 2001), ils sont évidemment les grands perdants de cette saga qui a fait autant jaser que le mauvais temps l'été dernier. Le d.g. Bryan Murray a probablement bien fait d'exaucer le souhait de Heatley, réitéré quand ils se sont rencontrés «entre quatre yeux» vendredi à l'arrivée de ce dernier dans la capitale.

Murray a dit en annonçant la transaction qu'il était «OK» avec ce qu'il avait obtenu des Sharks, mais on avait pourtant entendu à travers les branches tout l'été qu'il ne voulait pas toucher à Cheechoo, un joueur en grande perte de vitesse (production passée de 56 à 12 buts au cours des quatre dernières années) qui a été ralenti par une double opération pour une hernie au bas du ventre.

«Il faut que j'aille à Ottawa et que je leur prouve qu'ils n'ont pas fait un mauvais choix», a dit Cheechoo au San Jose Mercury News après avoir appris la transaction, qui le rapproche de son patelin de Moose Factory, en Ontario (mais sa femme vient de San Jose).

Michalek n'a que 24 ans et à 6'2 et 225livres, ce Tchèque est probablement un meilleur «attaquant en puissance» que celui que Murray aurait pu obtenir d'Edmonton (Dustin Penner). Il a marqué au moins 20 buts et plus de 50 points à ses trois dernières saisons. Point négatif, il n'a que cinq points (cinq buts) à ses 19 dernières parties en séries éliminatoires.

Reste le choix de deuxième ronde, qui a une valeur certaine. Les Sénateurs ont bien fait à ce tour lors de leurs deux repêchages sous Murray, sélectionnant le défenseur Patrick Wiercioch et le gardien Robin Lehner, deux de leurs bons espoirs pour l'avenir.

Si Michalek progresse un peu et va chercher 30 buts, et si Cheechoo retrouve sa touche pour en obtenir une vingtaine, et si Alex Kovalev s'avère une bonne police d'assurance pour le départ (alors anticipé) de Heatley, alors Murray n'aura peut-être pas l'air trop fou en bout de ligne et l'attaque des Sénateurs sera mieux équilibrée que lors des belles années du Triumvirat.

Ça fait évidemment beaucoup de «si». Et si un vieux dicton dit qu'avec des «si», on va à Paris, dans la LNH, ça vous mène rarement aux séries.

Les sénateurs en bref

Kovi au courant

Au cours des 17 dernières années, Alex Kovalev a eu le temps de bien étudier l'histoire de la Ligue nationale de hockey. Il sait par exemple que les Sénateurs ont remporté la coupe Stanley pour la dernière fois en 1927. «J'étais à New York, en 1994, quand les Rangers ont remporté la coupe pour la première fois en 54 ans. C'était complètement dément. J'ose à peine imaginer comment cette ville réagirait si on la gagnait cours des prochaines années», a-t-il affirmé, hier. Après Dany Heatley, Kovalev est sans contredit le joueur qui fait le plus parler de lui, depuis le début du camp. «À mon humble avis, il demeure un des deux ou trois joueurs les plus habiles dans toute notre ligue. Nos partisans auront du plaisir à le regarder», disait hier Daniel Alfredsson.

Poste à combler

Le départ de Heatley a confirmé ce qu'un peu tout le monde savait depuis un petit bout de temps. Le capitaine Alfredsson comptera un nouvel adjoint, cette saison. Cory Clouston réfléchit depuis déjà quelque temps à l'identité du joueur qui sera nommé au sein du trio de leadership. «J'y réfléchis, mais je n'ai pas vraiment envie de parler de cela avec vous», a indiqué l'entraîneur, hier. Au premier coup d'oeil, Jason Spezza et Mike Fisher seraient les deux candidats logiques. «Il ne manque certainement pas de leaders dans notre vestiaire. Il est grand temps de les utiliser comme il se doit», ajoute Clouston, tout en précisant qu'un joueur n'est pas obligé d'attendre qu'on colle un gros «A» sur son chandail avant de commencer à se comporter comme tel.

Une autre transaction dans l'air?

L'arrivée de deux nouveaux ailiers pourrait occasionner certains problèmes au camp des Sénateurs. L'équipe compte maintenant 14 attaquants qui ont terminé la saison dernière dans la LNH. Elle mise aussi sur trois recrues Cody Bass, Peter Regin et Zack Smith qui aspirent à y évoluer cette saison. Il n'y aura, en bout de ligne, que 12 postes disponibles. Bryan Murray pourrait-il encore bouger et sacrifier quelques joueurs d'expérience qui ne font plus vraiment partie de ses plans? «J'aimerais bien libérer au moins un poste pour un joueur qui s'est démarqué au tournoi des recrues. Pourriez-vous l'écrire pour que le mot se passe à travers la ligue? Ce serait grandement apprécié», ironisait le directeur général, samedi. Le message est passé.

 

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