Ce Gatinois de 27 ans, étudiant en géographie à l'Université Laval, a été recruté, il y a trois ans, par des camarades de classe pour faire partie d'une de ces embarcations que l'on voit au Carnaval de Québec. Le principe: traverser le fleuve St-Laurent le plus rapidement possible, en ramant dans les eaux frigides ou en glissant sur les glaciers, tout en utilisant une technique appelée la «trottinette» (un pied à l'intérieur du canot, l'autre à l'extérieur pour le propulser).
Ce sport typiquement québécois est assez populaire dans le coin de la Vieille capitale. Il y a même un circuit de quatre courses. L'équipe dont fait partie Gravel a justement remporté la première de la saison, la Grande Traversée Casino Charlevoix de l'Isle-aux-Coudres, le week-end dernier.
Ils ont triomphé dans la catégorie «sport» réservée aux équipages qui en sont à leurs premiers pas en compétition. Il y a aussi une catégorie «élite» pour les équipages plus expérimentés, autant chez les hommes que les femmes.
«On s'est loué un canot il y a trois ans, puis au bout de la première année, on l'a acheté et on l'a rénové complètement. On a fait beaucoup de travail et cette première victoire est une belle récompense pour tous les efforts qu'on a mis là-dedans, même si on ne s'affole pas et qu'on garde la tête froide. Mais ça nous donne quand même un bon coup de pied au derrière pour le reste de la saison», m'a-t-il raconté hier lorsque joint à Québec.
Grand amateur de plein air qui pratiquait le canot l'été quand il travaillait sur une base de plein air dans la région de l'Outaouais, Gravel a eu la piqûre dès qu'il s'est mis au canot de glace.
«La première chose à laquelle les gens pensent en voyant une course, c'est à l'aspect danger, le fait que ce doit être des gens aventureux qui se lancent là-dedans. Mais en fait, c'est aussi sécuritaire que n'importe quel autre sport. Moi, ce que j'apprécie particulièrement, c'est que c'est une belle occasion d'aller à l'extérieur et c'est un sport où l'esprit d'équipe prime. Tu auras beau avoir le meilleur canoteur dans une embarcation, ça ne changera rien. Il faut travailler tous ensemble pour réussir à traverser», souligne-t-il.
Les équipages sont formés de cinq «matelots», quatre rameurs et un barreur qui dirige le canot lorsqu'il est dans l'eau libre.
Le Gatinois Jérémie Gravel, à l'extrême gauche, avec ses coéquipiers Julien Harvey, Mario Dorval, Philippe Doyon et Pierre-Luc Iza.
Photo courtoisie
Sport compliqué
Le sport est plus compliqué qu'il semble en avoir l'air, mentionnait aussi Jérémie Gravel. «C'est exigeant physiquement, rares sont les courses où on ne finit pas complètement 'brûlés'. Mais il y a tout un côté de stratégie alors qu'il faut savoir composer avec les courants, la marée, le vent, la nature des glaces. Il faut aussi farter le canot (comme au ski de fond). Certaines équipes sont bien plus expérimentées que nous: l'oncle de notre barreur est une légende, ça fait 35 ans qu'il en fait», souligne-t-il.
La plupart des canots sont commandités (celui de Gravel et ses comparses Pierre-Luc Iza, Mario Dorval, Philippe Doyon et le barreur Julien Harvey porte le nom de «Boulet et Lemelin Yacht Banque Nationale»), certaines équipes arrivant même à boucler leur budget pour que ça ne coûte pas grand-chose aux athlètes.
Quand le coeur leur en dit, ils ne se gênent pas pour emmener des parents ou des amis faire une ballade sur le majestueux fleuve. «L'an passé, mon père (Richard Gravel, l'ancien candidat à la mairie de Gatineau et directeur général de l'ARSO) est venu faire son tour, il disait qu'il avait toujours rêvé d'en faire. Au mois de mars, il n'y a rien comme se rendre au milieu du fleuve et prendre une bonne bière sur un morceau de glace», relate-t-il.
Jérémie Gravel et ses coéquipiers se préparent maintenant pour la course la plus médiatisée de la saison, celle du Carnaval de Québec, qui aura lieu dimanche.











