Quatre mois plus tard, il commence à se demander si elles n'étaient pas toutes largement exagérées.
« Ray, c'est un maudit bon jack », a déclaré le coloré ailier québécois, hier matin, durant un entretien avec LeDroit.
« C'est certain qu'il représentait un gros point d'interrogation avant le début de la saison. Tellement de choses avaient été véhiculées à son sujet dans les médias au Canada... Moi, je peux uniquement le juger avec ce qu'il nous a montré au cours des derniers mois. Jusqu'à présent, il mérite une note de A, sur la patinoire comme à l'extérieur. »
« Je le trouve même pas mal tranquille. Pas mal plus tranquille que je pensais... »
« Je dirais la même chose, ajoutait un autre coéquipier, le Gatinois Daniel Brière. Je m'attendais à ce que Ray prenne plus de place dans l'entourage de l'équipe. Je pense notamment aux heures de préparation qui précèdent chacune de nos parties. Chaque joueur a sa façon bien particulière de se comporter. Certains chantent, dansent, courent... Certains sautent partout. Ray fait partie de ceux qui restent, tranquilles, dans leurs coins. Il est toujours bien calme et bien reposé. »
Emery a peut-être grandi et vieilli au cours des dernières années. Il n'est plus exactement un jeune gardien : il vient de fêter ses 27 ans.
Il n'a peut-être pas eu le choix de s'assagir.
Quand la direction des Flyers lui a offert un contrat, au terme de son exil forcé d'un an en Russie, elle a voulu s'assurer qu'il ne répéterait pas les frasques qui lui ont coûté son poste à Ottawa.
Il paraît qu'Emery a été obligé de s'expliquer longuement devant l'entraîneur-chef John Stevens et avec le directeur général Paul Holmgren avant de recevoir une offre.
On dit même que les propriétaires des Flyers se sont déplacés en personne pour le rencontrer, ce qui n'est pas exactement habituel.
Emery, qui a toujours été attiré par les grands centres urbains, ne se serait pas installé au centre-ville de Philadelphie. On lui aurait « fortement suggéré » d'élire domicile dans un quartier résidentiel paisible et familial du New Jersey... loin des distractions et à proximité du complexe d'entraînement des Flyers.
« Je vis une année un peu différente, reconnaît-il. Je suis arrivé ici quelques mois avant le début du camp d'entraînement. Ça m'a permis d'apprendre à connaître les gens pour qui je travaille. »
« J'estime que cette situation a joué en ma faveur. Ça leur a également permis d'en apprendre davantage à mon sujet. Ce fut une belle façon de briser la glace dans une nouvelle ville. Je suis très content de ma situation actuelle. J'aurais seulement préféré ne pas effectuer le détour jusqu'en Russie. »
« Prêt à se prendre en main »
Quand il prend le temps d'y réfléchir un peu, Ian Laperrière finit par se dire qu'il n'est pas vraiment surpris de voir Emery, si calme et si mature.
« Au Canada, toutes sortes d'histoires sortent dans les médias. Même les petites histoires sans grande importance deviennent souvent très grosses. Tous les anciens coéquipiers d'Emery à Ottawa nous disaient qu'il était un bon gars. J'aurais dû croire davantage les histoires de ses coéquipiers que les histoires qu'on lisait dans les journaux », dit-il.
« Moi, je crois qu'on devrait toujours donner une deuxième chance aux gens qui veulent se prendre en main. Et, jusqu'à présent, Ray nous démontre qu'il est prêt à se prendre en main », conclut pour sa part Daniel Brière.











