Votre directeur général a tellement peur de ne pas présenter une équipe compétitive l'automne prochain, qu'il est prêt à surpayer le premier - le seul ? - attaquant autonome de talent qui est prêt à jouer pour lui.
Et ce, sans même se soucier de tout le bagage qui vient avec.
Alex Kovalev déborde de talent. Ça saute aux yeux. À 36 ans, il est encore capable de dominer un match de la LNH d'un bout à l'autre. Paraît aussi qu'il a du charisme. Qu'il n'a pas son pareil pour soulever les foules.
Mais ça, ce sont les fans du Canadien et chroniqueurs montréalais qui nous le disent. Et comme ça fait 15 ans que le Bleu-Blanc-Rouge n'a pas aligné un vrai joueur de concession...
Avec tout son talent et tout le charisme de celui qu'on surnomme l'Artiste, les Sénateurs ne forment pas nécessairement une meilleure équipe ce matin.
Parce qu'il a passé les quatre dernières années de sa carrière à Montréal, nous avons pu apprendre à connaître ses défauts autant que ses qualités.
Nous n'avons pas oublié ces histoires d'entrevues accordées à des journalistes russes, dans lesquelles il ne se gênait pas pour casser du sucre sur le dos de ses patrons.
Nous n'avons pas non plus oublié cette prise de bec mémorable avec son coéquipier Steve Bégin, dans le vestiaire, devant les journalistes, après un match à Washington.
Moi, en tout cas, je n'ai surtout pas oublié que Bob Gainey l'a renvoyé chez lui, au beau milieu du mois de février 2009, pour qu'il réfléchisse à sa conduite.
« L'équipe n'a pas besoin de Kovalev de la façon dont il joue présentement », a-t-il déclaré à ce moment-là.
Je me souviens surtout de cette déclaration laconique de Guy Carbonneau, quelques semaines plus tard, durant la conférence de presse qui a suivi son congédiement. « Un jour, la vérité va sortir. »
Bryan Murray cherche désespérément depuis trois semaines à se débarrasser de Dany Heatley, un attaquant au grand talent, mais au tempérament boudeur, qui a la fâcheuse habitude de se transformer en courant d'air pendant de longues périodes.
Il n'a pas encore réussi qu'il s'embarque sur les épaules un gars tout aussi talentueux et boudeur, qui jouait environ un bon match sur trois à Montréal, quand il était contrarié. À 5 millions $ US par année, en plus. Pour deux ans !
La semaine dernière, avant d'effectuer quelques bons coups de filet à la pêche aux joueurs autonomes, il paraît que Gainey a jonglé avec l'idée d'offrir à Kovalev un contrat de deux ans qui lui aurait rapporté 9 millions.
Mon collègue Marc Antoine Godin, de La Presse, écrivait alors que la valeur de Kovalev était plus grande à Montréal que n'importe où ailleurs. Faut croire que Murray n'est pas de cet avis.
Je suis capable de concevoir un scénario, un seul, dans lequel les Sénateurs sortiraient gagnants avec leur nouveau joueur. Alex Kovalev a joué son meilleur hockey avec le Canadien en 2007-2008.
Il venait alors de se faire tasser par la Fédération russe de hockey sur glace. Au printemps 2007, il n'avait même pas été invité à participer au championnat mondial qui se déroulait chez lui, à Moscou. Il voulait prouver qu'il était encore un joueur de calibre international.
Avec la rage au coeur, il a mené les Glorieux au championnat de l'Association Est, s'attirant tous les éloges au passage.
On aimerait bien le voir débarquer à Ottawa avec la même hargne à l'endroit de Bob Gainey, qui vient de lui faire subir le même type d'affront.
L'agent de Kovalev, Scott Greenspun, affirmait vendredi dernier que « cinq ou six » équipes s'intéressaient à son client.
Il paraît même que les Capitals de Washington, jeunes en pleine progression, étaient prêts à lui faire une place au sein de leur premier trio, avec Alexander Ovechkine et Nicklas Backstrom.
Pourquoi diable, alors, privilégier l'offre d'une équipe qui semble sur le déclin depuis 18 mois ? L'argent ? La chance de continuer à jouer dans une ville de hockey ? La possibilité d'évoluer dans la même section et d'affronter ses anciens copains six fois l'an prochain ?
On va se le souhaiter. Au minimum, ça rendra les choses intéressantes quand le CH débarquera avec son armée de partisans, l'hiver prochain.











