Retrouvés après 48 heures passées en forêt

 

Josiane Gagnon et Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste

Encore sur l'adrénaline après deux journées en mode «survie», ils ont retrouvé leurs proches vers 18 heures au poste de commandement mis sur pied près de l'entrée de Saint-Mathieu-du-Parc.

À part quelques égratignures aux jambes et des piqûres de moustiques, ils ont terminé leur périple sains et saufs, au plus grand soulagement de leur famille et de la trentaine de personnes qui avaient participé aux recherches.

Le couple avait prévu passer une nuit en camping sauvage vendredi au site numéro 12 du lac Wapizagonke.

Les deux jeunes ont monté leur tente, puis ont décidé d'aller aux chutes Waber. Vers 16 heures, ils ont quitté leur campement à bord d'un canot loué qu'ils ont laissé sur le site numéro 14, un peu plus loin. Puis, ils ont poursuivi leur chemin à pied.

Depuis, personne n'avait eu de nouvelles d'eux, et les campeurs voisins ne les ont pas vu revenir pour la nuit.

Le canot, les vestes de flottaison, la glacière et un téléphone cellulaire ont été retrouvés samedi.

Leur véhicule était également encore dans le parc. Alors qu'ils devaient libérer leur emplacement samedi après-midi, rien n'avait bougé en soirée.

Inquiètes, les autorités du parc ont commencé les recherches avec les garde-chasses, mais sans succès. Interrompues vers minuit, elles se sont poursuivies hier matin avec des effectifs élargis.

Les policiers de la Sûreté du Québec ont entrepris une enquête qui leur a donné quelques indices.

«Dans leur tente, nous avons trouvé un appareil photo numérique, et ils avaient pris une photo juste avant de partir en canot. Nous l'avons fait analyser, et ça nous a donné beaucoup d'informations», explique le technicien en recherche pour la SQ Alain Croteau.

Dans la tête de M. Croteau, deux hypothèses étaient plausibles: la noyade ou la promenade en forêt qui a mal tourné.

«Mais j'ai vite écarté la noyade. Nous avons vu sur la photo que l'homme portait une montre en or, mais nous ne l'avons retrouvée nulle part. Lorsqu'on porte ça, on y fait attention et on l'enlève si on veut aller se baigner», analyse-t-il.

Il a ensuite cherché à se mettre à la place des disparus pour déterminer les décisions qu'ils ont pu prendre.

En arrivant, vendredi, les deux jeunes avaient demandé des informations à l'accueil afin de se rendre aux chutes Waber. Il était donc probable qu'ils aient pris le mauvais chemin, surtout que leur canot ne se trouvait pas à proximité du sentier pour s'y rendre.

«En partant de l'endroit où se trouvait le canot, ils ont débouché sur un lac. La seule façon de trouver une chute à ce moment aurait été de suivre un ruisseau, et il y en avait un. Nous avons donc analysé les cartes pour tenter de trouver où auraient pu se trouver des chutes, et nous avons déterminé l'endroit exact où ils se trouvaient», raconte M. Croteau.

En patrouillant le nord du lac Avalon du haut des airs, le pilote d'hélicoptère Fabien Demers et le policier Gilles Royer ont remarqué une odeur de fumée, ce qui leur a mis la puce à l'oreille.

«J'ai vu un peu de boucane qui sortait d'un boisé. Nous nous sommes posés dans un marais, et je suis allé les chercher», raconte Gilles Royer, satisfait de cet heureux dénouement.

Le tout s'est fait dans la bonne humeur, et les rescapés ont même pris le temps de poser devant l'hélicoptère qui les a délivrés de la forêt.

Quelques heures après la découverte d'un autre disparu, Marc-Henri Lacoursière, sans vie, à Sainte-Ursule, la pression est descendue d'un cran hier soir chez les policiers et les bénévoles.

Le coordonnateur des opérations, Alain Croteau, n'aurait pu espérer meilleure conclusion à cette journée de recherches.

«Il n'y a pas de salaire qui peut valoir le plaisir de retrouver les gens en vie.»

Résignés à manger des escargots et des vers de terre

Vêtus d'un maillot de bain, de bermudas, d'une camisole et de sandales de plage, Kevin Desroches et Caroline Santerre avaient prévu marcher dans un petit sentier pour aller se baigner dans les chutes Waber, vendredi soir, au parc national de la Mauricie.

Après deux nuits passées en forêt à se demander quand, et si, ils allaient être secourus, ils en ont été quittes pour une bonne frousse... et toute une histoire à raconter!

Quelques heures à peine après avoir été retrouvés par un hélicoptère de la Sûreté du Québec, ils ont raconté avec humour leur épopée des 48 dernières heures.

«Au moins, il n'avait pas le choix de m'écouter lorsque je parlais», lance Caroline, en jetant un regard complice à son chum.

Munis d'une carte du parc, les deux jeunes ont hésité entre deux chemins, vendredi soir, et ont finalement choisi le mauvais. Ils avaient prévu une boussole lorsqu'ils ont entrepris de trouver les fameuses chutes. Mais attachée à un bâton de marche, elle est tombée en cours de route.

Perdus, voyant le soleil se coucher, ils ont dû se résigner à passer une première nuit en forêt.

«Tout ce que nous avions, c'était un sac de carottes. Nous avons aussi mangé du trèfle», raconte la jeune femme.

Le lendemain, ils ont tenté de retrouver leur route, mais leur marche n'a pas été plus fructueuse. Ils ont finalement érigé un deuxième campement de fortune à l'aide de roches, de branches d'arbres et de fougères.

Toute la journée et toute la nuit, ils ont alimenté un feu, qu'ils ont pu allumer grâce à un briquet.

«Nous devions trouver du bois pour être certains que le feu ne s'éteigne pas. Nous ne savions pas pour combien de temps nous serions là et nous n'avions qu'un petit briquet», indique la jeune femme.

Partis pour une baignade, ils avaient apporté avec eux des serviettes de plage. Elles ont finalement servi à les réchauffer durant les deux nuits, qui se sont avérées plutôt froides.

Tout près, ils ont trouvé une source où ils ont pu boire.

«Je savais qu'avec de l'eau, nous pourrions tenir une semaine», maintient Kevin Desroches. Au moment où ils ont été retrouvés, hier, ils s'étaient résignés à manger quelque chose de plus nourrissant.

«Nous avions fait cuire un escargot, et j'étais en train de chercher des vers de terre et des grenouilles», mentionne Mme Santerre.

Malgré les moments éprouvants, le couple, formé il y a deux mois, assure que chacun a su garder son sang-froid.

«Nous étions en mode survie. Nous étions en train de perdre nos forces et nous tremblions beaucoup, mais je savais qu'ils allaient nous retrouver», déclare le jeune homme.

Confrontés à l'ennui, ils se sont divertis comme ils ont pu en chantant des chansons et en récitant l'alphabet à l'envers.

Au cours des prochains jours, Kevin Desroches et Caroline Santerre, qui sont respectivement musicien et employée chez IBM, prévoient en profiter pour décompresser un peu.

L'an prochain, promettent-ils, ils reviendront pour aller visiter les chutes Waber.

Les autorités n'ont pas lésiné sur les efforts

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les autorités ont tout mis en oeuvre afin de retrouver Kevin Desroches et Caroline Santerre, les deux campeurs qui se sont perdus dans le parc national du Canada de la Mauricie ce week-end.

Dès qu'ils ont été informés que les deux jeunes dans la vingtaine n'avaient pas passé la nuit sur le site de camping qu'ils avaient réservé et que leur équipement y était toujours, les agents de Parc Canada se sont rapidement mis à leur recherche.

Ils ont aussi fait appel à la Sûreté du Québec (SQ) ainsi qu'au groupe de recherche et sauvetage Équinoxe.

Pendant toute la journée d'hier, une trentaine de personnes ont pris part aux opérations, soit environ cinq agents de la SQ, un enquêteur, une dizaine de bénévoles du groupe Équinoxe, deux kayakistes, un maître-chien ainsi que huit gardes de Parcs Canada.

L'hélicoptère de la Sûreté du Québec a aussi survolé les environs pendant une bonne partie de la journée.

Des membres du groupe Équinoxe ont aussi passé plusieurs heures à montrer une photo des deux jeunes aux nombreuses personnes qui se trouvaient sur le site du camping Wapizagonke afin d'obtenir des renseignements qui auraient pu faire avancer les recherches.

Ils ont trouvé le cliché dans l'appareil photo numérique que les policiers ont trouvé parmi le matériel que les disparus avaient laissé derrière eux.

Lorsque les deux jeunes ont été retrouvés, en fin d'après-midi, hier, ça a été l'explosion de joie chez ceux qui ont pris part aux recherches.

Après leur journée d'efforts, ils ont finalement pu sympathiser quelques minutes avec le couple nouvellement revenu à la civilisation.

Reconnaissant, Kevin Desroches a remercié à plusieurs reprises les bénévoles et les policiers.

«Je ne pensais pas qu'autant de gens auraient à coeur de nous retrouver. Merci beaucoup.»

Informés de la disparition, une dizaine de proches du jeune homme étaient venus de Granby pour participer aux recherches.

Sa mère, Chantal Brisebois, était émue aux larmes en racontant les heures éprouvantes qu'elle venait de passer.

«J'ai eu très peur de le perdre. J'étais sur la route lorsqu'ils m'ont téléphoné pour m'annoncer qu'ils l'avaient retrouvé, et j'ai pleuré de joie», lance-t-elle.

Fils d'un chasseur qui lui a montré à se débrouiller en forêt, le jeune homme devait savoir quoi faire dans une telle situation, se disait-elle, mais elle admet avoir perdu espoir à certains moments.

«Il est là, et c'est ça qui est important.»

Le porte-parole de Parc Canada, Albert Van Dijk, soutient que depuis les 21 ans qu'il travaille au parc de la Mauricie, trois opérations de recherche semblables ont été entreprises, et chaque fois, les gens ont été retrouvés sains et saufs.

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