C'est le constat que fait Rachel Janvier Lafrenière, une infirmière trifluvienne de 35 ans d'expérience qui, en 2008, fut diplômée en gérontologie de l'Université de Sherbrooke.
Elle était l'invitée du dernier Dîner gérontologique de l'UQTR au cours duquel elle a présenté les données qu'elle a colligées à ce sujet, entre 2005 et 2008, tout au long de ses études de maîtrise.
Sa quête d'informations auprès des aînés et de divers intervenants du milieu de la santé l'a menée aux quatre coins du Québec et partout, dit-elle, «on avait les mêmes difficultés et les mêmes enjeux».
Alors que le virage ambulatoire visait à prendre les moyens pour aider les aînés à rester à la maison le plus longtemps possible, les services, eux, n'ont pas suivi, constate-t-elle.
Cela, croit Mme Lafrenière, est dû en partie à un manque de communication entre les différents intervenants - centres hospitaliers et CHSLD notamment - qui ont plutôt l'habitude de travailler en silos. Résultats: des soins inadéquats ou de la négligence.
Mme Lafrenière a illustré son propos en racontant le cas d'une dame de 90 ans en fauteuil roulant qui a eu congé de l'hôpital après une fracture de la hanche et que les services de santé sont allés déposer sur le trottoir devant l'édifice à logements où elle habitait... au deuxième étage. Personne ne s'était informé de qui s'occuperait d'elle à sa sortie de l'hôpital et son fils, le seul proche aidant qu'avait cette dame, était parti à l'étranger pour trois semaines.
De nombreux cas de négligence de ce genre lui ont été racontés, notamment l'histoire d'une dame âgée de plus de 80 ans obligée de changer elle-même, chaque jour, le pansement de son mari qui venait de subir une chirurgie abdominale parce que l'infirmière n'avait pas le temps d'y aller.
Au chapitre des ressources humaines, Mme Lafrenière a constaté qu'en plus du manque de médecins et d'auxiliaires familiales certains membres du personnel, dans les résidences privées, manquent de formation, ce qui a des répercussions sur les soins aux aînés.
Le manque de soins et de services à domicile aux aînés mène aussi bien souvent les proches aidants tout droit vers l'épuisement, épuisement qui peut parfois les mener à bousculer leurs aînés ou à insister pour les placer en hébergement, dit-elle.
Parfois, dit-elle, il existe des services qui allégeraient leur tâche, mais ils sont inconnus de la population. Et même s'ils les connaissent, les aînés n'osent parfois pas y recourir de peur que le CLSC les place en hébergement, ajoute-t-elle.
Les défis à relever pour soutenir adéquatement les aînés sont encore énormes, constate la conférencière. Il y a eu, malgré tout, quelques améliorations dans le système de santé et de services sociaux, reconnaît-elle.
D'ailleurs, des intervenants du secteur de la santé qui étaient venus écouter sa présentation ont fait savoir que dans la région de Trois-Rivières, les choses se sont améliorées depuis quelques mois. Mais cela ne semble pas être le cas partout au Québec, comme l'ont soulevé d'autres personnes dans l'auditoire en parlant de leur propre expérience.
«L'accès aux soins, aux services et aux médicaments est facile pour les riches mais difficile pour les pauvres», de conclure Mme Lafrenière qui rêve de voir un jour l'arrivée d'une culture gérontologique. «On verra alors peut-être la fin de l'âgisme, c'est à-dire la fin de la discrimination envers les personnes âgés», dit-elle.










