Seulement trois enfants sur dix marchent pour se rendre à l'école

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Seulement trois enfants sur dix marchent pour se rendre à l\'école

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De moins en moins d'enfants marchent pour se rendre à l'école.

Photo: archives Le Nouvelliste

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'enfant qui marche ou qui pédale pour se rendre à l'école est une espèce en voie de disparition. En 2008, à Trois-Rivières comme partout au Québec, seulement 30 % des écoliers se rendent à l'école à pied ou en bicyclette. Tous les autres se déplacent en autobus scolaire ou, pour un nombre grandissant d'élèves, montent à bord de la voiture de papa ou de maman.

C'est ce qui ressort d'une étude menée par une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal. L'enquête a été réalisée entre 2006 et 2008 auprès des parents de 1495 élèves de 67 écoles de la région montréalaise et de Trois-Rivières, une ville considérée de taille moyenne au Québec.

 

«Le but premier de l'étude était d'identifier les obstacles à la pratique de la marche et du vélo chez les élèves du primaire puisque nombreux sont les enfants dont le volume d'activité physique recommandé, soit 60 minutes par jour, n'est pas atteint», explique Paul Lewis, le professeur d'urbanisme qui a dirigé l'enquête.

Selon les données de Kino-Québec, en 1971, environ 80 % des enfants canadiens âgés de 7 et 8 ans marchaient pour se rendre à l'école. Trente-sept ans plus tard, leur nombre a chuté de façon drastique. Qui plus est, parmi ceux et celles qui franchissent actuellement en marchant la distance maison-école, 80 % ont moins de 600 mètres à parcourir.

Pour le professeur Lewis, plusieurs raisons peuvent expliquer cette diminution de la pratique de la marche et du vélo. Il fait notamment référence à l'étalement urbain qui engendre plus souvent qu'autrement une plus grande distance entre l'école et la maison. Des jeunes familles s'installent dans des nouveaux quartiers alors que les écoles, sauf exception, demeurent dans les anciens.

Par ailleurs, la fréquentation de l'école de quartier n'est plus la norme. Avec la multiplication des écoles à vocation particulière, privées et publiques, les enfants et leurs parents ont maintenant la possibilité de s'inscrire dans un établissement dont l'enseignement est davantage axé sur la musique, les sports, les langues, etc. M. Lewis fait remarquer que cette tendance entraîne inévitablement une plus grande dispersion géographique des élèves.

Les familles où les deux parents travaillent sont aussi nombreuses. Parallèlement, les enfants qui fréquentent les services de garde scolaire sont en croissance constante. Tout ce beau monde quitte donc la maisonnée en même temps et y revient à la même heure, à l'heure du souper.

Rejoint par Le Nouvelliste, le professeur Lewis souligne que même lorsque la maison est située à une très courte distance de l'école, beaucoup de parents ont le réflexe de conduire eux-mêmes leurs enfants à la maison, sous prétexte que l'établissement est sur leur route.

«L'insécurité en regard à la circulation automobile constitue ici un enjeu majeur», ajoute-t-il avant de mentionner que des parents vont souvent pointer du doigt le non respect des limites de vitesse par les automobilistes, l'absence de trottoirs, l'insuffisance de feux de circulation ou de brigadiers entre la maison et l'école.

Des trucs qui marchent

Êtes-vous déjà monté à bord d'un autobus scolaire... pédestre? Ce nouveau moyen de transport commence à faire son petit bonhomme de chemin au Québec.

L'idée est fort simple: à tour de rôle, des parents accompagnent un groupe d'enfants qui marchent pour se rendre à l'école.

«L'autobus» s'arrête à des endroits et à des heures bien précis. Tout le monde se déplace ainsi en toute sécurité. L'activité physique est de mise.

Mieux, le peloton réduit la circulation automobile autour de l'école et, tant qu'à faire, contribue à diminuer la consommation d'essence et les émissions de CO2 dans l'atmosphère.

C'est Yannick Lefebvre qui soumet l'idée. Conseiller de Kino-Québec à l'Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie, il précise que des autobus pédestres ont déjà été mis sur pied ailleurs au Québec.

Aucunement surpris par les résultats de l'étude de l'Université de Montréal qui fait état de l'inactivité physique des jeunes, M. Lefebvre soutient qu'il faut encourager les initiatives visant à faire bouger les enfants. Il fait également référence au programme de Vélo-Québec (Mon école à pied, à vélo!) qui rappelle aux élèves et à leurs parents de l'importance d'utiliser un moyen de transport actif dans une journée.

M. Lefebvre suggère enfin aux familles de monter à bord de l'autobus mixte. Il s'agit aux parents qui conduisent eux-mêmes leurs enfants à l'école de faire descendre ces derniers à proximité de l'établissement plutôt que devant sa porte d'entrée. Ce sont toujours quelques pas de gagnés. 

L'effet Cédrika

Est-ce que la peur que son enfant soit victime d'une agression sur le chemin de l'école pourrait expliquer le nombre grandissant de parents qui, à Trois-Rivières comme ailleurs au Québec, ont développé le réflexe d'y conduire eux-mêmes leur progéniture?

Les résultats de l'étude du professeur Paul Lewis ne répondent pas à cette hypothèse, et ce, même si l'enquête réalisée entre 2006 et 2008 a fait appel à des parents trifluviens, une population touchée de plein fouet par la disparition de Cédrika Provencher à l'été 2007.

Rejoint par Le Nouvelliste, M. Lewis explique que c'est en mai 2007 que son équipe de chercheurs a contacté des parents de Trois-Rivières pour les fins de l'enquête, soit quelques mois avant le drame.

La crainte d'une agression (de l'inconnu) figurait à une question portant sur l'utilisation du vélo pour les déplacements de l'enfant entre sa maison et l'école. Les répondants devaient ici accorder un degré d'importance à une liste de quinze facteurs.

Les réponses des participants ont plutôt confirmé l'effet dissuasif de la distance domicile-école, du magasinage scolaire, des horaires de travail des parents et l'insécurité en regard à la circulation automobile. M. Lewis, lui-même un père de famille, est cependant tenté de croire que les résultats de l'étude auraient pu être différents si les parents trifluviens qui ont participé à son étude avaient été rejoints après la disparition de la jeune Cédrika, un drame, a-t-il dit, que personne n'a oublié.

 

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