«Je n'ai pas l'intention de suggérer au conseil municipal d'abandonner cet article-là (...). C'est une question de sécurité. Peut-être que Vélo Québec a pour son dire que si quelqu'un veut se casser la gueule, il a le droit d'y aller. On dit de faire attention autour de nous pour réduire le nombre de suicides, et je pense que permettre à des gens de prendre de tels risques, ce serait suicidaire», image Réjean Gaudreault, maire de La Tuque.
Un avis qui n'est évidemment pas partagé par Vélo Québec. «Adopter un tel règlement, c'est complètement disproportionné. On croit qu'un règlement ou une loi ne peut se substituer au jugement d'une personne. Si on applique un tel règlement pour éviter la mort d'un cycliste en hiver, pourquoi leur présence ne serait-elle pas interdite dans les rues de La Tuque en plein été, puisque les risques sont plus élevés étant donné le plus grand nombre de cyclistes? Pourquoi la motoneige n'est-elle pas interdite dans la région de La Tuque puisqu'elle fait plus de morts que le cyclisme?», se questionne Patrick Howe, directeur des relations publiques chez Vélo Québec.
Mais selon le maire, si ce règlement peut étonner dans la région métropolitaine, il est tout à fait nécessaire dans une ville comme La Tuque ou les routes sont enneigées tout l'hiver. Un règlement qui concerne peu de personnes, admet M. Gaudreault, puisque les cyclistes sont rares à La Tuque en période hivernale. «La possibilité d'accidents est minime, mais elle s'est quand même produite. Si on regarde le nombre de vélos qui circulent à La Tuque en hiver, les chances d'accidents sont énormes. Il y en a peut-être un ou deux qui circulent et on vient d'en perdre un. Donc, on vient d'en perdre 50 %, tandis que si un décès se produisait à Montréal, ce serait peut-être un sur 50 000», note M. Gaudreault. «C'est un accident qui est déplorable, mais il s'explique par des causes humaines, et pas nécessairement par la saison durant laquelle il s'est produit. Il faut mettre les choses en perspective», mentionne, pour sa part, M. Howe.
C'est un des 110 articles du règlement sur la circulation et la sécurité publique de La Tuque qui fait mention de cette interdiction. Il indique qu'il est interdit de circuler en vélo lorsque la voie publique est, partiellement ou entièrement, recouverte de neige ou de glace. Au moins une autre municipalité a une réglementation semblable. En effet, Baie-Comeau interdit de circuler avec une bicyclette sur un chemin public lorsque les conditions routières ne s'y prêtent pas de façon sécuritaire en raison des accumulations de neige ou de glace sur la chaussée.
Le maire Gaudreault ne sait pas si un constat d'infraction a déjà été émis concernant cette interdiction qui date de 1988. Les amendes prévues se situent de 15 $ à 30 $. La population y sera sensibilisée tout comme la Sûreté du Québec à la suite de la mort de Serge Venne, survenue le 6 janvier dernier, après qu'il eut été frappé par un camion-remorque alors qu'il circulait en vélo sur la route 155. «C'est sûr qu'on va demander à ce que cet article soit appliqué au même titre que les 110 autres contenus dans le règlement», mentionne M. Gaudreault. La Sûreté du Québec est d'ailleurs au courant de l'existence de cette réglementation et elle affirme qu'elle va l'appliquer «au besoin».
Règlement no. 872 de la Ville de La Tuque concernant la circulation, le stationnement des véhicules et la sécurité publique
Article 28
3) Il est interdit de circuler en motocyclette, vélomoteur, cyclomoteur et bicyclette sur la voie publique quand celle-ci sera recouverte de neige ou de glace, en partie ou en totalité.
Règlement valide ou pas?
Le règlement interdisant la circulation en vélo l'hiver est-il valide ou pas? Oui, selon La Tuque.
Non, rétorque Vélo Québec, qui croit que les cyclistes qui contesteraient leur billet d'infraction l'emporteraient aisément.
«Toute municipalité au Québec a le pouvoir d'adopter des règlements qui sont plus spécifiques à leur milieu, à leur territoire, à leur spécificité, et le règlement 872 en est un. Il est tout à fait valide», affirme Jean-Sébastien Poirier, greffier municipal.
L'alinéa 4.2 de l'article 295 du Code de la sécurité routière prévoit, en effet, que «la personne responsable de l'entretien d'un chemin public peut, au moyen d'une signalisation appropriée, interdire, restreindre ou autrement régir la circulation des bicyclettes sur une voie où circulent des véhicules routiers (...)».
Le ministère des Transports précise toutefois en quoi consiste une «signalisation appropriée». Un panneau faisant mention de ce règlement doit être installé après chaque intersection d'un tronçon où le vélo est interdit et ce panneau doit toujours être visible. Il n'y a pas un tel affichage à La Tuque.
Ce qui fait dire à Vélo Québec que le règlement de La Tuque n'est pas applicable.
«La Municipalité n'a pas le pouvoir de restreindre la pratique du vélo pour l'hiver. Elle ne peut que restreindre la circulation du vélo sur une voie bien identifiée par des panneaux», affirme Patrick Howe, directeur des relations publiques chez Vélo Québec.
Mais La Tuque ne bronche pas. «C'est l'interprétation du ministère des Transports. Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation. Il ne faut pas oublier que ce n'est pas une interdiction qui a cours 12 mois par année, mais seulement quand la chaussée est recouverte en partie ou en totalité de neige, et d'autres municipalités ont ce genre de réglementation», affirme M. Poirier.










