S'intéressant aux aspects sociologiques de la mode qui s'exprime dans la rue et non sur les passerelles de designers, Mme Julien a d'entrée de jeu établi que la mode «appartient aux jeunes». Pour elle, ce sont les jeunes qui proposent une esthétique, d'une part pour se distinguer de la génération précédente, et d'autre part pour imposer leur propre vision du monde.
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Elle a cité les exemples des modes hippie à la fin des années 1960 et au début des années 1970, et punk une décennie plus tard. «La génération hippie voulait se distinguer de ses parents qui avaient vécu la guerre», analyse-t-elle en associant des aspects de cette mode à des valeurs en particulier. Par exemples, la tunique indienne représente l'ouverture sur le monde et la paix, et le fait qu'elle soit portée par les hommes et les femmes évoque l'égalité des sexes.
En réaction au courant hippie, le punk a communiqué des valeurs de haine et de violence, et privilégié le milieu urbain et non le retour à la terre prôné par les hippies. Cheveux colorés montés en pics, perfectos, vêtements déchirés, tatouages et piercing comptent parmi les attributs esthétiques de l'attitude punk. «Ce sont les deux courants qui ont le plus marqué les modes d'aujourd'hui», soutient Mme Julien.
L'hypersexualisation de la mode actuelle chez les jeunes - et même très très jeunes!- a évidemment été évoquée par la conférencière, qui lui associe des sources dans la culture punk. Elle a rappelé que ce sont les filles punks qui ont emprunté à l'imagerie de la prostitution et du sado-masochisme des éléments comme les sous-vêtements portés en vêtements, ainsi que les colliers de chien, bracelets et ceintures cloutés, aussi portés par les garçons.
«Dans les années 1970-80, l'image des punks était inquiétante, décadente. Les cheveux de couleur, c'était contre nature. Les punks voulaient avoir l'air anti-naturels en réaction à la philosophie hippie», observe la professeure, avant d'ajouter que «le mépris des normes est devenu la norme. La provocation est devenue une tendance lourde dans la société».
Cette valorisation de la provocation, combinée à une pornographisation véhiculée par la publicité, les films, la télé, Internet et autres, crée un «vacarme sexuel assourdissant» qui contribue au dévoilement excessif du corps. Le message qui émerge de cette tendance à l'exposition de soi par la provocation est que «ce n'est pas cool d'avoir l'air straight, ce n'est pas cool d'être pudique», selon Mme Julien.
En plus d'autres facteurs et courants sociaux, la professeure a aussi abordé le culte du vedettariat. Le look glam sexy (style starlette d'Hollywood) témoigne de cette fascination envers les riches et célèbres qui font la Une des magazines. «On ne copie pas les losers. On copie les stars, les gens beaux qui ont du succès en amour. La célébrité fait rêver. Elle promet un accès rapide à un statut social privilégié», constate-t-elle.
Les garçons ne sont pas imperméables à une certaine hypersexualisation de leur mode, notamment à travers le look que Mme Julien associe au genre «pimp, proxénète, maquereau». La conférencière a conclu en affirmant que la mise en scène des jeunes à travers leur esthétique «représente une interprétation très juste des valeurs de notre société».
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