Guy Turcotte était un cardiologue réputé, un homme estimé, un excellent père de famille. Rien ne laissait présager ce qui devait se conclure par le meurtre de ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie. Voilà ce que l'on entend de toutes parts depuis plus d'une semaine. Des propos révélateurs, semble-t-il.
«On va peut-être détruire le mythe du superman. Et c'est peut-être la plus grosse prise de conscience que cet événement-là va nous donner. Ça va nous ramener à quelque chose de profondément humain», croit Philippe Roy, agent de communication à l'Accalmie de Trois-Rivières et membre de l'équipe de recherche «Masculinités et société» de l'Université Laval.
C'est aussi l'avis de la professeure à l'Université du Québec à Trois-Rivières Suzanne Léveillée, qui a analysé sous toutes ses coutures le phénomène des meurtres intrafamiliaux. En 2007, elle a publié, à la demande de Québec, une étude complète sur la question.
«Tout l'enjeu de la rupture et de la notion de perte, c'est très difficile à vivre pour la moyenne des gens. Le problème, c'est qu'ils ne consultent pas. Alors il faut mieux les outiller», dit-elle, en avançant des solutions telles que des séances d'information ou une ligne téléphonique d'urgence.
«Les gens veulent tout régler, tout seul. Parfois, il faut faire face à l'impuissance et ce n'est pas tout le monde qui veut aller dans ces zones-là», poursuit la professeure.
Philippe Roy en rajoute. Vrai que les hommes en détresse consultent difficilement, admet-il. Or, cela devrait se traduire par une meilleure détection des cas à risque. «C'est clair qu'il faut mieux détecter ces gens-là... À l'école, j'ai passé deux jours à apprendre comment faire la réanimation cardiaque. Alors pourquoi pas apprendre à détecter la détresse psychologique?» illustre-t-il.
Dénominateur commun
Dans son rapport, Suzanne Léveillée a répertorié quarante hommes responsables d'un filicide (meurtre des enfants) et dix cas de familicides perpétrés par les pères (meurtre des enfants et de la conjointe). Le tout comptabilisé entre 1997 et 2007.
De ses conclusions, se dégage un dénominateur commun qui se rapproche en plusieurs points des informations préliminaires colligées dans la présente affaire.
«La majorité, c'est relié de près ou de loin à la séparation. Souvent, c'est un déclencheur, quand la personnalité est fragile. Quand il y a des failles dans la construction de la personnalité. Ces personnes-là ne sont pas capables de vivre ça à l'intérieur et ça explose à l'extérieur», explique Mme Léveillée.
«La switch rationnelle s'enlève. Tous les repères, comme l'amour des enfants, ce n'est plus là. La personne est obnubilée par sa détresse», renchérit Philippe Roy.
La suite de ce mal intérieur est tristement connue. Dans le cas présent, deux enfants de cinq et trois ans auront payer le prix de leur vie. Leur père restera sous surveillance dans un hôpital montréalais, alors que se tiendront les funérailles des deux petits, aujourd'hui.
Une situation qui semble tout à fait irréelle. Mais elle est maintenant mieux connue chez les chercheurs.
«Il y a trois éléments qui font que la personne tue ses enfants. Pour un parent, l'enfant est souvent le prolongement de lui-même. L'enfant est aussi une forme de possession, et la personne veut l'emmener avec elle. Ou encore, il y a l'illusion que ce sera mieux comme ça», résume en substance la professeure Léveillée.










