Pour Carolle Souline, qui dirige une agence de mannequins depuis plusieurs années, une telle mesure doit aussi être nuancée pour ne pas que toutes les mannequins étant minces soient cataloguées comme systématiquement anorexiques.
«Je ne sais pas si ça va changer quelque chose. Tant mieux si ça aide celles qui pourraient développer des problèmes en voyant ces images. Mais on ne doit pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Il y a un certain pourcentage de filles dans la société dont le métabolisme est fait comme ça. Si on accuse ces filles d'être anorexiques, c'est grave», explique Mme Souline.
Dans son agence, Mme Souline n'a jamais exigé de personne de perdre du poids ou de réduire les portions lors des repas. Par contre, elle se dit consciente que certaines agences à travers le monde le font.
«Moi, je trouve que ce n'est pas nécessaire d'exiger cela des filles. J'ai des candidates de toutes les tailles et c'est bien comme ça. Mais quand on voit les défilés européens, par exemple ceux de Valentino et d'Oscar de la Renta, qui sont des designers qui ne travaillent qu'avec des filles très maigres, on suppose que ça peut influencer certaines personnes», admet Mme Souline.
De son côté, Claude Boivin, organisateur de défilés de mode depuis plus de vingt ans, ne sait pas si les nouvelles mesures auront un réel impact, mais trouve déjà bien qu'on en parle et qu'une certaine publicité se fasse pour contrer ce phénomène.
Claude Boivin constate qu'au plan local, une telle demande n'existe pas.
«Quand j'organise des défilés et que je reçoit les exigences des boutiques, on me demande toujours une variété de modèles pour défiler. Il y en a pour toutes les tailles. Et c'est normal! Personne n'a envie de voir un défilé en se disant: ''il n'y a rien là-dedans qui est fait pour moi''», explique-t-il.
De son point de vue, Claude Boivin estime que personne ne devrait avoir à juger de la beauté d'une personne par rapport à son poids. Mais il est conscient aussi qu'il existe des modes au niveau international, qui sont pratiquement devenues des normes. «Quand une mode part, ce n'est pas moi qui la part. Mais je dois reconnaître que c'est parfois rendu alarmant», ajoute M. Boivin.
Carolle Souline rappelle cependant que l'industrie de la mode, c'est aussi l'industrie du rêve. «En vendant du rêve, les designers vendent aussi une image», convient-elle.
Une mesure suffisante?
En entrevue, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Michèle Asselin, s'est interrogée sur l'efficacité d'une telle charte qui soit volontaire plutôt que contraignante.
«Est-ce que l'autorégulation sera suffisante? Je pose la question. J'aurais aimé une mesure plus énergique.»
La présidente de la Fédération des femmes y voit néanmoins «une bonne intention» qui mérite d'être soulignée.
Mme Asselin souligne que ces images de maigreur ont sans contredit un effet néfaste sur l'estime de soi des femmes, mais aussi les images de jeunesse éternelle qu'on voit dans les médias et celles de corps qui ont subi des chirurgies esthétiques, sans compter le sexisme dans les médias.
«La maigreur est certainement une bataille importante, mais pas la seule. C'est une réflexion globale qu'il faut avoir», a opiné Mme Asselin.












