La grande industrie

Faut-il tourner la page?

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Bernard Landry participera à la grande rencontre citoyenne, demain soir.

Photo: Sylvan Mayer

Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La population est invitée à participer à la grande rencontre citoyenne.

La grande industrie en Mauricie. Faut-il tourner la page? Voilà la question qui sera débattue lors de la grande rencontre citoyenne prévue le 12 mars prochain, à 19h30, à l'hôtel Delta de Trois-Rivières.

Aujourd'hui et demain, votre quotidien Le Nouvelliste vous présentera l'opinion des cinq panélistes invités: Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, Michel Deveault, président de Meubles Canadel à Louiseville, Yves Marchand, directeur général de la Société de développement économique de Trois-Rivières, Luc Arvisais, directeur général du Centre local de développement de Shawinigan et responsable du développement économique à la ville, et Éric Bélanger, président d'Avant-Garde Technologie.

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Michel Deveault

Photo: Krystine Buisson

S'il n'en tient qu'à Bernard Landry, la région ne doit pas tourner la page à la grande industrie. Et c'est le message qu'il livrera jeudi soir lors de la grande rencontre citoyenne prévue sur cette question à l'hôtel Delta dès 19h30.

Selon lui, le milieu doit continuer à tabler sur la grande industrie sans pour autant négliger la petite et moyenne entreprise.

«La grande entreprise donne des commandes aux PME et une grande partie des exportations provient des grandes entreprises», explique celui qui sera l'un des panélistes de la soirée.

À son avis, ce serait une erreur stratégique que de tourner le dos à la grande industrie, d'autant plus que la Mauricie, dit-il, a une tradition de grande entreprise.

«Et la région a tous les atouts pour attirer ce genre d'entreprise, soit la qualité de la main-d'oeuvre et la présence d'une université, des collèges et des centres de recherche», soutient M. Landry.

Pour le professeur à l'UQAM, l'ouverture des marchés va continuer d'être la règle, malgré la tentation du retour au protectionnisme dans le contexte mondial actuel.

«Le président Obama vient de l'enlever de son plan de relance car cela conduit toujours à la catastrophe. En 1930, les États-Unis avaient haussé de 50 % les droits de douane, les importations ont diminué de 50%, mais les exportations aussi», rappelle-t-il.

Pour l'ancien premier ministre du Québec, les marchés vont rester ouverts, ce qui va favoriser les grandes entreprises, étant propice aux économies d'échelle, à la baisse des prix et la hausse des ventes.

«Ce serait une erreur de ne pas considérer cette nouvelle conjoncture mondiale», affirme-t-il.

Mais avec les fermetures récentes de Norsk Hydro, Belgo et Aleris, la région ne devrait-elle pas tourner le dos à la grande industrie?

«L'économie est en évolution, il y a des gains et des pertes, mais il ne faut pas renoncer aux gains», répond M. Landry.

Par conséquent, la région doit se montrer dynamique et attirante tandis que les promoteurs industriels doivent «regarder au monde» pour aller chercher ce qu'il faut. «Agir local, penser global», soutient-il.

Et le rôle de l'État dans tout cela? «Dans la crise actuelle, nous allons assister à la reconstruction du capitalisme vers une économie sociale de marché avec une réglementation et une intervention étatique. Le Québec s'est beaucoup développé à cause de ça», conclut celui qui était à la tête du gouvernement péquiste lors du sauvetage de l'usine Wayagamack par Kruger, Investissement Québec et la Société générale de financement au début de 2002.

«La question est plutôt: pour qui on travaille?»

 La grande industrie: doit-on tourner la page? Pour Michel Deveault, de Meubles Canadel à Louiseville, la question à poser jeudi soir à la grande rencontre citoyenne devrait plutôt être la suivante: pour qui on travaille?

«Quand l'employeur est local, cela crée un lien d'appartenance. Malgré sa grosseur, Kruger est une entreprise familiale. Et c'est géré par un opérateur et non un financier», fait-il remarquer, par rapport à d'autres sociétés papetières qui n'ont que pour mandat de générer des dividendes aux actionnaires.

Car, selon lui, le problème n'en est pas un de récession économique, «comme en 1982», mais de crise financière «qui n'a rien à voir avec le marché».

Dans le domaine du meuble, il est en mesure de voir la différence quand cela implique des conglomérats ou des holdings qui ne sont plus dirigés par des opérateurs, mais des financiers.

«Tranquillement, tu perds ta sorte d'opération», confie celui qui donne l'exemple du fabricant de baignoires Maax, à Sainte-Marie-de-Beauce. La propriété de l'homme d'affaires beauceron Placide Poulin, qui est passée aux mains d'une firme d'investissements de Boston en 2004, "vit des problèmes"».

Selon ce panéliste à la grande rencontre citoyenne, «ça donne un autre type de propriétaire quand la grande entreprise est dirigée par un holding financier». «Loin des yeux, loin du coeur», laisse-t-il échapper.

Reconnaissant qu'on ne peut changer drastiquement un tissu industriel, le grand patron de Meubles Canadel, qui compte près de 600 employés, suggère de s'inspirer des portefeuilles d'actions pour varier ce tissu et viser des propriétés plus locales, comme c'est le cas pour son entreprise.

 

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