Après la publication, hier, des témoignages de Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, et Michel Deveault, président de Meubles Canadel à Louiseville, votre quotidien Le Nouvelliste vous présente aujourd'hui l'opinion des autres panélistes invités: Yves Marchand, directeur général de la Société de développement économique de Trois-Rivières, Luc Arvisais, directeur général du Centre local de développement de Shawinigan et responsable du développement économique à la ville, et Éric Bélanger, président d'Avant-Garde Technologie.

Éric Bélanger au milieu de sa chaîne d'assemblage robotisée de boîtiers électriques.
Photo: Krystine Buisson
«Oui, il faut tourner la page, mais sans fermer le livre». Voilà comment le directeur général du Centre local de développement de Shawinigan, Luc Arvisais, répond à la question qui sera posée ce soir à la grande rencontre citoyenne sur l'avenir de la grande industrie en région.
Mais selon lui, il s'agit plutôt d'ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire en évitant de mettre tous les oeufs dans le même panier. «Oui, il faut rester ouvert à la grande industrie et consentir des efforts de démarchage, mais mettre autant, sinon plus d'efforts à supporter l'entrepreneurship local et régional afin de créer des futurs GLV, Mégatech et Canadel», confie-t-il.
À son avis, le milieu doit donc viser la diversification économique et le développement d'entreprises liées à la nouvelle économie, dans le tertiaire moteur.
Car, ajoute M. Avisais, les temps ont changé, même si dans les années 40, le discours ambiant était déjà de craindre de trop miser sur la grande entreprise.
«On faisait de la prospection sans avoir la concurrence de l'Asie et du Mexique et les multinationales se développaient ici et non dans les pays émergents, avec des avantages au niveau de l'électricité», fait-il remarquer.
Du même souffle, il reconnaît que Shawinigan a hérité «de trucs qu'on a encore, comme toutes ces lignes de chemin de fer. «On a encore des atouts pour un certain type d'entreprise pour qui la logistique de transport sera importante», soutient-il.
Outre l'internationalisation des efforts de démarchage, Luc Arvisais note aussi l'internationalisation des entreprises telles que Rio Tinto Alcan et Kongsberg, pour ne nommer que celles-là, avec ce que l'éloignement des centres décisionnels implique.
Pour lui, le milieu doit miser sur ses forces dans l'implantation de grandes entreprises: infrastructures de transport, créneaux d'expertise unique et énergie disponible avec la fin de grands utilisateurs comme la Belgo.
«Il faut continuer de mettre les efforts à diversifier notre économie, entre autres, dans le tourisme d'agrément et d'affaires», poursuit-il.
Miser sur l'image de Trois-Rivières
À la Société de développement économique (SDÉ) de Trois-Rivières, on veut attirer les entreprises de toute taille et saisir toutes les opportunités.
«Comme un portefeuille de placement, il faut avoir un mixte équilibré, mais on ne se fait pas d'illusions non plus», affirme le directeur général, Yves Marchand.
Évidemment, on veut se rendre de moins en moins dépendant à la grande entreprise, d'où la diversification qui a commencé à faire son apparition dans différents domaines.
Et pour le président de la SDÉ, Gilles Dontigny, qui a oeuvré dans des grandes compagnies papetières telles que Kruger, on ne déniche pas une grande entreprise de la même façon qu'une PME.
«L'entrepreneur local vient cogner à notre porte tandis que la grande industrie passe par d'autres portes», signale-t-il. «Les projets de grande entreprise vont arriver par Investissement Québec», renchérit son d.g. à titre d'exemple.
Pour le centre de distribution Sobeys, c'est la direction qui a approché la SDÉ pour venir s'installer à Trois-Rivières. D'où l'importance de projeter une image positive de la ville et de ses services d'accompagnement, une préoccupation bien connue du côté du maire Yves Lévesque.
Et la disponibilité de main-d'oeuvre tout comme la présence d'infrastructures adéquates sont considérées par les promoteurs de grands projets. Il y a le cas du centre d'appel, avec ses centaines d'emplois, qui a pu s'installer dans l'ancienne usine Fruit of the Loom et Premier Aviation qui relie son futur en région à la formation spécialisée de travailleurs et le prolongement de la piste de l'aéroport trifluvien.
«Peu importe la nature du projet, que ce soit une PME ou une grande entreprise, il y a toujours une sollicitation extérieure provenant d'un peu partout, c'est constamment à risque et dans un contexte de mondialisation, il y a un côté éphémère à tout projet», avoue M. Marchand.
Une fragilité d'autant plus grande que la région a perdu, selon eux, ses avantages concurrentiels au niveau du prix de l'énergie et des ressources naturelles.
«La grande entreprise va revenir, mais pas dans les mêmes secteurs», conclut M. Dontigny, prévoyant des industries plus technologiques.
«Être équipé pour compétitionner»
Éric Bélanger, président d'Avant-Garde Technologie, mise sur la diversité et la productivité.
S'il n'en tient qu'à Éric Bélanger, l'avenir de la région au plan économique passe par la diversité et la productivité. Un message qu'il entend bien partager ce soir à la grande rencontre citoyenne.
«Il faut être équipé pour compétitionner», soutient... cet équipementier de Trois-Rivières qui compte une cinquantaine d'employés.
Celui-ci en fait d'ailleurs son gagne-pain depuis une quinzaine d'années en offrant une gamme de services de conception mécanique, de mécanique industrielle, de développement de produits ainsi que de soutien à la recherche et au développement.
Avant-Garde Technologie a non seulement son usine sur le boulevard Parent, mais elle occupe une bonne partie du motel industriel dans le parc des Hautes-Forges en vue de créer éventuellement un véritable centre d'expertise en soudure robotisée. Et on y retrouve une autre entreprise qui lui appartient, avec la compagnie MF2, soit Découpage et Pliage Mauricie.
Le président ne cesse de mettre de l'avant des innovations uniques au monde, que ce soit une chaîne d'assemblage robotisée de boîtiers électriques à très haute cadence, un procédé de soudage à l'arc submergé ou encore, un équipement de numérisation et de découpe à haute performance.
«Que ce soit Avant-Garde Technologie, Usinage Servitech ou Automation Mauricie, on ne partira pas demain matin en Chine», fait-il remarquer contrairement aux grandes entreprises manufacturières dont le départ «laisse un trou qui fait très mal».
Il a en tête la compagnie Aleris, «l'ancienne Reynolds», et Dayco, un projet italien aux relations favorables avec Trois-Rivières, mais qui est passé aux mains de Sun Capital Partners, une société d'investissements privée américaine. On connaît la suite.
«On a donné beaucoup d'aide aux grandes entreprises pour qu'elles s'établissent localement, mais on ne le sait pas ce que ça donne comme rendement par rapport aux sous investis», confie le spécialiste en génie mécanique.
Éric Bélanger est catégorique: c'est la diversité économique qui fait le poids à long terme. «Et je pense sérieusement qu'on a un problème de vision gouvernementale pour les petites entreprises», déclare-t-il tout en dénonçant «cette multitude d'organismes qui font la même chose».
Avec «six fois plus de robots au Mexique qu'au Canada», on comprend mieux le retard de productivité des entreprises canadiennes. «Il n'y a pas de plan de match alors qu'on doit les aider à être les plus efficaces possibles», insiste-t-il.
Finalement, ce dernier soutient que le secteur métallique va relativement bien, malgré un certain ralentissement. «Au sortir de la crise, il faudra être en bonne position pour compétitionner», a conclu M. Bélanger.












