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L'eau potable dans la région

Plus de 120 millions $ pour l'eau potable

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Plus de 120 millions $ pour l\'eau potable

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Le maire de Saint-Prosper, Michel Grosleau, près d'un puits problématique.

Photo: Stéphane Lessard

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Plus de 120 millions $, et ce chiffre est très conservateur, seront consacrés par les municipalités de la Mauricie et du Centre-du-Québec dans les prochaines années à maintenir la qualité de leur usine de filtration et leur réseau de distribution d'eau potable.

Plus de 120 millions $ pour l\'eau potable

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Paul Constancis de Saint-Prosper se méfie davantage du lobby de l'eau que de l'eau de son robinet.

Photo: François Gervais

Et c'est sans compter ce que les administrations municipales investissent chaque année bon an, mal an, dans l'entretien de leur réseau d'aqueduc.

 

Qu'il s'agisse de recherche, de forage, d'analyse, de traitement, de remplacement de système de distribution, de modernisation d'usine de filtration, les administrations municipales, talonnées par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et son Règlement sur la qualité de l'eau potable ne lésinent pas pour atteindre de hauts standards en ce qui concerne l'eau potable.

Tout le monde travaille avec en tête les tragiques événements de Shannon et Walkerton. Le cauchemar des maires.

Certaines municipalités y arrivent, d'autres pas encore, faute de subventions qui se font attendre.

Il faut aussi mentionner que si des localités trouvent des sources d'eau souterraines, ces dernières sont parfois de si piètre qualité que leur traitement représente un coût trop élevé. Enfin, il y a aussi la problématique de rattacher un puits à un réseau d'aqueduc municipal très éloigné ou situé de l'autre côté d'une montagne.

Entre Mont-Carmel qui a trouvé la source d'eau parfaite et abondante et la soixantaine de citoyens de Saint-Prosper, quelques dizaines de kilomètres plus loin, qui doivent toujours faire bouillir leur eau depuis sept ans, il y a tout un monde.

Sept ans à faire bouillir son eau

Michel Grosleau, maire de la petite municipalité de Saint-Prosper, cette localité dont une partie du réseau d'aqueduc fait l'objet d'un avis d'ébullition depuis sept ans, ne cache pas que la recherche d'eau potable a été ponctuée d'épisodes de découragement ces dernières années. Aujourd'hui, tout le monde se croise les doigts pour que le nouveau puits découvert en 2008 donne de bons résultats lors des tests de forage qui ont débuté à la mi-mars. Si le débit est bon, ce sera la fin des problèmes d'une soixantaine de résidents du rang Saint-Augustin qui doivent faire bouillir leur eau, quand ils en ont. Par la même occasion, le nouveau puits pourrait régler les besoins en eau de Saint-Stanislas qui compte également s'y approvisionner.

Et si les tests étaient négatifs? «Eh bien, on continuera de chercher», laisse tomber Michel Groleau qui se débat avec ce dossier depuis son arrivée à la mairie de Saint-Prosper.

Un réseau privé municipalisé

Le maire actuel était l'un des anciens sociétaires des six réseaux d'aqueduc privés avant 2002.

Au moment des événements de Walkerton, Michel Grosleau était aussi conseiller municipal. Comme partout au Québec, les décès survenus en Ontario en 2000, à cause de l'eau contaminée, ont fait réaliser aux propriétaires des puits la gravité de leurs responsabilités.

«J'ai alors demandé au conseil municipal s'il pouvait acquérir le réseau d'aqueduc. Notre inquiétude était au niveau de l'assurance responsabilité. Comme nous étions en société, nous ne nous étions jamais préoccupés des assurances en cas de problèmes. On ne savait même pas qu'il pouvait y avoir des problèmes! On faisait des tests, mais pas aussi pointus qu'aujourd'hui», raconte candidement le maire.

Les présidents des sociétés décident alors de céder leur réseau pour une somme symbolique.

«C'était rendu ingérable, car il nous fallait deux personnes par réseau pour faire les tests de conformité du ministère de l'Environnement. Les normes changeaient, il fallait plus de surveillance et d'autres tests.»

En 2002, Saint-Prosper se retrouve avec six puits; trois approvisionnés par de l'eau souterraine et trois autres avec de l'eau de surface. Ce sont ces derniers qui causent des maux de tête à tout le monde. À la même époque, Michel Grosleau arrive à la mairie et poursuit le dossier de l'eau potable depuis. (Il n'en verra toutefois pas la conclusion, puisqu'il a accepté une promotion à son travail chez Hydro-Québec et qu'il ne se représentera pas en novembre prochain.)

La municipalité cadenasse ses puits par mesure de sécurité (ce qui n'avait jamais été fait auparavant!) et envoie former ses employés qui ont commencé à expédier régulièrement des résultats de tests au ministère de l'Environnement.

«Dans ce temps-là, les gens ne comprenaient pas pourquoi on faisait tout cela. Ils avaient toujours bu cette eau sans problème. Ils étaient comme immunisés.»

Au moment où Saint-Prosper prend les choses en main, il est convenu que les trois puits qui s'alimentent en eau de surface devront faire l'objet d'un avis d'ébullition constant, puisqu'on peut y trouver occasionnellement des coliformes. Voilà pour l'histoire.

Très cher

Il va sans dire que ces travaux vont coûter très cher. Pour cette raison, Saint-Prosper a tenté de profiter de plusieurs programmes d'aide qui n'arrêtaient pas de changer. Puis est arrivée la question de l'assainissement des eaux. Autre exigence de Québec.

«On s'est dit: tant qu'à faire des travaux sur la 159, essayons de concilier les travaux ensemble. Il a fallu convaincre la population... qui s'est fait tirer l'oreille.  Cela a occasionné d'autres délais. À 550 personnes, cela représente des coûts importants, environ 5 ou 6 millions $. On demande d'ailleurs que Québec assume 95 % de la facture. Maintenant, on fait affaire avec le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, le ministère des Affaires municipales et avec celui des Transports.»

Depuis, le conseil se sent mieux appuyé, autant par la population que par Québec.

Mais c'est le nouveau puits qui aura le dernier mot.

Paul Constancis boit toujours son eau...

Paul Constancis, un ingénieur à la retraite du rang Saint-Augustin, à Saint-Prosper, n'est pas du genre à s'en faire pour rien. Il est de ceux qui boivent toujours l'eau du robinet en provenance d'un puits d'eau de surface, malgré les avis d'ébullition qu'il reçoit aux deux semaines. Et il s'en porte très bien.

Ce n'est pas quelques brindilles ou grains de sable dans le filtre (il est le dernier sur la ligne) qui vont l'arrêter, insiste-t-il.

L'homme a son franc-parler... et sa petite idée sur le lobby de l'eau qui a sauté sur l'histoire de Walkerton pour faire avancer sa cause, soit la privatisation des réseaux.

 «On s'est dépêché de hausser les standards alors que c'était les deux gars (du bureau municipal des services publics) qui n'avaient pas fait leur travail. D'ailleurs depuis, ils ont été condamnés. Mais le gouvernement du Québec avait déjà sauté dans le bateau sous l'influence du lobby de l'eau qui, depuis les années 50, tente au nom de grosses compagnies d'obtenir la gestion de l'eau. Il y a beaucoup de mercantilisme là-dedans et de la pression. Alors, du jour au lendemain, notre eau est devenue non potable.»

Selon M. Constantin, lorsque les tests ont été réalisés aux puits de Saint-Prosper, un nettoyage venait d'être effectué, ce qui a provoqué une prolifération de matières en suspension qui ne s'y trouvaient pas en temps normal. «Peut-être qu'ils ont pris des tests trop tôt et qu'ils auraient dû attendre un peu. J'ai demandé à la biologiste ce qu'elle avait trouvé, elle m'a dit: des brins d'herbe, des petits bouts de bois, des choses comme ça. Alors j'ai demandé, est-ce dangereux? Elle a dit: non. Mais depuis ce temps-là, notre eau n'est plus buvable», raconte-t-il en riant.

Fort de ces renseignements, il a donc toujours continué à boire l'eau de Saint-Prosper, comme bien d'autres personnes d'ailleurs. «J'ai jamais entendu dire que quelqu'un était mort à Saint-Prosper d'avoir bu l'eau du robinet.»

Son épouse, par contre, est restée méfiante et préfère s'abstenir. «Même avant ces événements, elle buvait l'eau d'une fontaine, précise-t-il. Mais l'été, c'est moi qui ai l'eau la plus fraîche. De toute façon, lorsqu'on lit dans les journaux les rapports d'analyse de l'eau embouteillée, c'est pas formidable non plus. Je préfère ma source à cette eau pourrie qu'il faut payer en plus», fait-il remarquer.

Mais cela dit, M. Constancis reconnaît que la municipalité doit pouvoir offrir de l'eau de qualité et en quantité suffisante si elle veut poursuivre son développement.

«Dans une société qui se veut moderne et progressive, une municipalité se doit d'avoir un réseau d'eau correct. C'est normal. Sinon c'est pas bon pour la paroisse. Les gens ne viendront pas ici. L'eau c'est un service essentiel, primaire même, je dirais.»

Eau filtrée: objectif 28 juin 2010

Le 28 juin 2010, tous les systèmes de traitement d'eau s'approvisionnant en eau de surface devront être dotés d'installations de filtration adéquates.

Pourquoi ce changement au «Règlement sur la qualité de l'eau potable» qui prévoyait plutôt le mois de juin 2008? Tout simplement parce que bien des municipalités peinent à respecter l'échéance du ministère. Il fallait bien régulariser la situation vécue par les responsables de système de traitement de l'eau de surface sans filtration n'ayant pu installer à ce jour les équipements requis. La ministre a donc accordé deux ans supplémentaires.

Toutefois, on sait déjà que cela risque de ne pas être suffisant. Ces travaux sont parfois très longs à réaliser et l'aide gouvernementale lente à arriver. Parlez-en à la mairesse de Shawinigan et au maire de Saint-Prosper.

Le Règlement sur la qualité de l'eau potable adopté en juin 2001 vise à préserver la santé publique et à éviter que se reproduisent les événements mortels de Walkerton (la pire épidémie à la bactérie E. coli de l'histoire du pays).

Isabelle Olivier, directrice régionale du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, souligne qu'il s'agit de l'un des plus sévères règlements du genre en Amérique du Nord.

En fait, il a même été jugé un peu exagéré par certains directeurs d'usine de filtration qui ont confié au Nouvelliste, sous le couvert de l'anonymat, qu'on aurait dû simplement resserrer la formation des employés de ces usines au lieu de procéder à une mise à niveau de 77 normes de qualité de l'eau potable.

Mais bon. Le règlement a été adopté avec force discours ministériels et les opérateurs doivent maintenant aussi obtenir une certification pour s'assurer qu'ils ont les compétences requises pour veiller au bon fonctionnement du système de distribution. Et qu'on se le dise, ces normes seront révisées au minimum tous les 5 ans.

On se souvient qu'en 2001, le ministère avait identifié 200 réseaux qui ne possédaient pas encore les équipements requis pour se conformer au règlement. Aux dernières nouvelles, seulement 67 dossiers ont été totalement réglés et 11 sont en attente de l'attestation de conformité. Donc, il a encore 122 dossiers en traitement au Québec.

Mais, comme on ne considère pas ces réseaux «problématiques», en ce sens qu'ils fournissent encore une eau de qualité et qu'ils font l'objet d'un suivi régulier et serré, on ne fournit pas la liste des villes et municipalités concernées en Mauricie et au Centre-du-Québec, même s'il y en a.

Actuellement en Mauricie, seule la municipalité de Saint-Prosper fait l'objet d'un avis d'ébullition. Il s'agit d'eau provenant de trois puits d'eau de surface. À Saint-Étienne-des-Grès, deux résidences sont aux prises avec un puits privé contaminé aux hydrocarbures. Une enquête est en cours.

Au Centre-du-Québec, Sainte-Brigitte-des-Saults et Victoria-ville (aqueduc Cécile B. Croteau) ont aussi reçu un avis d'ébullition toujours en force.

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