Dans une cour de récréation où il n'y a que dix-neuf élèves, ce n'est pas l'espace qui manque pour s'amuser.
Photo: Ève Guillemette
«L'école Sainte-Marie est nichée au coeur du village de Batiscan. Entre le fleuve et les champs, soumise à tous les vents, elle a résisté à bien des tempêtes, au propre et au figuré», écrit le conseil d'établissement sur le site Internet de la municipalité.
Personne n'a vraiment oublié la lutte menée au milieu des années 90 par les parents de Batiscan pour éviter la fermeture de l'école. C'était à l'époque de la Commission scolaire Samuel-de-Champlain. Un combat digne de David contre Goliath. Le mouvement de contestation, qui a pris des allures d'enjeu politique, s'est étiré sur plusieurs semaines. L'école est finalement demeurée ouverte.
Les parents de Batiscan sont remontés aux barricades, à l'automne 2005, pour protester cette fois contre la décision de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy d'y créer une école de cycle. Un comité de sauvegarde a été formé. Une école parallèle a été créée par les parents qui s'objectaient farouchement au transfert de leurs enfants vers Champlain, et ce, aux premiers cycles du primaire. Le mouvement a tenu le coup jusqu'à ce que les opposants se plient à la décision de la Commission scolaire, en janvier 2006.
Depuis, tous les élèves de Batiscan fréquentent l'école de Champlain, de leur entrée à la maternelle jusqu'à la 4e année. Ils partent pour mieux revenir à la fin de leur parcours primaire (5e et 6e année). Ils sont alors accompagnés des enfants de Champlain. La décision de la Commission scolaire supposait que c'est à Batiscan que les jeunes Champlainois compléteraient leur troisième cycle.
«Le calme est revenu», affirme d'entrée de jeu Jasmine Martel, directrice des écoles Sainte-Marie et de Champlain. Elle assure que cette forme de garde partagée entre deux villages voisins «se vit très bien», y compris pour les parents qui ont un enfant dans chaque établissement. Le mariage forcé s'est transformé en une belle complicité. La rentrée scolaire 2009 marquera la création d'un seul conseil d'établissement pour les deux bâtisses. Réunies, les écoles de Batiscan et de Champlain accueillent 89 écoliers.
À faire des envieux
Les dix-neuf élèves de l'école Sainte-Marie de Batiscan n'ont peut-être pas de gymnase digne de ce nom mais ils peuvent bénéficier de services professionnels dont ils n'ont pas à être gênés.
On y retrouve une technicienne en éducation spécialisée qui collabore à temps plein et à différents niveaux au travail de l'unique enseignant. Une orthopédagogue et une psychologue s'y présentent, chacune, à raison de trois heures et demie par semaine, pour rencontrer les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, d'adaptation ou autres.
«Même si nous sommes une petite école, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy assure un service professionnel de base. La psychologue se présente aussi l'équivalent de trois heures et demie par semaine à l'école de Champlain, et ce, même si on y compte 70 élèves», souligne Jasmine Martel, directrice des deux établissements.
«On peut dire que les enfants qui fréquentent l'école Sainte-Marie vivent une situation privilégiée», admet-elle. En fait, il n'y a pas que l'enseignement qui est quasi personnalisé à Batiscan. Les services professionnels aussi.
Mme Martel souligne qu'à tous les jours, les écoliers peuvent facilement évoluer auprès de deux à trois intervenants. Certains jours, lorsqu'en plus des professionnels, on y rencontre des spécialistes (musique, éducation physique et anglais), ce ratio peut rapidement atteindre cinq adultes pour dix-neuf élèves.
Mme Martel ajoute que les jeunes de Batiscan et de Champlain qui complètent leurs études primaires à l'école Sainte-Marie peuvent à la fois bénéficier d'une grande quantité et d'une excellente qualité d'équipements informatiques et sportifs, paniers de basket en moins. Le plafond de la salle multifonctionnelle est visiblement trop bas.
«C'est hors pair!» ajoute Mme Martel qui apprécie que la Commission scolaire se montre juste et équitable envers tous les établissements sur son territoire, peu importe le nombre d'élèves qu'ils accueillent.
La bibliothèque a également subi une cure de rajeunissement, fruit d'une entente avec la Municipalité. Le local est accessible à des heures variables à toute la population.
Lorsqu'il est finalement question des désavantages reliés aux petites écoles, Mme Martel évoque l'organisation des activités et des sorties spéciales. La collaboration avec l'école voisine est quasi incontournable pour amoindrir, par exemple, les coûts de transport en autobus. Ceci dit, comme la bonne entente est au rendez-vous...
L'appel de la campagne
Les enseignants qui souhaitent travailler dans une école où ils seront la plupart du temps l'unique adulte à bord constituent une denrée rare. Léo Guilbert est un de ceux-là. Il est le seul enseignant à l'école primaire de Batiscan, un établissement scolaire qui se résume à une classe de dix-neuf élèves de 5e et 6e année.
«Je trouvais qu'il y avait de beaux défis à relever ici. Il y a moins de contraintes que dans les grandes écoles», observe celui qui cumule une trentaine d'années d'ancienneté en éducation dont une vingtaine dans les écoles primaires de Trois-Rivières.
Depuis septembre, le résident de Saint-Maurice est le titulaire d'une maison d'enseignement à proximité du fleuve.
«J'ai toujours été attiré par le milieu rural. Même qu'au début, lorsque j'ai commencé à enseigner à Batiscan, je me sentais comme chez moi. J'y retrouve le même environnement», décrit M. Guilbert avec enthousiasme.
L'enseignant estime que la petite école en milieu rural lui permet d'exploiter les valeurs qui touchent à la terre et à l'écologie. Sainte-Marie porte très bien son titre d'école verte Brundtland. Les élèves et son enseignant sont régulièrement appelés à poser des gestes responsables en matière d'environnement.
M. Guilbert ne se sent aucunement isolé lorsqu'on le compare aux enseignants qui, dans une école plus populeuse, ont la possibilité d'échanger des trucs et conseils, des grandes réussites comme des petites frustrations.
«Les collègues? Je les vois ailleurs, à Champlain mais aussi à Sainte-Anne-de-la-Pérade où il existe une classe de 5-6e année», rappelle celui qui demeure également en contact avec d'anciens compagnons de travail en milieu urbain.
Le petit nombre d'élèves dans sa classe représente néanmoins son principal défi. «C'est comme pour les parents d'un enfant unique. Il y a des avantages et des désavantages», image M. Guilbert qui convient que d'enseigner à dix-neuf élèves favorise un meilleur accompagnement pédagogique, une meilleure relation maître-élève. Les problèmes de discipline sont moins nombreux aussi. Dans un même souffle, il ajoute cependant que les jeunes peuvent être désavantagés sur le plan de la sociabilité.
Par ailleurs, en l'absence de d'autres intervenants dans l'école, l'enseignant est rapidement appelé à devenir la personne ressource auprès des parents, des spécialistes et de quiconque met le pied à l'intérieur de l'école Sainte-Marie. Sa tâche s'en trouve inévitablement alourdie, une situation que M. Guilbert refuse cependant d'inscrire dans la liste des inconvénients.
Enfin, à l'instar de sa directrice, il mentionne que l'organisation d'activités de classe n'est pas toujours évidente. «Ça devient difficile de présenter un projet à toute l'école. On est la seule classe!» rappelle-t-il en souriant. M. Guilbert se propose cependant d'ouvrir les portes à la communauté de Batiscan qui pourra alors témoigner des nombreuses richesses retrouvées dans sa petite école.













