En préparation depuis plus de trois ans, l'opération SHARQC visait ni plus ni moins qu'à éradiquer les activités criminelles des motards en Mauricie et au Centre-du-Québec en plus de rendre inopérant le chapitre trifluvien de l'organisation criminelle. Une opération déjà qualifiée d'historique dans le milieu des motards criminalisés, encore plus imposante que l'opération Printemps 2001.
Tous les membres en règle du chapitre trifluvien, 28 au total, étaient visés par des mandats d'arrestation, en plus de dix autres personnes considérées comme des proches du groupe de motards. En tout, 38 mandats d'arrestation et 13 mandats de perquisition ont été émis, et la plupart ont été effectués durant la journée d'hier. Toutes ces personnes devront faire face à différents chefs d'accusation, allant de trafic de stupéfiant à meurtre, en passant par complot pour meurtre, complot pour trafic de stupéfiant, gangstérisme dans des affaires de meurtre et de drogue ainsi que d'autres crimes contre la personne. Les personnes arrêtées ont comparu par vidéoconférence au Centre judiciaire Gouin à Montréal.
Un symbole tombe
S'il a déjà été l'objet de perquisitions depuis sa construction en 1989, le bunker des Hells Angels du boulevard Saint-Jean a toutefois été saisi pour la première fois, hier, d'une ordonnance de blocage, comme les trois autres repaires appartenant au groupe au Québec, à Lévis, Longueuil, Sherbrooke et le terrain laissé vacant après l'incendie du bunker de Sorel. Véritable symbole de la présence des motards à Trois-Rivières, le bunker du boulevard Saint-Jean a été saisi par la justice, qui devra faire la preuve en cour que des opérations et complots criminels se sont déroulés à l'intérieur.
L'escouade régionale mixte, formée de policiers de la GRC, de la Sûreté du Québec et de la Sécurité publique de Trois-Rivières ont investi le bunker tôt hier matin. Les personnes qui s'y trouvaient ont été arrêtées. Selon nos informations, au moins deux personnes ont été arrêtées à cet endroit, dont Clermont «ti-narf» Carrier, un membre bien connu des Blatnoïs de Grand-Mère, club école des Hells Angels, qui avait déjà eu de nombreux démêlés avec la justice, notamment pour gangstérisme, complot pour meurtre et voies de fait.
Un autre membre de Trois-Rivières, Steve Rainville 35 ans, a été arrêté en République dominicaine. Rappelons que le chapitre trifluvien est à l'origine de la fondation d'un chapitre sous le soleil, en février 2008. Rainville ainsi qu'Aurèle Brouillette, un autre membre du chapitre de Trois-Rivières, en sont les parrains.
Perquisitions
Outre le bunker du boulevard Saint-Jean, douze autres endroits ont été visités en Mauricie et au Centre-du-Québec hier. D'abord, l'ancien repaire des Blatnoïs de Grand-Mère a été perquisitionné. Appartenant aujourd'hui à un particulier, cette résidence a accueilli le club école des Hells Angels pendant de nombreuses années.
Une résidence de Saint-Jean-des-Piles, deux de Lac-à-la-Tortue et une autre située au 2720 rue du Fleuve à Nicolet ont aussi été perquisitionnées, en plus de résidence de Saint-Maurice, Notre-Dame-du-Mont-Carmel et Trois-Rivières. Selon la porte-parole de l'escouade régionale mixte, Éloïse Cossette, les enquêteurs ont saisi tout élément suceptible de permettre aux policiers de relier les personnes arrêtées à différents crimes commis entre 1992 et 2009, dont plusieurs durant la guerre des motards.
Selon Mme Cossette, les arrestations menées un peu partout au Québec permettraient d'élucider 22 meurtres survenus durant ces 17 années.
Toutefois, aucun de ces meurtres n'a été commis dans la région de la Mauricie ou du Centre-du-Québec. Tous les membres en règle arrêté hier, 111 en tout dans la province, seront accusés de meurtre ou de complot pour meurtre, ont fait savoir les autorités.
Faits saillants de l'opération SHARQC dans la région
- 38 mandats d'arrestation - 13 mandats de perquisition - 30 personnes arrêtées - 7 membres en règles toujours recherchés - 1 hangaround toujours recherché - Saisie du bunker du boulevard Saint-Jean.
Les Hells Angels ne sont pas des voisins dérangeants
La prise de contrôle du bunker des Hells Angels par les policiers en vertu d'une ordonnance de blocage ne changera pas grand chose à la vie des autres résidents du boulevard Saint-Jean.
Les voisins du repaire du gang de motards criminalisés rencontrés hier par Le Nouvelliste ont confié que les Hells Angels n'avaient pas trop perturbé le quartier depuis leur arrivée en 1989. Mis à part quelques débordements lors des rassemblements annuels que les motards organisaient dans le cadre de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, la vie dans ce quartier n'était pas moins paisible qu'ailleurs.
«Le seul temps qu'on était dérangé, c'était lorsqu'il y avait des barrages de police dans la rue. Mais c'était normal qu'il y en ait, car les policiers devaient faire leur travail. Même lorsqu'il y avait des partys, nous n'étions pas dérangés», a confié Jacques Robert, qui habite à deux maisons du repaire.
Même son cloche du côté de Claudianne Gagnon, une jeune fille de 22 ans qui habite le secteur depuis sa tendre enfance.
«Il y a déjà eu des démolitions de voitures et des feux d'artifices lors de leurs partys, mais rien de plus. Je n'ai jamais eu de problème avec eux», a-t-elle mentionné.
Même si les Hells Angels constituent un des groupes de criminels les plus craints au monde, leurs voisins ne semblent pas avoir été effrayés par leur présence au cours des 20 dernières années.
«Je ne me suis jamais sentie en danger. Les policiers étaient toujours là. Leur présence me sécurisait. C'est lorsqu'il y avait des barrages de policiers que je me sentais un peu moins bien. Mais je comprends qu'ils devaient faire leur travail», a mentionné Louise Saint-Gelais, qui habite le quartier depuis une dizaine d'années.
Une autre résidente, qui a cependant préféré garder l'anonymat, a pour sa part affirmé qu'elle s'est seulement sentie craintive lorsqu'elle a vu les policiers débarquer hier matin.
«Que se serait-il passé s'ils avaient décidé de se défendre? C'est la seule fois que j'y ai pensé», a-t-elle poursuivi.
















