Le premier ministre Jean Charest a d'ailleurs confirmé, hier après-midi, la création d'un poste de commissaire à l'éthique pour traiter des questions d'apparence de conflits d'intérêt.
C'est qu'après «l'incident trifluvien», c'était au tour de la Ville de Montréal de défrayer les manchettes, après qu'on eut découvert que l'ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, était allé deux fois en vacances avec son ami, le promoteur Tony Accurso, dont une des entreprises, membre d'un consortium, a décroché un lucratif contrat pour l'installation de compteurs d'eau dans la métropole.
Devant la multiplication de cas douteux au Québec, la ministre Normandeau a déclaré à un quotidien montréalais que le contexte actuel se prêtait à une réflexion en profondeur sur toute la dimension liée à l'éthique dans le milieu municipal.
«Je trouve que c'est extrêmement intéressant cette volonté de Québec de mettre en place un commissaire à l'éthique et à l'intégrité, a confié Mme Tardif. Par contre, le gouvernement réfléchit à la création de ce poste depuis 2003. Ça fait quand même 6 ans! Il faut que ce soit mis en place à court terme», prévient-elle.
La conseillère ajoute qu'elle aime la réaction du maire de Montréal, Gérald Tremblay, lorsqu'il déclare qu'il salue l'arrivée de ce poste, tout en mettant en place dans sa ville son propre code d'éthique.
Pas de code d'éthique... pour l'instant
Devant cette annonce faite hier par le premier ministre Charest, Mme Tardif a fait volte-face dans sa volonté de déposer, hier soir, un projet de règlement pour l'instauration d'un code d'éthique pour les élus municipaux de Trois-Rivières. La conseillère, qui avait l'intention de présenter son projet hier soir, s'est ravisée après avoir discuté avec les autres conseillers et le maire.
«Nous avons eu une discussion franche et respectueuse. Chacun a fait valoir son point de vue et j'ai préféré me rallier à mes collègues. Je garde mon projet sur la glace et je verrai bien ce que le gouvernement pourra apporter avec ce nouveau projet de commissaire à l'éthique», explique Mme Tardif, qui n'exclut pas de ramener un jour son projet sur la table si les résultats des actions du gouvernement s'avéraient décevantes.
Sylvie Tardif se proposait tout de même faire savoir personnellement à la ministre qu'elle l'appuie dans sa démarche.
Yves Lévesque
Pour sa part, le maire Yves Lévesque se dit tout à fait d'accord avec le projet de la ministre Normandeau mais refuse l'idée d'un code propre à Trois-Rivières. «Ce que la ministre fait, c'est ce que je voulais. Nous sommes les créatures du gouvernement du Québec, alors ce n'est pas normal que chaque municipalité se donne un code différent. Ça prend un code d'éthique commun au Québec pour être sur un pied d'égalité avec les mêmes lois pour faire notre travail.» Le maire ajoute que la Ville paie 100 000 $ pour être membre de l'Union des municipalités du Québec. «Je verrais mal que chaque municipalité ait chacune son propre code d'éthique.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que la ministre n'exclut pas que les villes aient leur propre code, il répond que cette idée «est ridicule». Tout comme les villes sont soumises au même code de la route, affirme-t-il, elles doivent être soumises au même code d'éthique et aux mêmes lois.
«Sinon, il n'y aurait pas de cohérence et on risque de s'imposer un carcan qu'une autre ville n'aurait pas», conclut-il, visiblement horrifié par cette perspective.
C'est le point de vue qu'il compte faire valoir à la table Québec-municipalités qui se tiendra le 5 mai avec la Fédération québécoise des municipalités, l'Union des municipalités du Québec et Montréal; point de vue qu'il a d'ailleurs déjà fait parvenir par écrit à la ministre, a-t-il pris soin de préciser.
Code d'éthique municipal à La Tuque?
Comme c'est le cas en matière d'environnement, le maire estime que rien n'interdit à une ville de placer la barre plus haute que les règlements généraux imposés par Québec si elle le désire.
«Je ne suis pas contre l'idée de créer un organisme provincial voué à l'éthique, a déclaré le maire de La Tuque. Je suis pour ça, qu'on ait une façon de se conduire, parce que parfois, c'est difficile de s'y retrouver entre la bouteille de vin et le repas à 200 $.»
Ce dernier rappelle que dès son arrivée dans le monde municipal, il a cherché des règles claires en matière d'éthique auprès d'une grande compagnie privée.
«Quand on sait combien ça coûte d'aller voir jouer le canadien, même quand on n'est pas invité dans une loge, qu'on ne vienne pas me dire que ça n'influence pas une décision après. J'ai de la misère à croire ça. Il faut faire attention à l'argent des citoyens. Si on se laisse influencer par des fonds privés quand on travaille avec de l'argent public, ce n'est pas correct», insiste le maire, réputé pour sa frugalité.
«Il y en a qui me trouvent vieux jeu, mais moi je ne trouve pas. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe lors de congrès municipaux. C'est délicat parfois.»
Lorsque des comptes de dépenses un peu trop élevés arrivent sur le bureau du directeur général de La Tuque, ce dernier a ordre de les faire suivre au bureau du maire qui se charge de faire entendre raison au fautif.?











