Tant le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Jean-François Bouvette, que son avocat, Me Stéphane Roof, ont en effet découvert, hier, que le prévenu était demeuré au Centre de détention de Trois-Rivières, et ce, en dépit d'une ordonnance émise le 26 mars dernier par le juge Richard Poudrier. Par cette ordonnance de 30 jours, Piché devait être envoyé à Pinel pour y subir une évaluation psychiatrique à la suite du crime d'incendie survenu le 19 mars au Centre régional de santé mentale du CSSS de l'Énergie.
Le hic est que l'évaluation n'a jamais eu lieu et que personne n'en a informé les parties concernées. Me Bouvette a appris la nouvelle juste avant de se présenter en cour hier matin. Il a expliqué au juge Guy Lambert qu'à la suite de l'ordonnance émise par le juge Poudrier, il avait pourtant discuté avec le médecin traitant de Piché, la Dre Marie-Frédérique Allard. Celle-ci devait demander le transfert du dossier vers Pinel puisque ce dernier relève toujours de la Commission d'examen des troubles mentaux (CETM). Or, il semble que la Dre Allard ait complètement oublié de faire ladite demande.
Qui plus est, Piché n'a même pas été conduit à Pinel, car l'établissement n'avait pas de place pour l'accueillir. Pourtant, dans les jours suivant l'ordonnance d'évaluation, l'Institut Pinel avait communiqué avec la poursuite pour obtenir certains documents, ce qui a laissé croire à Me Bouvette que tout était réglé.
Le juge Guy Lambert a rappelé qu'il lui était difficile de prolonger l'ordonnance d'évaluation sans savoir s'il y avait bel et bien de la place à Pinel pour recevoir Piché. Or, la poursuite ignore quand une place va se libérer à Pinel. Dans cette affaire, on sait que le Centre régional de santé mentale ne veut plus traiter Piché.
Le magistrat a finalement ordonné que Piché soit détenu à la prison de Trois-Rivières et que l'ordonnance de requête sur la responsabilité criminelle soit prolongée de 45 jours. Quant à l'aptitude à comparaître, elle a été annulée. Cette évaluation devra avoir lieu à l'Institut Pinel dès qu'une place se libérera. Le juge Lambert a dit espérer que cela se fasse le plus rapidement possible puisque cette ordonnance est le prolongement d'une autre. Piché sera ramené en cour au plus tard le 5 juin.
Me Bouvette a refusé de jeter la faute à qui que ce soit dans cette affaire, mais il a reconnu qu'il s'agissait d'une situation très malheureuse. «Personne n'a avantage à étirer les délais. Ce qui va se produire en bout de ligne est que le temps que le prévenu passe actuellement en détention préventive va être calculé en double, s'il est condamné», a-t-il précisé.
Pour sa part, Me Roof a mentionné que cette situation était assez particulière. «C'est comme dans la santé, il n'y a pas de système parfait. Il y a eu des oublis de l'hôpital Sainte-Thérèse (Centre régional de santé mentale), c'est bien évident», a-t-il laissé tomber.
Notons en terminant que c'est le 16 juin prochain que sera débattue sur le fond devant la Cour d'appel la décision rendue par la CETM. On sait que Piché, qui a été reconnu non responsable du double meurtre de ses parents pour cause de troubles mentaux, s'était vu accordé par la CETM des sorties non supervisées. Une décision que s'était empressé de contester Me Bouvette devant la Cour d'appel. Le 27 février, un juge de cette instance lui avait d'ailleurs donné raison et avait suspendu pour quelques semaines cette décision en attendant l'audition sur le fond. Me Bouvette conteste également le fait que la CETM l'avait privé du droit de faire entendre un psychiatre lors de l'audition du 20 janvier.










