Difficile de savoir sur quel pied danser ces jours-ci quand il est question de la situation financière d'AbitibiBowater. L'incertitude est d'autant plus grande quand on y a travaillé toute sa vie et qu'on attend de savoir de quelle manière notre pension de retraite en sera affectée.
C'est le quotidien de tout près de 600 retraités de l'usine Belgo de Shawinigan, dont la plupart vivent toujours au Centre-de-la-Mauricie. Et la décision rendue hier par la Cour supérieure, autorisant AbitibiBowater à suspendre les paiements spéciaux qu'elle verse au fonds de retraite de ses employés, n'a rien pour rassurer les retraités.
«On n'entend jamais parler des employés et des retraités. Tout est une question d'argent et de chiffres ces jours-ci. Mais c'est beaucoup plus que ça, on parle d'êtres humains», réalise Jean-Pierre Lessard.
C'est qu'au 31 décembre 2006, une étude actuarielle avait révélé que le fonds de pension était solvable à 87,5 %. AbitibiBowater s'était alors engagée à verser 13 M $ par mois pour renflouer le fonds. Or, en 2008, à l'instar de tous les fonds de pension au pays, celui d'AbitibiBowater a connu une baisse importante. Aujourd'hui, on estime le manque à gagner à 1,4 milliard $. Et maintenant que la compagnie n'est plus tenue d'y verser 13 M $ par mois, ce manque à gagner pourrait vouloir dire une baisse encore plus importante des chèques de pension advenant une faillite de l'entreprise.
«On ne sait pas encore de quelle manière ça pourrait nous affecter. Est-ce que ça serait 12 %, 18 %, 25 % ou 30 %? On n'a aucune réponse et c'est difficile pour nous de planifier. Mais c'est certain que nous serons touchés si la compagnie devait faire faillite», lance M. Lessard.
Celui qui est président du Club des retraités de la Belgo avoue qu'il n'a pas de réponse à fournir à ses anciens collègues qui souhaitent en savoir davantage. M. Loranger, qui est trésorier du club, n'a pas plus de réponse.
«Ce qu'on entend le plus ces jours-ci, c'est: «On va-tu perdre notre retraite?» C'est la principale inquiétude», constate Réjean Loranger. Évidemment, advenant une faillite, personne ne perdrait complètement sa retraite, mais les prestations seraient nécessairement diminuées. «Le retraité de 85 ans, même si on lui coupe une partie de sa pension, il devra payer sa livre de beurre le même prix pareil», illustre M. Loranger, visiblement amer.
Décisions contradictoires
En début de semaine, le syndicat remportait une manche devant les tribunaux, faisant reconnaître le statut de la retraite à 57 ans pour tous les travailleurs. Aujourd'hui, avec une décision autorisant la compagnie à ne plus renflouer le fonds de pension destiné à ces anciens travailleurs, les retraités admettent ne plus savoir où donner de la tête.
«Des nouvelles, il y en a des différentes à tous les jours. Et c'est sans compter la machine à rumeurs. Alors on essaie de ne pas se rendre malade avec ça et de continuer. Mais pour nous surprendre, ça c'est certain que ça nous surprend», confie Réjean Loranger.











