Vendre des beignes en Afghanistan

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Vendre des beignes en Afghanistan

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La Trifluvienne Caroline Aubry a passé les six derniers mois à travailler dans divers commerces sur les bases militaires de Kandahar en Afghanistan, notamment au très populaire Tim Hortons.

Photo: François Gervais

Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En se rendant sur la base militaire de Kandahar en Afghanistan pour travailler au Tim Hortons de l'endroit, la Trifluvienne Caroline Aubry n'avait aucune idée du rôle qu'elle allait jouer pour les militaires et les employés civils qui y résident.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le café et les beignes de la chaîne canadienne ont la cote sur la base où vivent des milliers de personnes provenant d'un peu partout dans le monde. Il semblerait d'ailleurs que les résidents sont prêts à attendre pendant près d'une heure afin d'obtenir leurs doses quotidiennes de caféine et de sucre des mains des préposés canadiens. La Trifluvienne, qui a décidé d'embarquer dans cette grande aventure de six mois après avoir perdu son emploi à TQS l'automne dernier, avoue ne pas avoir eu de difficulté à apprendre par coeur ce que les clients réguliers mettaient dans leur café et leur saveur de beigne préférée.

«Quand on voyait des militaires britanniques dans la file, on savait tout de suite que l'on devait préparer des cappuccinos à la vanille française. Avec le temps, tu reconnais les visages et tu peux préparer leur commande avant qu'ils arrivent à la caisse», raconte-t-elle.

Les délais de transport et de plusieurs autres problèmes reliés aux douanes font les produits vendus dans la succursale afghane sont quelque peu différents de ceux que l'on retrouve dans celles du Canada. En raison du nom du produit, le mélange servant à préparer les muffins explosion de fruits est notamment bloqué aux frontières. Les employés doivent également souvent faire preuve d'imagination afin de préparer les beignes en raison du manque d'ingrédients. Il semblerait cependant que cette réalité ne dérange pas les clients.

«Plusieurs clients nous disaient qu'ils se foutaient que nous manquions de sucre ou de lait parce que les commandes étaient prises au Pakistan. Ils nous disaient qu'ils venaient pour notre sourire et que nous faisions leur journée», ajoute-t-elle.

La Trifluvienne n'a cependant pas travaillé qu'au Tim Hortons pendant son séjour. Elle a également oeuvré dans un magasin situé dans une plus petite base située en plein centre-ville de Kandahar.

«C'était vraiment le magasin général où on vendait un peu de tout. Mais il y avait des gars qui venaient s'asseoir pendant des heures pour nous parler et se vider le coeur. Ils te racontent tout. Aller sur cette petite base a été la plus belle expérience de ma vie, mais aussi la plus dure», confie-t-elle.

Bien qu'elle soit heureuse d'être de retour à la maison, la Trifluvienne envisage la possibilité de retourner là-bas. À son départ, ses patrons lui ont d'ailleurs demandé si ça l'intéressait.

«Je ne suis pas certaine que je ferais le même travail, car travailler chez Tim Hortons peut devenir un peu routinier», avoue-t-elle.

Des aspects douloureux

Même si elle avait été dépêchée sur place afin de travailler dans la succursale du Tim Hortons et les différents magasins se trouvant sur les bases, Caroline Aubry a pratiquement vécu dans les mêmes conditions que les militaires pendant son séjour.

Sans avoir à sortir et à patrouiller les routes en ayant toujours à l'esprit qu'une bombe pouvait exploser à tout moment, la jeune femme a passé par des moments intenses. En plus des nombreuses attaques à la roquette et de la trentaine de cérémonies de la rampe au cours desquelles les militaires rendent hommage aux soldats morts en mission, elle a perdu un ami proche. Alors qu'elle était affectée à la petite base située au centre-ville de Kandahar, elle s'est liée d'amitié avec un militaire qui est mort au combat au début du mois de mars.

«Ça a été l'épreuve de mon tour. Lorsque je suis arrivée là, c'est avec lui que j'ai parlé en premier. Après ça, nous avons passé beaucoup de temps ensemble à discuter à chaque jour. On s'est trouvé des points en commun. Il est vraiment devenu mon meilleur ami là-bas. Je connaissais également les autres gars qui sont morts avec lui», raconte-t-elle.

Si la mort de son ami a été difficile à vivre pour elle, elle précise que ce fut encore plus difficile pour ses compagnons d'armes.

«Ils lançaient leur casque par terre lorsqu'ils sont revenus de leur patrouille. Tu regardes leur visage et ils n'ont plus d'expression. Il y en a plusieurs qui sont venus me parler et ils se demandaient pourquoi ça ne leur était pas arrivé à eux. Ça a pris trois jours avant que les sourires reviennent. Tu le vois vraiment lorsque ce sont des gars qu'ils connaissent. Ils sont très affectés. C'est difficile, car tu les connais tous par leur nom. Tu sais lesquels ont des enfants. Tu passes 24 heures sur 24 avec eux», mentionne-t-elle.

La jeune femme n'a cependant pas que perdu un être cher lors de son séjour au Moyen-Orient. Elle s'est fait plusieurs amis et y a également rencontré son nouvel amoureux.

«C'est un militaire français. Il est parti avant moi. Il avait hâte que je sorte de là-bas. Il devrait y retourner prochainement. Je pense que je vais avoir moins de misère et que je serai moins stressée étant donné que j'y suis déjà allée. S'il me dit qu'il sera sur Internet à une telle heure et qu'il n'y est pas, je ne m'en ferai pas», précise-t-elle.

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