Finalement, après une enquête menée de front par L'Équipe intégrée de la police des marchés financiers, les autorités ont amassé une preuve suffisante permettant de l'épingler. Au total, 25 chefs d'accusation pèsent maintenant sur lui.
Menotté, Burns, un homme de 45 ans avantageusement connu dans la collectivité, a été transporté des quartiers trifluviens de la GRC vers le palais de justice de Trois-Rivières en matinée hier. Il en est toutefois ressorti quelques heures plus tard, moyennant certaines conditions imposées lors d'une courte comparution.
Selon la GRC, Norman Burns aurait sévi entre 1999 et 2008, utilisant diverses tactiques pour s'approprier les sommes investies par ses clients. Pour y arriver, dit-on, il faisait miroiter des taux de croissance largement supérieurs à la moyenne. «L'accusé utilisait différents stratagèmes pour détourner l'argent des victimes à des fins personnelles», a expliqué la caporale Caroline Letang.
Dans les faits, le courtier, à l'emploi de l'Industrielle Alliance jusqu'en 2005, aurait dépossédé plusieurs dizaines d'investisseurs de la communauté d'affaires trifluvienne, mais aussi des particuliers, généralement à la retraite.
Mais il ne se serait pas arrêté là. Selon les documents déposés devant le tribunal hier, il aurait soutiré des sommes à sa soeur, entre autres.
Les informations laissent même croire que sa famille et les gens de son entourage immédiat auraient subi le même sort. Sans compter que d'autres victimes pourraient toujours se manifester auprès des autorités compétentes.
Facteurs aggravants
En vertu du Code criminel, Norman Burns est désormais passible d'une peine d'emprisonnement pouvant atteindre quatorze ans. Son dossier comporte par ailleurs certaines caractéristiques qui compliqueront sa tâche dans les procédures. «Il y a des facteurs aggravants, comme le nombre de victimes et le fait que la fraude dépasse le million de dollars», a analysé la porte-parole de la GRC.
Hier, aucun avocat n'a pu représenter le prévenu. Ce dernier s'est toutefois adressé au juge Jacques Lacoursière, lui demandant s'il était possible d'obtenir des audiences dans sa langue maternelle, l'anglais, et s'il pouvait se souscrire à l'obligation de remettre son passeport aux autorités. En guise de réponse, le magistrat lui a conseillé de dénicher un procureur avant d'aller plus loin, «pour préserver ses droits».
Libéré par la suite, Burns n'a pas voulu livrer sa version de l'affaire. «Vous ne regardez juste pas à la bonne place, mais je ne ferai pas plus de commentaires», a simplement lancé celui qui, il y a quelques semaines à peine, se retrouvait au centre de démêlés déontologiques avec la Chambre de la sécurité financière.
Par ailleurs, à l'Industrielle Alliance hier, l'ex-employeur disait avoir posé les bons gestes dans toute cette histoire, en congédiant son conseiller après la réception de plusieurs plaintes. «On pense avoir fait notre travail avec diligence», a dit son porte-parole, Jacques Carrière.
Ã?«C'est un bandit à cravateÃ?»
Les victimes alléguées de Norman Burns sont amères. Et pour cause, puisque les nouvelles accusations portées hier ne leur redonneront pas l'argent disparu.
«C'est simple l'affaire, c'est un bandit à cravate», lance André Héon, de Trois-Rivières. Comme plusieurs autres épargnants, il aurait été déjoué par le stratagème du conseiller Burns.
Aujourd'hui, après les mensonges et les silences, les voix s'élèvent pour que les tribunaux serrent la vis aux fraudeurs. Norman Burns pourrait servir d'exemple.
«Si seulement la justice pouvait le mettre dans la merde (...) J'aimerais qu'il ait une peine sévère, souhaite l'homme d'affaires Robert Leboeuf. Sinon, ça n'arrêtera pas ces gars-là. Pourquoi il n'y a pas des peines comme aux États-Unis? À 150 ans de prison, le gars réfléchirait un peu plus.»
Autre investisseur présumément floué, Jimmy Colbert disait se sentir impuissant. «Qu'il ait des menottes, ça ne me redonne pas mon argent ou une satisfaction. De toute façon, ça n'arrête pas de sortir d'un bord et de l'autre, comme tous ceux qui se sont fait fourrer à Montréal», dit-il, notamment au sujet du scandale Norbourg et de Vincent Lacroix dont le nom servait d'exemple dans les discussions hier.
D'ailleurs, les dommages financiers causés par le conseiller en placement pourraient être bien plus considérables encore. «Moi, ça me dit qu'il y a plus. Il y a des gens qui ne veulent pas en parler. Il y a peut-être une certaine honte», croit Jeannot Lemieux, qui a déposé deux plaintes au sujet de Norman Burns du temps où il était toujours à l'emploi de l'Industrielle Alliance.
Les chances de revoir la couleur de cet argent sont minces, croient plusieurs. En revanche, d'autres estiment que les sommes sont toujours existantes, mais bien cachées.
Qui plus est, pour leur venir en aide, les victimes pourront toujours faire appel au fonds d'indemnisation de l'Autorité des marchés financiers (AMF), mais ce dernier est particulièrement encadré.
L'Industrielle Alliance, après analyse des plaintes, pourrait aussi compenser certains de ses clients visés par Burns.
Autre option, si les actifs de l'accusé sont suffisants, des poursuites au civil pourraient être entreprises. Deux investisseurs ont déjà exercé cette menace, a-t-on appris hier. Sinon, la rumeur veut que le recours collectif devienne une hypothèse intéressante. «Moi, j'embarquerais. Par esprit de vengeance si on veut», expose en ce sens Robert Leboeuf.











