Le député de Bourassa était vraisemblablement sur le chemin de retour après avoir assisté plus tôt à l'assemblée d'investiture de France Beaulieu, à Shawinigan, dans la circonscription de Saint-Maurice-Champlain.
On se doute de la teneur de la conversation qui s'est poursuivie assez tard.
«Oui, j'ai été courtisé, mais je n'y vais pas, a déclaré d'un ton catégorique l'ex-leader parlementaire de l'Action démocratique du Québec. Un moment donné, il faut prendre des décisions dans la vie. Ils sont jeunes mes bébés. Marie-Rose n'a que 18 mois.»
Sébastien Proulx ajoute qu'il ne ferme pas la porte à un retour en politique, mais que le temps n'est pas venu de se présenter à nouveau dans Trois-Rivières.
«Je suis replacé professionnellement (chez Heenan Blaikie, là où travaille aussi Jean Boulet, également pressenti pour être candidat) et j'aime ce que je fais. Bon, ça me démange toujours un peu de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Un jour peut-être, mais pas maintenant.»
Étonnamment, M. Proulx n'en fait pas une question idéologique (il jure s'entendre très bien avec Denis Coderre) et assure que ce n'est qu'une simple question familiale qui motive sa décision.
«Il y a des moments pour faire de la politique et moi je m'étais donné beaucoup de trouble avec ma famille. Ce n'est pas simple et Ottawa, c'est loin.»
Bien qu'il dise beaucoup parler de politique municipale, aussi, (il est commentateur à la radio) il assure que personne ne l'a approché pour occuper la mairie de Trois-Rivières.
«Je ne dis pas que je ne me mettrai jamais le nez dans quelque chose qui ressemble à de la politique, mais pas maintenant. Mais s'il y a une campagne, je serai tenté de m'impliquer dans l'organisation.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que les adéquistes se retrouvent surtout dans l'entourage des conservateurs, Sébastien Proulx réplique avec une liste de noms d'ex-collègues qui frayent maintenant avec les libéraux fédéraux. Il n'y a qu'avec les bloquistes qu'on ne risque pas de les retrouver, note-il.
Une candidature non voulue
Les libéraux trifluviens ne veulent pas de Sébastien Proulx comme candidat. En fait, plusieurs ne cachent pas leur profond agacement de voir Denis Coderre s'obstiner à faire la cour à son ami adéquiste tout en sachant très bien que ce choix n'est pas partagé par l'Association libérale fédérale de Trois-Rivières.
Les libéraux «de souche», qui ont une bonne mémoire, abhorrent tellement l'ex-député de Trois-Rivières qu'ils auraient organisé une véritable guerre de cartes de membre pour le battre s'il s'était présenté. Leur candidat est Jean Boulet, actuel président de l'Association libérale fédérale de Trois-Rivières, un point c'est tout.
Même si on commence à trouver qu'il prend bien son temps,on insiste pour dire qu'on respecte sa démarche compte tenu de l'importance de la décision à prendre. Après tout, les élections sont encore incertaines.
«C'est bien clair, les libéraux de Trois-Rivières ne veulent pas de Sébastien Proulx, clame Jean-Éric Guindon, responsable régional du PLC en Mauricie. Oui, c'est une question d'idéologie. Il n'est pas question que ce gars-là soit candidat s'il n'en tient qu'aux libéraux trifluviens.»
M. Guindon assure qu'il y a eu des discussions à ce sujet et que la position des libéraux trifluviens est on ne peut plus limpide. Il ajoute qu'à sa connaissance, Jean Boulet est toujours en réflexion. Personnellement, il croit qu'il se présentera.
«On veut Jean Boulet, mais s'il ne se présente pas, il y a d'autres «bons libéraux» prêts à y aller. Il y a M. Lafrenière, M. Mangin et peut-être d'autres. Nous avons un plan B.»
En fait, à la blague, Jean-Éric Guindon se dit même prêt «à sortir à nouveau du garde-robe» pour que ce ne soit pas Sébastien Proulx.
Mais cela dit, il avoue qu'il ne pourrait pas vraiment aller à l'encontre du Parti libéral du Canada s'il décidait de nommer quelqu'un.
«Normalement, on fonctionne avec des conventions et ce sont les militants libéraux qui ont des cartes qui choisissent le candidat. C'est comme ça que ça a toujours fonctionné et que ça devrait encore fonctionner. Je ne vois pas pourquoi on ferait une exception pour Trois-Rivières. Et s'il y avait une convention contestée, c'est sûr que c'est Jean Boulet qui gagnerait l'investiture.»
Même son de cloche du côté de Marcos G. Simard, le candidat libéral défait dans Trois-Rivières lors des dernières élections et actuel responsable de la structure de l'association libérale fédérale.
Ce dernier a encore sur le coeur la conférence de presse convoquée par Sébastien Proulx, trente minutes après le lancement de sa campagne, pour clamer son appui à la conservatrice Claude Durand.
C'est encore l'ex-député adéquiste de Trois-Rivières qui faisait des pieds et des mains pour rencontrer Stephen Harper lors de son passage au centre des congrès de Trois-Rivières.
«Ce sont les mêmes libéraux qui sont là et qui s'en souviennent, note M. Simard. Je rappelle aussi aux gens qu'il ne s'agit pas simplement de combler un siège. On veut un vrai libéral pour l'occuper. C'est Jean Boulet qu'on veut et on espère que ce soit lui. Il peut gagner le comté contre les bloquistes. Tout l'exécutif est derrière lui. Sébastien Proulx n'est le sauveur de personne et on refuse sa candidature.»
Comme plusieurs autres libéraux, M. Simard ne peut que constater que Jean Boulet est encore très indécis malgré un appui quasi unanime, une bonne équipe et du financement.
Ce qu'il faut de plus? On l'ignore encore... et c'est sans doute ce qui pousse Denis Coderre à chercher ailleurs.
Parions qu'au tournoi de golf de la Jeune chambre de commerce de la Mauricie, les «vrais libéraux» se chargeront aujourd'hui de travailler Jean Boulet au corps.
Denis Coderre n'a pas retourné nos appels.











