Et cette lenteur commence à exaspérer le juge Claude C. Gagnon de la Cour supérieure. Celui-ci a demandé aux parties, hier, d'être efficaces et de cesser de lui servir toujours les mêmes arguments pour expliquer les nombreuses remises dans cette affaire.
Le juge Gagnon n'a pas manqué de souligner que le dossier date de 2006 et qu'on est très peu avancé quant à la tenue d'un procès. Il faut dire qu'en cours de route, Roger Bellemare a changé d'avocat.
Il est désormais représenté par Me Marc Labelle qui doit se familiariser avec la preuve volumineuse qu'entend déposer la poursuite.
«Le dossier n'est pas en état», a dit l'avocat hier pour demander qu'on reporte l'audition de requêtes, notamment celle en changement de venue.
C'est un secret de polichinelle que le procès ne sera pas tenu à Trois-Rivières du fait que Roger Bellemare est un personnage connu et qu'un peu tout le monde a une opinion sur lui. Me Labelle sera par ailleurs retenu par un procès de meurtre tout au long du mois d'octobre.
Par ailleurs, selon Me Labelle, toute la preuve n'a pas été divulguée. L'avocat a déploré que plusieurs documents ont été raturés, ce qui ne permet pas de savoir si les informations ainsi cachées pourraient être importantes pour la défense.
Me Erika Porter, procureure de la poursuite a d'abord dit que toute la preuve pertinente avait été fournie aux avocats de la défense. Selon elle, les informations brouillées le sont pour éviter que certains détails (noms, lieux, mesures de protection) soient dévoilés.
Puis, Me Porter a admis qu'il y avait une divulgation de preuve continue et que c'était à la défense de présenter une requête de complément de divulgation de la preuve.
Le juge Gagnon est alors intervenu pour demander aux parties de faire chacune leur bout de chemin avant que les préparatifs du procès avancent. «Vous allez devoir vous parler», a déclaré le juge qui n'entendait pas à rire et il a ajouté que «vous allez devoir bouger».
Il en va de même pour la requête en changement de venue. L'ensemble des avocats au dossier, excluant la poursuite, auraient préféré que le procès se transporte dans la région de Montréal mais le juge Gagnon a demandé aux parties de lui fournir de très bonnes raisons pour que le procès ne se tienne pas dans les districts judiciaires relevant de la juridiction de Québec.
En d'autres mots, l'affaire pourrait être instruite à Québec même ou à Victoriaville par exemple. Les palais de justice de Shawinigan et La Tuque sont exclus, car Roger Bellemare y pratiquait.
Quant à la requête en procès séparés présentée par les coaccusés Serge Bouffard et Serge Pollard, les parties maintiennent leurs positions.
La défense veut démontrer que seulement une infime partie de la preuve concerne ces deux hommes alors que la poursuite n'est pas d'accord. Là encore, le juge Gagnon a demandé aux parties de se parler et de tenter de trouver une solution.
Enfin, le tribunal aura à trancher une requête des avocats de la défense qui entendent contester la preuve d'écoute électronique obtenue par le biais d'un témoin source.
Ce témoin, muni d'un équipement d'enregistrement (body pack), aurait obtenu de la sorte des informations de premier plan sur Roger Bellemare. On veut aussi s'objecter à la demande de Me Nicolas Poulin, le procureur de la poursuite chargé du dossier, qui réclame que le huis-clos soit imposé lors du témoignage de cet homme.
Par souci d'efficacité, le juge Gagnon a donné jusqu'au 16 novembre aux parties pour qu'elles lui fassent parvenir leurs arguments.
«J'en disposerai les unes après les autres», a mentionné le président du tribunal en précisant qu'il fallait progresser dans ce dossier. En défense, les avocats ont parlé de quatre à cinq jours pour plaider sur les requêtes . Pour Me Porter, une période de deux semaines serait plus réaliste. «On va commencer par une semaine et on verra», a conclu le juge.












