Jusqu'à ce que la glace les sépare

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Magali et Stéphane Beauregard, de Saint-Boniface.  ...

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Magali et Stéphane Beauregard, de Saint-Boniface.

Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il a 40 ans. Elle en a 30. Ils sont mariés, travaillent ensemble, sont fous amoureux l'un de l'autre, adorent la vie et espèrent vivre ensemble le plus longtemps possible.

Stéphane et Magali Beauregard de Saint-Boniface, en Mauricie, veulent donc faire congeler leur corps au moment de leur décès. Les arrangements sont pris avec la compagnie américaine Alcor Life Extention Foundation.

L'objectif consiste à pouvoir se retrouver un jour, bien après leur mort, dans 100, 300, 1000 ans peut-être, alors que la science, espèrent-ils, pourra les ressusciter et leur permettre de reprendre leur vie si précieuse là où ils l'ont laissée.

Ils portent tous deux un bracelet en permanence afin qu'au moment de leur décès, les ambulanciers leur injectent de l'héparine, une substance anticoagulante puissante et que leur corps soit transporté d'urgence, à une température de 10 °C, vers les installations d'Alcor, à Scottsdale en Arizona, où leur dépouille subira un processus de cryonie.

C'est que l'entreprise leur promet que «la vie peut être arrêtée et redémarrée si ses structures de base sont préservées». L'entreprise ajoute que c'est la vitrification et non la congélation qui protège les structures biologiques.

Le processus comprend donc l'injection de produits appelés «cryoprotecteurs» qui permettent de congeler le corps à basses températures sans dommages cellulaires. Finalement, Alcor estime que grâce aux nanotechnologies, la science pourra un jour réparer les tissus endommagés.

Le couple s'est donc doté d'une police d'assurance de 150 000 $US par personne dont le bénéficiaire sera Alcor afin de payer les frais de la cryonie le moment venu.

Leur histoire sera racontée ce vendredi, à 19 h à TV5, dans le cadre de l'émission de télé Avenirs Possibles animée par Chantal Lamarre.

L'animateur de l'émission radiophonique Par quatre chemins de Radio-Canada, Jacques Languirand, sera de la partie pour débattre de la question.

C'est que la cryonie est loin de faire l'unanimité. Elle est interdite en France et en Colombie-Britannique. Pourquoi, en effet, ressusciter un corps usé de 80 ou 90 ans, par exemple? Ou bien préserver quelqu'un qui est mort du cancer?

Pour Stéphane Beauregard, la question se pose mal aujourd'hui puisqu'il n'existe pas de technologies permettant de restaurer la jeunesse ou de réparer les dommages engendrés par les maladies graves.

Mais qui dit que ce ne sera pas le cas dans 100, 200 ou 300 ans, plaide-t-il. «Il y a des gens qui ne font préserver que leur tête», ajoute-il, puisqu'un jour, cette dernière pourrait peut-être être intégrée à un robot.

Le choix de Magali et Stéphane Beauregard de faire congeler leur corps en attendant qu'un jour, les percées scientifiques soient assez grandes pour les ressusciter, est motivé par leur amour de la vie.

«On est de gens passionnés. On aime énormément la vie. On a fait énormément de choses dans notre vie et on veut en faire encore», plaide M. Beauregard.

«Disons que si Magali décédait d'un accident ou de maladie, la savoir préservée, pour moi, psychologiquement, ce serait mieux que de la voir brûlée ou de la voie enterrée. La mort, c'est la fin du bonheur», confie-t-il.

Aussi le couple, qui ne croit pas en une continuité ou en une «vie» après la vie physique, met-il ses espoirs dans les progrès qui seront accomplis en sciences au cours des années à venir.

«Quand j'étais petit, jamais je n'aurais cru qu'on puisse se parler par Internet», dit-il pour illustrer son propos.

Et même si les promesses d'une seconde vie après la congélation peuvent paraître irréalistes à la lumière des connaissances actuelles, voire même égoïstes dans un contexte de surpopulation planétaire et de crise des ressources, «qu'est-ce qu'on a à perdre d'essayer?», plaide-t-il.

 

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