Or, il n'en est rien. Pire, je me suis pointée en avance au boulot.
Arrivée à 7 h 38 sur le terrain de la Bâtisse industrielle, j'ai compté 18 secondes (ou peut-être 22) entre le moment où je suis descendue de ma voiture et celui où j'y suis remontée. Entre temps, un préposé visiblement en forme en cette première journée de vaccination pour les jeunes Trifluviens âgés entre 5 et 12 ans m'avait gentiment remis un petit carton.
Après avoir hésité pendant des semaines, pesé le pour et le contre, écouté tous ces spécialistes, parcouru des tonnes d'articles de journaux mais, surtout, consulté ma mère, j'avais maintenant entre les mains le fruit d'une décision qu'il ne faut surtout pas prendre à la légère.
Sur le billet pratiquement aussi convoité que celui du Cirque du Soleil, il était inscrit qu'entre 15 h et 16 h, Émile, 8 ans et demi, allait devenir le premier sacrifié dans la famille, le seul qui n'est plus obligé de se doucher ou de se brosser les dents en utilisant du Purell. J'exagère à peine. D'ailleurs, la beauté de cette pandémie, c'est que les enfants n'ont jamais eu les ongles aussi propres.
Et puis, qu'on se le dise, pendant que les milliers d'écoliers dans la région toussent dans le pli de leurs bras et que leurs parents boycottent toute forme de party pyjama, eh bien, deux ennemis tant redoutés dans les chaumières attendent patiemment que la H1N1 ait complété sa tournée générale pour mieux reprendre du service: la gastro et les poux.
Ainsi donc, à 15 h 25, hier après-midi, Émile a courageusement poussé la porte de la Bâtisse industrielle pour en ressortir 45 minutes plus tard. Quarante-cinq petites minutes pour franchir différentes étapes allant de l'inscription au vaccin, incluant aussi les quinze minutes d'attente après l'injection. Le personnel infirmier veut ainsi s'assurer que la dose reçue ne provoque pas de soudaines complications.
«C'est tout? C'est fini? On s'en retourne déjà à la maison», ai-je demandé à fiston tout aussi étonné. J'avais pourtant tout prévu pour veiller tard, c'est-à-dire un sac à dos rempli de barres tendres, de fromages indigestes (Ficello) et de l'indispensable «DS», une console de jeu portative dont l'utilité prend tout son sens lors des longs moments d'attente.
Or, Émile n'a même pas eu le temps de commencer une nouvelle mission avec la complicité d'Indiana Jones qu'il était déjà invité à s'asseoir auprès d'une jeune, douce, souriante et combien rassurante infirmière. Le temps de réciter à voix haute les lettres de l'alphabet (Émile, pas l'infirmière) et c'était fait, la seringue avait fait son oeuvre dans le bras droit d'un petit homme soulagé de ne pas avoir pleuré comme ce garçon là-bas ou cette fillette plus loin.
Je profite donc de tout ce temps gagné pour conclure sur cet aveu. J'avais mésestimé l'efficacité d'un système qui devrait faire école: les coupons qu'on nous distribue pour éviter la cohue, la mauvaise humeur et... d'être payé pour faire la file d'attente.











