La maladie de Lyme atteint la Mauricie

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Les chats comme Staky, que l'on voit ici... (Photo: François Gervais)

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Les chats comme Staky, que l'on voit ici avec Joanie Rancourt, développent plus facilement les anticorps qui leur permettent d'éviter les symptômes de la maladie de Lyme. Mais chez les chiens et les humains, c'est une autre histoire.

Photo: François Gervais

Martin Francoeur
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'intrigante maladie de Lyme est-elle en progression dans la région? C'est en tout cas la question qu'on peut se poser puisque récemment, une tique porteuse de cette maladie s'en est pris à un chat. Bien qu'on ne sache pas encore si le chat en soit atteint, la présence dans la région de tiques porteuses de la maladie de Lyme est préoccupante, notamment parce qu'elles peuvent aussi bien s'attaquer aux humains.

C'est la tique dite du chevreuil qui transmet la bactérie «Borrelia burgdorferi», responsable de la maladie de Lyme. Cette maladie, relativement récente, doit son nom à la ville de Lyme, au Connecticut, où elle serait apparue il y a quelques dizaines d'années.

Chez l'humain, la maladie se développe en trois phases. D'abord caractérisée par une éruption cutanée à l'endroit où la tique a mordu, la maladie peut entraîner l'apparition de symptômes comme la fatigue, les frissons, les maux de tête, la fièvre et les douleurs articulaires et musculaires. Si elle n'est pas traitée, d'autres phases peuvent se développer et ultimement, entraîner l'apparition de maladies ou de problèmes chroniques, comme l'arthrite ou l'atteinte de certains systèmes du corps humain.

Il y a un peu plus d'un mois, Joanie Rancourt et sa mère ont eu toute une surprise quand elles ont découvert une tique en train de s'abreuver du sang de leur chat Staky. «Mon chat va dehors, à l'occasion, mais jamais plus loin que la cour de la maison. Quand on l'a rentré ce jour-là, ma mère l'a flatté et a remarqué qu'il y avait une tique sur un de ses flancs. On a appelé le vétérinaire, qui nous a suggéré de l'enlever et de l'apporter pour analyse», explique la jeune femme.

Ce jour-là, Staky s'était promené dans la cour et près des cèdres. Les tiques du chevreuil, semble-t-il, affectionnent les végétaux pour attendre de se laisser tomber sur un animal ou un humain.

À la Clinique vétérinaire de Houssart, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, on a par la suite inspecté Staky et on a acheminé la tique enlevée vers un laboratoire spécialisé, pour fins d'analyse. «La vétérinaire nous a rappelées pour nous dire qu'ils avaient analysé le sang du chat qui se trouvait dans le corps de la tique et qu'ils avaient bel et bien vu qu'il s'agissait de la maladie de Lyme.

Or, on ne sait pas encore si le chat de la famille Rancourt développera des symptômes de la maladie de Lyme. Selon un spécialiste, le temps d'incubation de la maladie peut varier de un à six mois. Et de toute façon, il semble que les félins soient plus résistants à la maladie de Lyme que les chiens, par exemple.

Chose certaine, Staky sera suivi de près aussi bien par ses maîtres que par la clinique vétérinaire. Et depuis l'épisode de la tique, la famille Rancourt inspecte de façon beaucoup plus attentive monsieur leur chat lorsqu'il revient d'une petite sortie dans la cour.

 

La peur de l'inconnu

«Nous, c'est l'inconnu qui nous fait peur. C'est le manque d'information qui nous fait craindre les effets réels de cette maladie-là.»

Le Dr Alain Villeneuve, vétérinaire et professeur de microbiologie-parasitologie à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, est bien au fait que la maladie de Lyme fait quelques percées au Québec. Il ne semble pas trop s'en faire pour Staky, le chat des Rancourt, puisque l'immunorésistance du chat envers la maladie de Lyme semble plus élevée. Mais pour les humains, il y a encore beaucoup d'inconnu.

«À peu près aucun humain n'a été infecté au Québec jusqu'à maintenant. Mais c'est embêtant parce que la maladie de Lyme, on l'appelle la grande imitatrice, en raison du fait qu'on peut confondre ses symptômes avec ceux d'autres maladies», explique-t-il.

Aux États-Unis, on recense ces années-ci environ 20 000 cas de maladie de Lyme. La plupart sont traités très rapidement, dès qu'apparaissent les rougeurs à l'endroit où la tique a mordu. Un antibiotique en double dose, par injection, semble être le remède le plus utilisé actuellement. Selon le Dr Villeneuve, c'est en l'absence de traitement que la maladie peut devenir problématique.

Celui-ci indique également que si la maladie était moins présente au Québec jusqu'à tout récemment, c'est parce que la tique du chevreuil concentrait surtout ses activités dans le nord-est des États-Unis et dans l'Ouest canadien. «Les oiseaux migrateurs nous apportent maintenant les tiques des États-Unis. Au début, on les observait surtout près de la frontière, dans les régions de l'Estrie et de la Montérégie, mais ça semble vouloir gagner du terrain», note-t-il.

Le Québec a toutefois un avantage et celui-ci s'appelle hiver. Les grands froids détruisent les tiques qui se trouveraient en liberté sur des végétaux. «Mais au printemps, avec le retour des oiseaux, on en voit apparaître de nouvelles», ajoute le spécialiste.

L'Agence aux aguets

À l'Agence de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on dispose de quelques informations sur des cas de maladie de Lyme. «C'est une maladie qu'on connaît, mais qui demeure rarissime», affirme René Lord. Un seul cas humain aurait été recensé, il y a plusieurs années, au Centre-du-Québec.

S'il semble y avoir confirmation, dans la région, de la présence de tiques du chevreuil potentiellement porteuses de la bactérie Borrelia burgdorferi, alors l'Agence effectuera une surveillance plus étroite et des recensements de cas.

«Il n'y a pas beaucoup de précédents. Mais s'il y a des cas, on va jouer notre rôle. On va enquêter et voir de quelle façon on peut intervenir. S'il y a des moyens d'information, de sensibilisation et de prévention à déployer, on va le faire», conclut le porte-parole.

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