«Les communications sont coupées. On n'arrive pas à joindre notre monde», a laissé tomber ce professeur retraité du Collège Marie-de-l'Incarnation, la voix tremblotante.
Depuis qu'il a immigré au Canada, en 1965, Claude Bélizaire a vu plusieurs membres de sa famille venir le rejoindre et s'installer ici. Mais de nombreux proches demeurent encore là-bas, dont des membres de sa propre famille et des amis de longue date.
Avec le peu d'information qui entrait au compte-goutte, hier soir, Claude Bélizaire se désolait grandement du sort que connaît actuellement son pays natal. «C'est une brique de trop sur la tête d'Haïti. Une brique qui arrive au moment où l'on tente de remonter la pente avec beaucoup d'espoir», signale l'homme.
Contre la nature, on ne peut rien faire. Ça, Claude Bélizaire le sait, mais s'inquiète tout de même du sort des gens vivant dans ces immeubles qui ont été construits selon des normes inappropriées pour résister à une telle secousse.
«On devra vivre avec les conséquences amenées par les dirigeants qui n'ont pas adopté de normes pour la modernisation des bâtiments», croit-il.
Pour sa part, André Martin était lui aussi accroché à son téléphone hier soir, tentant de joindre les membres du conseil d'administration de l'organisme qu'il a fondé à Haïti en 1989, l'Oeuvre des Artisans de Paix d'Haïti.
Le fondateur de l'organisme les Artisans de Paix de Trois-Rivières avait mis sur pied cet organisme pour construire un dispensaire, une petite école et même un hôpital dans la région de Mariani, à environ cinq kilomètres de Port-au-Prince.
«J'ai parlé à la présidente du conseil d'administration encore hier (lundi) et tout était normal. Évidemment, ces catastrophes-là frappent toujours sans prévenir. Mais ce soir (hier), je ne suis pas capable de joindre personne», mentionne M. Martin.
Ce dernier se disait d'autant plus préoccupé par l'alerte au tsunami en vigueur, alors que les côtes haïtiennes sont souvent peuplées de bidonvilles.
«Les endroits comme Cité-Soleil sont en première ligne si un tsunami devait déferler sur les côtes. Et dans de tels bidonvilles, ça ne pardonnerait pas», lance-t-il.
Mariani, pour sa part, est située en terrain surélevé par rapport au niveau de la mer, ce qui ne calmait pas pour autant l'esprit d'André Martin. «Ils ne sont pas à l'abri pour autant», a-t-il affirmé.
Dans ce «pays oublié du reste du monde», comme le dit André Martin, l'Oeuvre des Artisans de Paix d'Haïti vient en aide à près de 125 personnes par jour. L'école, à elle seule, compte 90 élèves, et l'hôpital accueille les malades quotidiennement.
«On l'a vu par le passé, le monde n'est pas porté à aider Haïti, pas autant qu'ils sont portés à aider d'autres pays. Ce qui est triste, c'est que le visage que l'on présente du pays est celui de la violence, des enlèvements... On ne montre jamais le visage de ceux qui ne sont rien d'autre que des Haïtiens, qui travaillent dur pour survivre», se désole M. Martin, qui compte retourner en Haïti dès qu'il en aura l'occasion pour poursuivre et développer la mission de l'organisme.










