Lorsque l'accident est survenu sur la route 161 à Saint-Wenceslas, Geneviève Bédard avait consommé de l'alcool plus tôt dans la nuit et avait peu dormi.
Un cousin lui avait conseillé de ne pas prendre le volant, la jeune femme étant dans un état de détresse psychologique. En retournant chez elle, elle s'est mise à louvoyer au point d'aller toucher l'accotement de la voie opposée. Jessy Pressé n'a jamais pu éviter la collision fatale.
Hier, lors des plaidoiries sur sentence, Hélène Saint-Louis, la mère de la victime, a lu une lettre pour expliquer ses états d'âme. Visiblement désabusée par la lenteur des procédures judiciaires, elle a déploré l'absence de regrets et de remords chez l'accusée en disant qu'elle avait continué sa vie comme si de rien n'était.
«Si elle avait eu des regrets, elle aurait pu en finir beaucoup plus rapidement avec cette affaire. Tout en demeurant digne, Mme Saint-Louis a dit qu'on avait volé la vie de sa fille unique.
«Je ne pourrai jamais plus serrer ma fille dans mes bras», a-t-elle mentionné en ajoutant que sa santé avait été minée à la suite de cet accident. Elle a demandé au juge d'imposer une sentence exemplaire.
La tante et marraine de la victime, Brigitte Saint-Louis, a aussi insisté sur le manque de compassion de l'accusée en précisant que la durée des procédures (3 1/2 ans) avait constamment tourné le fer dans la plaie.
«La sagesse, le sourire, le bon jugement de Jessy nous manquent énormément», a-t-elle souligné.
La mère de l'accusée, Yolande Labrie, a tenu à exprimer toute la sympathie de sa famille à celle de Jessy Pressé.
«Ça fait trois ans qu'on comprend ce que vous vivez et on a pensé beaucoup à vous» a-t-elle déclaré. Elle a par la suite expliqué à quel point sa fille est démolie depuis cet accident funeste. Elle s'est mutilée les avant-bras avec une lame de rasoir, elle a tenté de se suicider et elle continue de vivre avec l'idée que c'est elle qui aurait dû mourir. La mère a expliqué que sa fille a poursuivi péniblement ses études pour devenir infirmière.
«C'est sa manière de survivre et de vouloir aider à sauver la vie des autres», a-t-elle expliqué. Geneviève Bédard qui travaille maintenant comme infirmière dans une clinique d'oncologie de Vancouver est toujours suivie par un psychiatre.
Et contrairement à ce qu'a exprimé la mère de la victime, l'accusée présente, selon ceux qui l'ont évalué, des remords et un sentiment de culpabilité d'une rare intensité.
Geneviève Bédard voulait témoigner pour lire une lettre qu'elle avait composée en janvier 2007 et qui s'adressait à Jessy Pressé mais les sanglots l'ont empêchée de le faire. Me Denis Lavigne a demandé au juge de ne pas envoyer sa cliente en prison ferme car, a-t-il dit, Geneviève Bédard expie sa faute quotidiennement.
Me Jean-Marc Poirier a de son côté cité plusieurs causes de jurisprudence pour demander une sentence de quatre ans de pénitencier. «Le plus aggravant, a-t-il fait remarquer, c'est le manque de responsabilisation face à l'alcool.» Le juge Lacoursière a pris les arguments en délibéré et rendra sa sentence le 8 avril.









