C'est qu'au terme d'une rencontre entre la Coalition Proprio-Béton, la Garantie des maisons neuves (GMN) de l'APCHQ et la Régie du bâtiment, lundi soir, les victimes craignent maintenant de perdre des dizaines de milliers de dollars dans cette mésaventure dont elles ne sont pourtant pas responsables. Certains commencent même à voir apparaître le spectre de la faillite personnelle.
La GMN de l'APCHQ a en effet confirmé à la Coalition, comme elle l'avait fait au Nouvelliste la semaine dernière, qu'elle n'entend pas dédommager les propriétaires dont les fondations sont infestées de pyrrhotite si aucune fissure n'apparaît avant la fin de leur garantie qui est d'une durée de cinq ans.
La GMN de l'APCHQ a aussi confirmé à la Coalition que le montant qui sera versé aux victimes se limitera au prix de la maison tel que payé lors de la livraison par le contracteur.
Pour ajouter au drame, les victimes ont fait savoir hier qu'elles n'auront pas les moyens financiers de faire face aux dépenses énormes qui les attendent en attendant l'issue des poursuites judiciaires au civil: vider les sous-sol, entreposer les meubles, trouver un autre logement pendant quelques mois, le temps des travaux et surtout, encaisser les pertes pour tous les investissements supplémentaires faits dans leur résidence avant l'apparition des fissures.
Impossible d'emprunter
Pour un jeune propriétaire comme Alain Marchand, du secteur Cap-de-la-Madeleine, ce sont là des soucis dont il aurait bien aimé se passer.
Chez lui, dit-il, les travaux devraient durer entre trois et quatre mois. «J'ai deux jeunes enfants de 15 mois et 3 ans et ma petite puce de 15 mois est en attente d'hospitalisation à l'Hôpital de Montréal pour enfants. On doit vivre avec ça. On ne sait pas quand on va être réparé. On ne sait pas si on va être réparé. Ce sont des stress dont on se passerait, je vous dirais.»
Comme toutes les autres victimes de la pyrrhotite, Alain Marchand et sa conjointe ont commencé à s'informer pour obtenir des emprunts afin de faire face à ces imprévus.
«On n'a pas eu de discussions officielles, mais on est allé un petit peu à la pêche et c'est quasi impossible», constate ce comptable de profession. «On ne sait pas où on va aller chercher le cash. Il n'y a pas une institution financière qui va prêter deux fois (pour la même maison)», dit-il, d'autant plus que les maisons des victimes ne valent plus que 1000 $ ou 1500 $ au maximum.
Alain Marchand, comme toutes les autres victimes, ne sait pas comment il arrivera à traverser l'épreuve. «Est-ce qu'on s'enligne sur des faillites personnelles?» se questionne-t-il. «Ceux qui sont professionnels et qui font faillite perdent leur titre», rappelle-t-il.
Cette situation ne vient pas du fait que les victimes ont de mauvaises créances personnelles, tient à préciser une autre victime, Sylvie Boisclair. C'est que les banques, dit-elle, entendent une foule de rumeurs concernant l'issue de ce drame et les maisons ne valent plus rien.» Les banques, constate-t-elle, «sont vraiment sur une alerte».
Pour mettre la cerise sur le gâteau, a appris Yvon Boivin lundi, les résultats d'analyses, promis pour le 31 mars par le ministre Sam Hamad, n'arriveront pas tous à cette date. Certaines n'arriveront qu'au début juin, déplore-t-il.
Jusqu'à présent, ajoute M. Boivin, la GMN de l'APCHQ n'a fait preuve d'aucune espèce de compassion pour les victimes. «Ils nous regardent les bras croisés et interprètent le règlement», dit-il.
Situation absurde
Pourtant, des situations complètement absurdes découlent de cette attitude, analyse M. Boivin. Parmi les victimes actuelles, il y a de nombreux cas de jumelés et il n'est pas rare que des fissures soient apparues d'un seul côté du bâtiment, mais pas encore de l'autre pour des questions de différences d'humidité ou de degré d'exposition à l'air.
«Ils vont indemniser un côté du jumelé et pour l'autre côté, ils vont dire: monsieur, vous avez de la pyrrhotite, mais pas de fissures. On ne vous indemnise pas. Maintenant arrangez-vous entre vous deux parce que vous devrez faire lever votre im- meuble. Il va falloir que les gens se poursuivent entre eux», déplore Yvon Boivin.
Parmi les victimes, il y a aussi des retraités, comme Paul Milot, qui doit compter sur ses rentes pour essayer de s'en sortir. «Il faut sortir du vieux gagné et payer de l'impôt en attendant de le récupérer. Le recours légal est incertain. Si je ne paie pas d'argent, j'en serais heureux», confie-t-il.









