En mars 2000, Marcel Tremblay était le maire de la petite municipalité de Saint-Jean-Baptiste-de-Nicolet, et ce, depuis quelques mois à peine. Le 16, jour de l'accident, il était à Québec en train de négocier du financement pour la route du Port quand on lui a appris qu'un accident impliquant les enfants d'une garderie de Nicolet venait de se produire. «Ma fille était dans l'une des garderies de la municipalité. J'ai tout laissé tomber pour revenir. Je ne savais rien de ce qui se passait mais plus j'approchais de Nicolet, plus le nombre de morts augmentait. Ce fut très long avant d'avoir la confirmation que ma fille n'était pas impliquée», a-t-il raconté.
À son arrivée à Nicolet, c'était la commotion. Des rues étaient même fermées à la circulation par des élèves de l'École nationale de police. «Comme j'étais nouveau, personne ne me connaissait. J'avais beau leur dire de me laisser passer, que ça urgeait, que j'étais le maire mais ils ne me croyaient pas. Ils m'ont finalement laissé passer mais ils m'ont suivi jusqu'à l'hôtel de ville», a-t-il raconté.
Il s'est alors retrouvé prisonnier d'un tourbillon médiatique qui a duré 15 jours environ. «C'était la folie de 6 h le matin à minuit le soir. On ne parlait que de ça. Moi, mon seul but était de protéger les familles tout en faisant face à la musique, car la Municipalité n'avait rien à cacher dans cette affaire même si tout le monde cherchait un coupable», a-t-il indiqué.
Il garde cependant un goût amer du «harcèlement» médiatique. «Le 17 mars, ils m'ont quasi traîné devant les lieux de l'accident pour des entrevues. Émotivement, c'était difficile, surtout que je suis un père. Il y avait plus d'une quinzaine de micros devant moi, des caméras de télévision de partout au Québec, c'était l'enfer. Quand je vois le premier ministre Harper avec sept huit caméras, je me dis qu'il n'y a rien là après ce que j'ai vécu. Je me levais et la première chose que je voyais devant ma maison c'était les véhicules de médias. Même le Washington Post appelait chez moi», a-t-il précisé.
Il regrette ne pas avoir eu de relationniste pour le conseiller. «Personne ne m'a dit que je pouvais dire non aux médias. J'ai joué ma santé et ma crédibilité. Disons que je me trouvais pas mal seul dans ce bateau», a-t-il ajouté.
Bien qu'il n'ait duré que 18 mois, son passage à la mairie a été très mouvementé. M. Tremblay a en effet dû composer avec l'accident des enfants, l'incendie de Nicolet Plastique, un glissement de terrain et la fusion de Nicolet et Saint-Jean-Baptiste-de-Nicolet. «J'ai donné le meilleur de moi-même mais j'y ai laissé un peu de ma personne. Lorsque la fusion est arrivée, j'ai quitté la politique. J'en avais plein mon casque. J'aurais pu tout perdre dans cette affaire, et ce, pour très peu. Mon salaire de maire n'était pas très élevé. Je m'occupe maintenant de ma compagnie de transport adapté Bougie Bus et c'est bien parfait», a-t-il avoué.
De cette tragédie, il préfère oublier les idées singulières mises de l'avant par certains individus. On a en effet voulu rebaptiser la route du Port, «rue des Anges», et un sculpteur a voulu ériger une oeuvre sur les lieux pour ensuite vendre des répliques miniatures.
M. Tremblay retient par contre la solidarité qui s'est créée au sein de la population.
«Il s'est formé un bouclier autour de Jeanne, les gens l'aimaient et voulaient la protéger. L'accident a vraiment bouleversé tout le monde. Avec le temps, ça s'est peut-être un peu estompé. Aujourd'hui, c'est un sujet dont on discute peu mais qu'il est difficile d'oublier. À chaque fois que j'emprunte la route du Port, j'ai le réflexe de jeter un coup d'oeil sur les lieux de l'accident et de penser aux enfants», a-t-il conclu.










