La vie au bout de la tragédie

Catherine Pilotte et son père, Lucien Pilotte.... (Photo: Stéphane Lessard)

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Catherine Pilotte et son père, Lucien Pilotte.

Photo: Stéphane Lessard

Le Nouvelliste

(Nicolet) Catherine Pilotte a tout de l'adolescente typique de 14 ans. Ses yeux rieurs sont parfois cachés derrière une mèche de ses cheveux colorés, qu'elle dégage aussitôt pour continuer de nous regarder en souriant. Rencontrer Catherine, c'est aussi rencontrer le miracle de la vie, celui qui lui a permis de vivre et de s'en sortir, le matin du 16 mars 2000.

La petite Catherine, 4 ans, s'en allait à la cabane à sucre avec tous ses copains de la garderie. Malgré son jeune âge à l'époque, elle s'en souvient très bien.

«J'ai des souvenirs de la garderie, de mes amis. Je me souviens que j'avais hâte ce matin-là de partir. En partant de la garderie, je me suis endormie. Tout ce que je me souviens après, c'est que j'étais couchée par terre et que quelqu'un m'a pris dans ses bras pour me mettre dans une auto de police. Après, on m'a mis dans une ambulance. Le reste, c'est un peu flou», raconte la jeune fille.

Catherine, l'une des deux enfants qui ont survécu à l'accident de Saint-Jean-Baptiste-de-Nicolet, s'en est tirée avec des bleus et des égratignures, mais a reçu son congé de l'hôpital le jour même, au grand soulagement de son père, Lucien Pilotte. Ce dernier était à son travail lorsqu'il a appris la nouvelle qu'un terrible accident venait de se produire à quelques centaines de mètres de sa maison.

«C'est un compagnon qui m'a prévenu sur l'heure du dîner. Il disait qu'un grave accident était survenu et qu'il y avait plusieurs enfants impliqués. J'ai tout de suite fait le lien. Je savais que Catherine devait partir à la cabane à sucre ce matin-là», se souvient-il.

Les souvenirs s'entrechoquent dans la tête de M. Pilotte, qui ne retrace pas exactement le fil des événements. Revenir sur la journée du 16 mars 2000, visiblement, est un exercice plutôt difficile pour lui. Ce dont il est sûr, c'est que le soir même, sa petite fille était de retour à la maison.

Cirque médiatique

Les heures et les jours qui ont suivi la tragédie ont été synonymes de cirque médiatique pour la famille Pilotte. Dès qu'un journaliste a découvert où habitait cette petite survivante, les médias se sont succédé à la chaîne pour tenter d'obtenir une entrevue. «Un matin, ils étaient quatre sur le perron, à se chamailler pour savoir qui était arrivé le premier. C'était ridicule», se souvient l'homme.

Des médias ont même été jusqu'à surveiller la maison de la propriétaire de la garderie et conductrice, Jeanne Auger, pendant quelques semaines, rapporte M. Pilotte. «Un moment donné, nous sommes partis. Nous avons quitté la ville quelques jours, le temps que ça se calme, car ça n'avait plus de sens», relate-t-il.

Pourquoi?

Mais comment continuer normalement lorsqu'on sait que d'autres parents vivent la plus grande épreuve de leur vie?

«On ne peut pas continuer normalement. On se demande constamment pourquoi, qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que ma fille s'en sorte. Pourquoi elle? C'est difficile à expliquer, ce qu'on traverse. Je pensais constamment aux autres parents, c'était effrayant ce qu'ils devaient traverser», confie M. Pilotte.

Ce dernier avait d'ailleurs tenu à se rendre au salon funéraire lors des expositions des victimes. «Bizarrement, c'était les autres parents qui nous remontaient le moral. Il y a un père, je lui ai serré la main. Son enfant était dans un petit cercueil et il me disait: «n'oublie pas de profiter de ta fille»», laisse tomber Lucien Pilotte, ému.

Catherine, quant à elle, n'était pas en âge de comprendre l'ampleur de l'événement ni même l'impact qu'il avait eu dans la communauté et partout au Québec. «Moi, c'était surtout le fait d'avoir perdu mes amis qui me faisait de la peine. Je ne pouvais pas vraiment comprendre», réalise-t-elle.

Ses pensées et celles de son père se tournent souvent vers Jeanne Auger, qu'ils ont eu la chance de revoir à quelques reprises depuis 10 ans. «Je suis passé ce matin-là sur la route pour aller travailler et c'était glissant. Ça aurait pu arriver à n'importe qui. Personne n'est à l'abri de ça», évoque Lucien Pilotte.

Encore aujourd'hui, certains des amis de Catherine à l'école secondaire lui posent des questions sur cet événement. «Je repasse par cette route-là deux fois par jour pour aller à l'école. Avec le temps, on n'y pense plus tout le temps, mais l'hiver, quand c'est glissant, c'est certain que j'y pense», confie-t-elle.

«Moi j'ai toujours pensé qu'il fallait profiter de la vie. L'accident n'a que confirmé cette pensée. Des fois, c'est court, la vie...», ajoute le père, en échangeant un regard complice avec sa fille.

 

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