Tout avait été mis en oeuvre pour livrer le biogaz

Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ce fut au tour du président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, Pierre Bouchard, de témoigner, hier, dans le procès qui oppose son organisme aux Serres du Saint-Laurent (Savoura).

M. Bouchard s'est heurté à un barrage de questions on ne peut moins énergiques de la part de l'avocat de la partie demanderesse, Me Marc Paradis, au point où le président de la Régie, déconcentré par la trop grande proximité physique de Me Paradis, a dû interrompre son témoignage pour demander au juge Edouard Martin qu'on lui laisse un peu d'espace vital. «Je veux qu'on me traite de façon correcte», a-t-il dit.

Me Paradis voulait savoir, en fait, d'où venait l'ordre de cesser de verser des compensations financières pour le gaz naturel que devaient consommer les serres Savoura en l'absence des biogaz de la Régie.

Le procureur de Savoura a tenté de démontrer, en effet, que M. Bouchard a pris cette décision de son propre chef, le jour même où il est devenu président de la Régie, et ce, sur la recommandation de Robert Comeau.

Pierre Bouchard a expliqué que «la prise de décision de ne plus payer de compensations était implicite dès qu'on était capable de livrer. Ça mettait fin à l'entente de compensation», a-t-il expliqué en ajoutant que cela n'avait rien à voir avec sa nouvelle présidence. «Nos responsables, nos experts ont dit que le gaz était prêt à être livré», a précisé le président, d'où la coupure de compensations financières.

M. Bouchard a rappelé que les premières livraisons de biogaz ont été faites dans un contexte de rodage. La Régie, ajoute-t-il, s'est alors vite rendu compte que Savoura n'avait pas les équipements adéquats pour recevoir ces biogaz. «C'est notre compréhension» de l'affaire, a-t-il plaidé.

Le président de la Régie a tenu à ajouter que le simple fait que Savoura ait fait pour 300 000 $ de modifications à ses installations pour recevoir le biogaz suscite des questions. «Quel gaz pensait-on recevoir?» a-t-il demandé au cours de l'interrogatoire mené par Me André Lemay, le procureur de la Régie.

Tout au long de son témoignage, Pierre Bouchard a laissé entendre que la Régie n'a qu'un souhait, c'est que les rapports entre elle et sa cliente, Savoura, fonctionnent. «On en a pour 25 à 40 ans à travailler ensemble», a-t-il fait valoir.

De son côté, le procureur de Savoura, Me Paradis, y est allé d'une série de questions visant à rappeler les engagements contractuels de la Régie envers Savoura en termes de quantités suffisantes de biogaz, de qualité et de conformité du produit.

C'est au cours du témoignage de Catherine Verrault, directrice des études et d'ingénierie du département du biogaz chez la firme conseil Genivar qu'il a été possible, d'ailleurs, d'apprécier tous les efforts mis par la Régie pour honorer sa part du contrat.

Pas moins d'une vingtaine de devis d'équipements et tout autant de contrats d'achat et d'installation d'équipements ont été faits par la Régie jusqu'en 2008 pour assurer le bon déroulement du projet, est-elle venue expliquer.

Certains de ces devis et contrats visaient à assurer que le biogaz soit constamment d'une température ne dépassant pas 50 °C, que son point de rosée soit de 3 °C, que les particules qu'il contient naturellement ne dépassent pas 15.8 milligrammes par mètre cube, que le sulfure d'hydrogène ne soit présent qu'en quantités de 1 partie par million, que l'huile soit filtrée et que la pression du gaz à la sortie se situe constamment entre 5 à 9 PSI.

Plusieurs équipements sont aussi installés en double pour ne jamais gêner les opérations en cas de défaillances. La Régie a aussi installé un débit-mètre, pour assurer une facturation claire du biogaz, ainsi qu'une unité de conversion pour voir à ce que le biogaz soit à la température et à la pression de référence de l'American Gaz Assocation.

Un chromatographe vient aussi mesurer aux 5 minutes la composition du biogaz qui est compressé, déshydraté par refroidissement et purifié de son sulfure d'hydrogène. Bref, a expliqué Mme Verrault, la Régie et les spécialistes qu'elle a retenus ont tout mis en oeuvre pour «s'arrimer à Savoura et opérer, de façon harmonieuse, la mise en service conjointe.»

 

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